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FRONTIÈRES ET AUJOURD’HUI Le Gard, une histoire de sénéchaussée, de diocèses et de Révolution

Carte du Gard datant de 1795 extraite de "l’Atlas national et topographique de la France en départemens" (sic) (Bibliothèque historique du ministère de l'Agriculture)
Carte du Gard datant de 1795 extraite de "l’Atlas national et topographique de la France en départemens" (sic) (Bibliothèque historique du ministère de l'Agriculture)

Elles sont généralement naturelles, parfois absurdes, souvent arbitraires mais toujours présentes : les frontières font partie de notre quotidien. Celles du Gard sont particulièrement tarabiscotées, et c’est le fruit d’une histoire riche et longue qui trouve son épilogue à la Révolution.

Les départements tels que nous les connaissons trouvent leurs racines dans la Révolution. Le nôtre naît le 4 mars 1790, avec la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, délimité par le Rhône à l’Est, le Vidourle à l’Ouest, l’Ardèche au Nord-Est, la Méditerranée au Sud et comprenant une partie des Causses et des Cévennes au Nord-Ouest. Et si ce découpage donne des paysages variés, c’est peu dire que ses formes sont tarabiscotées. 

Pour les comprendre, il faut remonter loin, du temps où les départements n’existaient pas encore, et où deux entités administraient peu ou prou les territoires : les diocèses et les sénéchaussées. D’un côté, les circonscriptions ecclésiastiques, et de l’autre leur équivalent judiciaire, au service du Roi de France. Côté religieux, pendant des siècles le territoire correspondant au Gard actuel compte les diocèses de Nîmes, Alais (devenu depuis Alès) et Uzès, ainsi qu’une partie de ceux d’Arles et Avignon. Autant de diocèses créés au IVe siècle environ. 

Il faudra attendre le règne de Saint-Louis pour voir la création des sénéchaussées. Nous sommes en 1215, et le Languedoc est alors doté de trois sénéchaussées : Toulouse, Carcassonne et Beaucaire et Nîmes, la résidence des sénéchaux, l’équivalent grosso modo des préfets d’aujourd’hui, ayant été transférée de Beaucaire à Nîmes au XIVe siècle. Avec seulement trois sénéchaussées, il va sans dire que le territoire de chacune est vaste : ainsi, celle de Beaucaire et Nîmes s’étend, en 1229 et ensuite, sur les diocèses de Maguelone (Montpellier aujourd’hui), Nîmes, Uzès, Viviers, Mende, Le Puy et la partie des diocèses d’Arles et Avignon située sur le rive droite du Rhône. Autant dire, si on se réfère aux départements d’aujourd’hui : le Gard, l’Hérault, la Lozère, l’Ardèche et la Haute-Loire, rien que ça. 

Les diocèses plus forts que la sénéchaussée

Comment est-on passé d’une sénéchaussée aussi grande à notre Gard actuel ? Tout simplement car cette circonscription était trop grande. Ainsi, dans le préambule du premier tome des cahiers de doléances de la sénéchaussée de Nîmes pour les États généraux de 1789, signé d’Édouard Bondurand au début du XXe siècle, il est écrit que dans le Vivarais (actuelle Ardèche), « l’éloignement de la sénéchaussée de Nîmes, où les appels des sentences rendues par les juges du Vivarais, avaient été portés de toute ancienneté, augmentaient considérablement les longueurs et les frais des procès civils et criminels, et que l’obligation imposée par l’édit d’avril 1767 aux officiers du siège de Nîmes d’envoyer chaque année des commissaires en Vivarais dérangeait leur service et ne remédiait pas complètement aux maux signalés. » 

Pour plus de proximité, la sénéchaussée de Nîmes va être, au cours de ses dernières décennies d’existence sous l’Ancien régime, progressivement démantelée : le diocèse de Montpellier et une partie de celui de Nîmes comprenant la viguerie de Sommières et d’Aigues-Mortes, la baronnie de Lunel, le mandement de Melgueil et le bailliage de Sauve lui sont retranchés, tout comme les diocèses du Puy, du Vivarais et du Gévaudan. Ainsi, en 1789, à l’orée de la naissance des départements, il ne reste à la sénéchaussée de Nîmes plus que les diocèses de Nîmes, Alais et Uzès. 

Ces trois diocèses restants recouvrent globalement le Gard actuel, plus que la sénéchaussée finissante : ainsi, au Sud, la sénéchaussée n’atteignait pas la mer, et ne comprenait pas la vallée du Vidourle, contrairement au diocèse de Nîmes. Ainsi, Aigues-Mortes, Sommières, Quissac, Sauve et Saint-Hippolyte-du-Fort, qui faisaient partie de la sénéchaussée de Montpellier, mais du diocèse de Nîmes seront attribuées au Gard à sa création. Et ce sans avoir à échanger Ganges avec Aigues-Mortes, comme le veut la légende, mais nous y reviendrons dans un prochain article. 

À l’Est, le Rhône faisait déjà office de frontière naturelle, et six décennies plus tard, seule l’île de la Barthelasse passera du Gard au Vaucluse (nous y reviendrons également dans un prochain article). Au Nord, le Gard perdra une partie des cantons des Vans, de Villefort, de Pont-de-Montvert et de Meyrueis. Ces communes faisaient à la fois partie de la sénéchaussée de Nîmes et des diocèses soit d’Alais, soit d’Uzès, mais on ne gagne pas à tous les coups. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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