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LA VIE DE CHÂTEAU Des évêques de Psalmody aux caméras de TF1, les secrets de Calvières

château de Calvières (photo Boris Boutet)
Thierry Féline, maire de Saint-Laurent-d'Aigouze, et Jean-François Picheral (photo DR)

Les intrigues filmées entre ses murs passionnent les téléspectateurs. Dès la diffusion du premier épisode de la série de TF1 Ici tout commence, ils étaient 3,5 millions à suivre la vie mouvementée de l’Institut Auguste-Armand. Des audiences très importantes qui se confirment semaines après semaines pour le feuilleton tourné au château de Calvières, en plein cœur de Saint-Laurent-d’Aigouze, bourg camarguais de 3 500 âmes. Désormais sous les feux des projecteurs, l’édifice regorge d’histoires méconnues du grand public.

En cette journée de décembre, Jean-François Picheral, ancien sénateur-maire socialiste d’Aix-en-Provence, se balade en famille dans le château de Calvières. Un domaine qui retrouve quelques jours de calme avant la reprise des longues journées de tournage. Le tout, bien sûr, avec l’aval de la production d’Ici tout commence, locataire du site.

Il faut dire que l’ancien médecin, aujourd’hui âgé de 86 ans, connaît les lieux comme sa poche : le château de Calvières fut la propriété de sa famille pendant un siècle et demi. “Celui qui maîtrise le mieux son histoire, c’est mon frère Henri qui s’en est occupé jusqu’à ce qu’on ne doive le céder dans les années 1990”, explique-t-il.

Voisin de l’abbaye de Psalmody

À l’origine, le site est occupé par l’évêque de Psalmody. “Les bâtiments les plus anciens datent du XIIe siècle, note le maire de Saint-Laurent-d’Aigouze, Thierry Féline. Le site n’avait pas grand chose d’un château mais plutôt d’un grand mas, en lien avec l’abbaye de Psalmody voisine.” Héritage de cette propriété ecclésiastique, une légende qui n’a jamais pu être confirmée poursuit le château de Calvières aujourd’hui encore : l’existence d’un passage souterrain partant du potager de celui-ci rejoindrait le bâtiment monastique.

Elle ne repose sur rien, tranche Henri Picheral. Ce qui est sûr, c’est que c’est la famille de Bernis-Calvière qui a ensuite possédé le château, lui donnant son nom actuel. Mon arrière-grand-père maternel, Adolphe Valz, un Nîmois qui travaillait dans le textile, en a fait l’acquisition en 1843.” À l’époque en déshérence, le château de Calvières n’a pas une grande valeur. “L’intérêt pour lui était de pouvoir exploiter les vignes à l’entrée de Saint-Laurent-d’Aigouze et sur la route d’Aigues-Mortes”, détaille Jean-François Picheral.

Mais Adolphe Valz ne se contente pas de produire du vin. C’est lui qui donne au château de Calvières son allure moderne, proche de celle que l’on connaît aujourd’hui. “Il l’a complètement retapé et a fait construire une seconde tour pour améliorer la symétrie des bâtiments, précisent ses arrières-petits-enfants. C’est aussi lui qui a bâti l’étage.” De quoi en faire une agréable demeure familiale.

Squatté par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale

Un lieu où, au début des années 1940, Jean-François, Henri et leurs deux sœurs aînées passent le plus clair de leur temps libre aux côtés de leur mère. “Notre père était un militaire de carrière qui avait été fait prisonnier par les Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale, se souvient Jean-François Picheral. Comme il avait tenté de s’évader deux fois, ils l’avaient carrément envoyé à la frontière russe. En 1942, les Allemands se sont retranchés à Saint-Laurent-d’Aigouze, car ils craignaient un débarquement au Grau-du-Roi.

Un matin, alors que j’avais sept ans, ils sont arrivés au château et nous ont donnés trois jours pour quitter la maison. On devait regrouper les meubles dans une pièce fermée à clé, qui aujourd’hui sert de décor au bureau du directeur de l’institut dans la série, poursuit-il. Ma mère, qui nous élevait seule, était paniquée. L’officier lui a simplement répondu “Madame, la guerre, c’est la guerre !”. C’est une phrase qui marque quand on est enfant. Je me souviens aussi que les Allemands étaient toujours très corrects quand on passait occasionnellement récupérer un objet laissé sur place. Mais pendant ces années-là, ils m’ont volé mon père et ma maison.

Pillage et reconstruction

Encore plus jeune que son frère à l’époque, Henri garde lui aussi des souvenirs marquants de cette période. “L’État-major vivait dans le château tandis que les soldats avaient leurs tentes de part et d’autre de l’allée de platanes, raconte-t-il. Une mitrailleuse était postée en permanence au sommet de l’une des tours, tandis que les chars et toute la troupe étaient dans le jardin.

À la libération, les Allemands partent en hâte et font le bonheur de nombreux pilleurs. C’est une propriété saccagée que retrouve la famille Picheral à son retour. “Mes parents ont beaucoup travaillé pour tout reconstruire, témoigne Jean-François. Pour ma part, j’y ai passé pas mal de temps pendant les quinze premières années de ma vie. J’aimais beaucoup les travaux agricoles et j’aidais mon père au potager, à la place duquel siège aujourd’hui un court de tennis. Je me souviens aussi d’un lieu très calme où j’aimais étudier.

Peu à peu, la vie reprend son cours. “Dans les années 1960, les Picheral mettaient régulièrement à disposition le château de Calvières pour l’organisation de kermesses protestantes”, se rappelle quant à lui Thierry Féline. Dans le même temps, la famille poursuit les activités viticoles héritées d’Adolphe Valz. “Mon père a pris la suite et je lui ai succédé”, explique Henri Picheral.

La préemption refusée

Dans les années 1990, la famille doit se séparer du château. La question de la préemption se pose alors pour la commune qui peut en récupérer la gestion. Un choix que ne fait pas René Audemard, le maire en place. “Le prix était plus abordable qu’aujourd’hui, note Thierry Féline. Mais à l’époque, la société était relativement frileuse en matière d’investissements. Ce n’est que quelques années plus tard que l’on a senti que la population aurait souhaité que la commune l’achète.

Depuis, trois riches propriétaires se sont succédé à la tête du château de Calvières et d’importants travaux y ont été effectués. “L’aile gauche a été récemment construite pour en faire des studios d’habitation en enfilade, indique le maire de Saint-Laurent-d’Aigouze. Aujourd’hui, ils servent de chambres aux acteurs ''étudiants'' de la série Ici tout commence.

J’ai été agréablement surpris de la manière dont ceux qui sont passés après nous ont transformé les lieux, confie Jean-François Picheral après sa visite. Je suis heureux de voir une maison si bien entretenue.” Très discret, le propriétaire actuel vit loin de Saint-Laurent-d’Aigouze et a mis le château de Calvières en vente il y a deux ans. Selon nos informations, la production d’Ici tout commence, actuellement locataire, réfléchit à l’opportunité de se porter acquéreur. Et le maintien au plus haut niveau des audiences de sa série pourrait bien influencer son choix.

Boris Boutet

Et aussi : Le château de Calvières en chiffres

Mis en vente il y a deux ans, le château de Calvières est estimé entre 8 et 10 M€. Son coût annuel d’entretien avoisinerait lui les 200 000€. L’édifice se décompose en une trentaine de pièces pour une surface bâtie totale avoisinant les 3 000 m2. Quant à son parc, il s’étale sur près de quatre hectares.

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