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FAIT DU JOUR Paillotes en bambou, ce business juteux qui ramène l’Indonésie dans les jardins

Les professionnels du secteur proposent des paillotes sur mesure adaptées à la taille du jardin du client. (Photo T.C / Pépinière Niel)

Marché de niche par excellence, la vente de paillotes et d'abris de jardin en bambou ne concernerait qu'une dizaine d'entrepreneurs en France. Ces derniers mois, portées par une pandémie qui forçait à se confiner, leurs ventes ont explosé. Zoom sur ce business juteux venu tout droit d'Indonésie et dont profitent deux chefs d'entreprise gardois.

S'aventurer sur l'avenue du Général de Gaulle à Saint-Christol-lez-Alès aux heures de pointe est une épreuve qui présente au moins un avantage, celui de pouvoir contempler les immenses abris de jardins trônant sur le bas côté. Ces paillotes faites de bambou sont celles de la pépinière Niel "Pure nature" aux mains de Jean-François Couderc et de son fils, Théo. Il faut remonter à l'année 1994 pour retrouver la trace de l'engagement du premier cité dans ce marché de niche. "J'étais jeune et un peu foufou (sic), je suis parti en Asie car je suis amoureux de ce continent et j'ai bien senti le produit", se remémore le quinquagénaire.

Une démarche instinctive qui, après "quelques expériences malheureuses" sous fond d'arnaques, s'avère rapidement payante. "Avant je ne servais que les grossistes et les campings. Mais depuis cinq ans, sous l’impulsion de mon fils, on vend aussi aux particuliers en faisant des modèles sur-mesure", explique celui qui rapatrie le bambou d'Indonésie. Les pièces détachées arrivent en containers par la mer en provenance de l'île de Java où l'entrepreneur cévenol dit se rendre quatre ou cinq fois par an. "Depuis le début, j'ai dû y aller 130 fois", se marre-t-il, justifiant au passage l'intérêt de s'y déplacer pour "négocier les meilleurs prix" tout en faisant face à la concurrence féroce des Italiens, entre autres.

Certains clients réclament des paillotes sur-mesure pour abriter leur jacuzzi. (Photo T.C / Pépinière Niel)

Après la réception du bambou, "on le fait étuver et sécher en y injectant un produit qui élimine les petits insectes indonésiens qui pourraient rapidement le dévaster si on ne le traitait pas", développe Jean-François Couderc. Lequel assure ensuite le montage des paillotes avec l'aide de sa progéniture, Théo, "bien plus agile" lorsqu'il s'agit de réaliser les finitions, et notamment la pose d'ombrières fabriquées en France. Et en ce moment, la famille Couderc ne chôme pas. Car si le succès des paillotes en bambou n'est pas tout à fait nouveau, la crise sanitaire n'a fait que le décupler. "Il y a un gros engouement depuis le Covid car ne pouvant pas voyager, les gens ont voulu créer leur petit cocon chez eux, en donnant à leur habitation une ambiance de vacances", résume Jimmy, jeune apprenti en alternance à la pépinière.

Et ce malgré le caractère onéreux d'un tel dispositif qui ne manque - c'est vrai - pas de charme. Chez les Couderc, une structure de la sorte aussi appelée "gazébo" coûte entre 1 000 et 6 000 euros. Évidemment, "plus il y a du volume et du mobilier, plus le tarif augmente", prévient le jeune alternant. Si le montage est réalisable par le particulier lui-même, les clients optent majoritairement pour le forfait livraison/montage. En plus d'une clientèle locale, la pépinière Niel "Pure nature" livre "partout en France", de La Rochelle à Biarritz, et "beaucoup sur la Côte d’Azur".

Jean-François Couderc en voyage en Indonésie en 2017. (Photo T.C / DR)

Avec près de 80 paillotes vendues depuis le début de l'année, Jean-François Couderc pense avoir atteint son rythme de croisière : "C’est déjà intense !", promet le quinquagénaire. Et d'ajouter : "Mais en matière de production, ça reste artisanal, on ne pourra jamais le développer de manière semi-industrielle." Pour autant, l'entrepreneur va continuer de faire ce qu'il fait de mieux : entreprendre. Dès l'an prochain, malgré le freinage des importations suite à l'explosion du prix des containers responsable d'une réduction de ses marges, le Cévenol annonce l'ouverture d'une structure similaire à Générargues, "à moins de 500 mètres de la bambouseraie".

Le gérant dit avoir beaucoup d'autres projets, dont la création de bars en bambou à destination des professionnels de la restauration implantés en bord de mer. "C’est mon fils qui me pousse, je suis le moteur et il me met l’essence pour que je puisse avancer. Sans lui, je serais déjà en pré-retraite", souffle-t-il en guise d'hommage. Si les structures indonésiennes séduisent de plus en plus de Français, il n'y aurait à ce jour qu'une petite poignée de vendeurs dans l'Hexagone, selon Jean-François Couderc. "Le paradoxe, c’est qu’on est deux à Saint-Christol-lez-Alès", se marre le dernier nommé.

Effectivement, à quelques hectomètres de la pépinière, Paul Frantzen gère depuis 2006 la société "Un autre monde", spécialisée dans l’importation - "sans intermédiaire" - de paillotes en bambou et de mobilier exotique. Le Néerlandais, qui dispose d'un parc d'exposition de 3 500m², est confronté à la même problématique que son concurrent : "La demande est supérieure à l'offre. On est plein jusqu'à fin juillet !" Assurément, avec le bambou, les deux entrepreneurs ont fait un sacré coup !

Corentin Migoule

 

 

 

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