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LES BOUTIQUES HISTORIQUES « Sand’Alès », de mère en fille

Alexandra Lagulhon dirige le magasin Sand'Alès depuis 2004. (Photo Corentin Migoule)

Pendant tout l’été, Objectif Gard invite ses lecteurs à (re)découvrir les petites boutiques ou grands magasins que les Gardois ont le sentiment d’avoir toujours connu. Ces enseignes qui semblent avoir toujours existé, comme si elles avaient vu le jour en même temps que la ville qui les accueille. Ce nouvel opus présente une institution alésienne : le magasin Sand'Alès. 

"Sand'Alès, à votre service depuis 1953". Placardée contre la devanture du magasin, la phrase annonce d'emblée la couleur. Mettre les pieds dans cette boutique située au n°18 de la rue Albert 1er, c'est s'aventurer dans le temple de la chaussure alésienne. "C'est ma grand-mère, Marie-Rose Jugie, qui a créé le magasin il y a bientôt 68 ans", annonce Alexandra Lagulhon, gérante depuis 2004.

Plus petit qu'aujourd'hui, le commerce spécialisé dans les chaussures confort et les pantoufles plait beaucoup dès son ouverture. "À l'époque, la rue était très passante. C'était blindé de l'avenue de la gare jusqu'à la rue Albert 1er", assure la quadragénaire en s'appuyant sur les souvenirs qui lui ont été transmis. Et d'ajouter : "Dans les années 50, ça tournait vraiment bien. Il y avait les femmes de mineurs qui descendaient de La Grand-Combe en train le lundi et envahissaient le cœur de ville. Ma grand-mère disait "femme de mineur, femme de seigneur" car quand elles arrivaient à Alès, elles se lâchaient !"

Une clientèle fidèle

Le nom pour le moins évocateur de la structure, trouvé par le grand-père qui a associé les mots "sandale" et "Alès", n'est sûrement pas étranger à ce succès. "C'est percutant, les gens s'en souviennent facilement", apprécie celle qui est depuis peu conseillère municipale de la ville d'Alès. Et la commerçante de dérouler : "Ce qui était marrant, c'est que dans la même rue, juste à côté, il y avait la sœur de ma grand-mère, Yvonne Faure, qui tenait la Papeterie des Cévennes. Et de l'autre côté, le fils de madame Faure avait aussi un magasin, donc c'était une rue très familiale."

Alors que sa mère prend les rênes du commerce en 1978, Alexandra Lagulhon l'intègre dans les années 90. "Ma maman venait de tomber malade, je suis venue l'aider et j'y suis restée alors que ce n'était pas mon choix initial", se remémore sans mal cette dernière. "J'aurais aimé être photographe, mais je n'ai pas eu le courage de partir", rebondit celle qui se dit très attachée à sa ville, "une ville à taille humaine où presque tout le monde se connait".

Passionnée par ce métier auquel elle n'oublie jamais d'associer la dimension humaine, la quadragénaire ne regrette pas d'avoir embrassé un destin familial : "Ce que j'aime dans cette boutique, c'est que nous avons des clientes de longue date, qui vieillissent forcément, mais sont remplacées par leurs enfants que ma maman chaussait quand ils étaient gamins." Des clientes fidèles donc, et particulièrement loquaces : "En général elles restent longtemps car elles parlent beaucoup (rires)." L'épouse de Laurent Blanc venue se chausser "après le Mondial 98", la famille d'Alexandra Lamy qui vient "régulièrement", et "de nombreux élus locaux" sont autant de clients conquis par Sand'Alès.

Cap sur les 70 ans

Pourtant, après avoir eu le vent en poupe durant la majeure partie de la seconde moitié du siècle dernier, le magasin - comme beaucoup d'autres - marque un peu le pas en matière de ventes. Alors qu'elle comptait trois salariées il y a 20 ans, la boutique n'en emploie plus que deux. Alexandra Lagulhon le justifie aisément : "Il y a moins de fréquentation du cœur de ville en raison des ventes en périphérie qui se sont développées, comme la vente en ligne. On a donc divisé la part du gâteau."

Sans révolution, gardant ses principes chevillés au corps, l'entrepreneure a fait place nette à l'adaptation. Une inscription sur la plateforme de vente en ligne "AlèsOfCourses" d'abord. La création d'une page Facebook et Instagram ensuite. "Ma fille fait des études de communication et m'aide beaucoup à ce niveau-là. De toute façon il n'y a pas le choix, soit on s'adapte soit un meurt !"

Mettre le paquet sur la com', la gérante de Sand'Alès l'a fait en 2013 lorsque son magasin a soufflé ses 60 bougies. "Ma fille Juliette avait créé une charentaise à l'effigie de la ville d'Alès. On a fait tirer cent paires pour les offrir à nos clients. Après ça, on a fait une expo-photo spéciale "globe-trotteur" avec les meilleures photos de nos charentaises prises par nos clients aux quatre coins du monde. Ils ont adoré !", savoure Alexandra Lagulhon, qui prévoit d'ores et déjà "un petit quelque chose" pour les 70 ans, "peut-être autour de l'espadrille".

Max Roustan, maire d'Alès, avait participé au concours organisé lors du 60e anniversaire de la boutique. (Photo A.L / DR)

Avant d'atteindre cette date anniversaire, la gérante entend continuer de choyer les pieds des Alésiens en proposant des chaussures toujours plus modernes et confortables, à l'heure où sa clientèle ne cesse de se rajeunir. "Cet hiver on va rentrer une gamme de pantoufles de la marque "La bande à Miche" qui va beaucoup plaire aux femmes comme aux hommes", prévient-elle.

Transmis de mère en fille à deux reprises depuis sa création, le commerce ne devrait pas rester dans le giron familial. "Il va y avoir une césure, ça va forcément s'arrêter d'une manière ou d'une autre", expose sans peine la Cévenole qui ne croit guère à une reprise. Elle n'en fait pas une angoisse pour autant, trop heureuse de voir ses enfants voler de leurs propres ailes. "Mais je vais avoir 50 ans, il me reste encore quelques années à faire", conclut celle qui devrait mener cette institution alésienne jusqu'au début de la prochaine décennie.

Corentin Migoule

 

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