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FAIT DU JOUR Avèze : récit d’une semaine cauchemardesque au camping

Les gendarmes ont multiplié les allers-retours et les conversations avec les ressortissants syriens. (Photo Corentin Migoule)
Les gendarmes ont multiplié les allers-retours et les conversations avec les ressortissants syriens. (Photo Corentin Migoule)

Plongé dans le chaos pendant près d'une semaine après l'arrivée d'environ 80 ressortissants syriens venus de Belgique, le camping municipal d'Avèze, près du Vigan, a retrouvé sa quiétude habituelle lorsque ces derniers ont enfin daigné quitter les lieux ce jeudi. Mais l'établissement restera fermé le temps de sa remise aux normes et le mal est fait pour de nombreux vacanciers dont le séjour a été chamboulé.

Réputée pour sa tranquillité, la commune d'Avèze, riche d'un millier d'âmes, s'est vue retirer son caractère paisible dans la soirée du vendredi 30 juillet dernier lorsqu'environ 80 individus d'origine syrienne venus de Belgique ont fait irruption dans le camping municipal "Le Pont Vieux". Si certains d'entre eux avaient bien réservé une place, ce n'était visiblement pas le cas de toute la délégation qui, pour une partie d'entre elle, a fait le forcing pour rentrer en collant de très près les voitures ayant payé et occasionnant le lever de la barrière de sécurité. C'est en tout cas la version du gardien des lieux, corroborée par Clément Bauer, cogérant de la guinguette municipale attenante au camping, et donc aux premières loges.

Cette arrivée en fanfare pour le moins remarquée s'est poursuivie par de violentes échauffourées entre certains nouveaux arrivants, les payeurs taxant les fraudeurs de "voleurs". "Il y a eu une grosse bagarre juste devant la terrasse de la guinguette alors que nous étions en train de faire 130 couverts", se souvient Clément Bauer. Et ce dernier d'ajouter : "Les femmes et les enfants pleuraient, certains se sont enfermés dans les cuisines. C'était assez chaotique comme situation."

Des incivilités multiples

Une situation qui ne s'était jamais produite dans cet agréable camping municipal situé à quelques kilomètres du Vigan, au pied des Cévennes. Et pour cause ! Initialement gérée intégralement par la mairie d'Avèze, la structure disposait jadis d'un agent d'accueil en mesure de réguler les flux. Or depuis le 15 juin dernier, la municipalité, dans l'optique de se libérer de certaines contraintes administratives, a signé un contrat de partenariat avec la société Camping-car Park, premier réseau européen d’aires d’étapes et de services pour les camping-caristes, lui cédant la gestion des entrées et des sorties, désormais assurées par des bornes automatiques.

Toujours est-il que cet épisode du vendredi 30 juillet, qui a occasionné l'intervention des gendarmes, aurait pu s'arrêter là. Il n'en a rien été puisque les 80 ressortissants syriens, bientôt rejoints par des dizaines d'autres, se sont mêlés à la centaine de vacanciers déjà présente sur place. En plus de la surpopulation inquiétante au regard de la situation sanitaire engendrée par la présence des "intrus", la cohabitation avec les habitués du camping s'est très vite dégradée. Ces derniers se disant agacés par "des comportements inappropriés" d'individus n'ayant "pas les mêmes codes que nous", à en croire Martine Volle-Wild, maire d'Avèze.

En plus de nuisances sonores durant la nuit, toilettes et douches sont très vite devenues impraticables après avoir été bouchées. "C'était très sale, il y avait des couches partout", indique Clément Bauer. "La rivière a aussi été très malmenée", développe l'édile, évoquant des jets de poubelles et de détritus. "Je suis tombé nez à nez avec une dame en train de faire caca contre un mur devant l'entrée du camping", complète le gardien des lieux dont les cernes traduisaient un manque évident de sommeil.

Les vacanciers sommés de déguerpir

Face à l'ampleur d'une situation devenue inextricable, Martine Volle-Wild a réuni son équipe à l'occasion d'un conseil municipal extraordinaire dans la soirée de mardi. L'éventualité d'une démission de la maire y a notamment été évoquée. Sans doute une manœuvre pour tenter de mettre la pression sur les services de l'État dont l'édile avait pointé l'inaction, se sentant quelque peu démunie. "Il y avait une incompréhension quant à la gestion du camping mais ça s'est vite débloqué", corrige la maire, qui a finalement apprécié le soutien apporté par la sous-préfète du Vigan, Saadia Tamelikecht, matérialisé par les venues régulières sur place de gendarmes.

Un soutien assorti d'une suggestion : la fermeture du camping pour y effectuer des travaux de remise aux normes suite aux dégradations. Par arrêté municipal, la fermeture du camping était donc actée dès le lendemain (mercredi). "On a fermé la guinguette aussi car en plus de la météo défavorable, on en avait un peu marre de toute cette frénésie qui a installé un climat de peur générale", expose Clément Bauer. Sommés de quitter les lieux, les vacanciers ont aussitôt plié bagage, non sans rancœurs. À l’exception des ressortissants syriens, venus de Belgique, à l’origine des problèmes.

En effet, ils étaient encore une cinquantaine sur place ce jeudi matin. Résignés pour certains : "Les gendarmes nous ont dit que nous avions jusqu'à vendredi pour partir, alors on démonte la tente", confiait l'un d'eux, maniant plutôt bien la langue de Molière. Décidés à rester pour d'autres : "On ne partira pas tant qu'on ne nous aura pas trouvé quelque chose. Il y a beaucoup d'enfants, s'il leur arrive quelque chose parce qu'on dort dans la rue, ça sera de votre faute", pestait un père de famille contre un militaire venu jouer les négociateurs.

Les employés de la guinguette municipale retrouvent le sourire après avoir repris du service ce jeudi midi. (Photo Corentin Migoule)

Embourbée depuis plusieurs jours, la situation se débloque enfin à la mi-journée. Par miracle, tous les indésirables se décident à lever le camp. Il est environ 15 heures ce jeudi lorsque le camping municipal d'Avèze retrouve sa quiétude habituelle. Seules les voitures des gérants de la guinguette et de leurs employés qui avaient décidé de reprendre du service trônent sur le parking. La municipalité crie victoire ! "La situation s'est débloquée de façon très sereine. Je suis très soulagée !", savoure Martine Volle-Wild. Et de conclure : "J'avais fait venir un interprète pour faciliter le dialogue car ils ne parlent pas tous français. Toutes les familles ont trouvé des solutions de repli. Certaines ont trouvé refuge dans des campings voisins, d'autres sont parties en direction de Millau (Aveyron)."

Problème réglé donc, ou plutôt déplacé... Lésés après avoir été contraints d'écourter leur séjour, les vacanciers habitués du camping se souviendront longtemps de ces vacances cauchemardesques dans cette bourgade cévenole qui risque de souffrir longtemps d'une réputation qu'elle ne méritait pas. Le camping "Le Pont Vieux" restera quant à lui fermé jusqu'à nouvel ordre, le temps d'une remise aux normes que la maire d'Avèze espère "la plus rapide possible".

Corentin Migoule

Duplex réalisé ce jeudi à la mi-journée, quelques heures avant que la situation ne se décante :

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