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FAIT DU SOIR De Paris à Vauvert, le changement de vie de Julien Sefraoui

Julien Safraoui sur le domaine de Cabanis au Mas de Madagascar (Photo : Coralie Mollaret)
Julien Sefraoui sur le domaine de Jean-Paul Cabanis, au Mas de Madagascar (Photo : Coralie Mollaret)

Installé à Paris, cet ingénieur en logistique a tout plaqué pour vivre de sa passion : la viticulture. Avec sa famille, il s’installe à Vauvert pour faire son propre vin sur le domaine Cabanis. 

Discuter avec Julien Sefraoui, c’est se dire que tout est possible. Natif de Paris, le jeune homme mène une vie confortable au Marais. Il est ingénieur en logistique et loue un 30 m2 pour 1 500€. Un prix d’ami dans le coin. Son travail est palpitant : Julien participe à la construction de centrales nucléaires et de raffineries. « Mon rôle était d’acheminer les équipements pour Total ou Alstom aux quatre coins du globe », raconte-t-il. L’homme voyage, ne compte pas ses heures. Seulement, il a une autre passion : le vin. 

L’influence de son grand-père polonais 

C’est son grand-père d’origine polonaise qui lui transmet le goût des bonnes bouteilles. « C’était le vrai Polonais avec de la vodka dans sa cave et des niôles qui rendent aveugle ! », se souvient Julien, amusé. En déplacement professionnel à l’étranger, le Parisien utilise son temps libre pour visiter des vignobles. Il se familiarise avec les cépages dits du « vieux monde » que sont ceux de la France, de l’Italie ou de l’Espagne et découvrent ceux du « nouveau monde » en Australie et au Mexique. 

Une rencontre lors d'un voyage en Géorgie fait tout basculer : « J’en avais marre de mon travail, je me sentais fatigué. Je me suis confié à un vigneron qui m’a ouvert les yeux, en me disant que je pouvais devenir comme lui. » À son retour de Paris, l’ingénieur pose sa démission. Direction Bordeaux pour étudier dans une école de commerce et suivre un master en gestion des entreprises vitivinicoles. Julien a alors 27 ans : « C’était super challengeant, ma vraie passion se transformait en métier. » 

L'étudiant commence à travailler pour un vigneron à Saint-Émilion avant de partir à Barolo dans le piémont italien. Julien devient conseiller en vin : « Les Italiens ont un goût prononcé pour l’amertume. Comme le café noir ristretto (serré, ndlr), leurs vins sont très amers, ils vieillissent trois ans en barrique ». Sa thèse portera d'ailleurs sur les nouvelles habitudes des consommateurs : « les gens veulent boire moins, mais mieux. Ils veulent comprendre ce qu’ils consomment. D’où l’essor des bars à vin ou de l’œnotourisme.  » 

Le vieux et le nouveau monde 

Un autre voyage vient parfaire son savoir : l’Australie. Sur l’île continent, les moines bénédictins ont apporté le Chenin, un cépage blanc de vigne. « Si ce n’était pas le cas avant, aujourd’hui les viticulteurs des pays du nouveau monde ont appris à travailler les arômes ». Ces derniers étant en partie tirés du type de bois (acacia, chêne…) et à la durée de chauffe des lattes qui ceinturent les barriques dans lesquelles les vins sont conservés.  

Le globetrotteur rentre à Paris. Une nouvelle rencontre, plus personnelle, vient égayer sa vie : celle de son épouse, origine des Pyrénées-Orientales. Julien travaille alors pour des entreprises qui vendent du vin aux restaurants étoilées et autres palaces. Son idée de devenir vigneron ne le quitte pas. Plus tard, il finit par décrocher un BTS en viticulture et œnologie, le graal pour se lancer dans le milieu : « c’était plus technique, on apprenait à travailler les sols, à utiliser des tracteurs… » Avec sa femme enceinte, ils partent s’installer ans le sud. Julien trouve un emploi de régisseur au vignoble Jeanjean à Vauvert.

La rencontre avec Jean-Paul Cabanis 

Petit à petit, Le Parisien fait son trou. Il cherche des terres agricoles. C'est là qu'il rencontre Jean-Paul Cabanis par l'intermédiaire de la Chambre d'agriculture et de la préfecture. Désireux de partir à la retraite, l'exploitant cherche à mettre ses terres en fermage (location) : « La propriété avait toutes les qualités que je souhaitais comme des terres en bio et en gobelet (type de taille méditerranéenne) avec des cépages méditerranéens. » Après plusieurs mois de discussions, les deux hommes tombent d'accord sur un bail de 13 hectares dont 8 plantés de vignes. 

Ses premières vendanges auront lieu en août. Julien prévoit de faire 30 000 bouteilles par an, tenant particulièrement à celles du Carignon blanc. Un cépage planté par la famille de Jean-Paul Cabanis et menacé de disparition : « il n’en existe plus que 300 hectares dans le monde ». Derrière la vigne, se cache souvent une histoire familial et un partage. « À Paris, on a la chance d’être au carrefour de toutes les histoires. Et moi, j’avais envie de faire partie de cette histoire-là ». De là où il est, son grand-père polonais ne manquera pas de trinquer à ce nouveau départ. 

Coralie Mollaret 

coralie.mollaret@objectifgard.com 

Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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