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FAIT DU SOIR Monseigneur Nicolas Brouwet : « Invitez-moi et je viendrai »

Monseigneur Nicolas Brouwet (photo Norman Jardin)

En remplacement de Monseigneur Robert Wattebled, désormais évêque émérite, Monseigneur Nicolas Brouwet a été installé, samedi, nouvel évêque de Nîmes, Alès et Uzès. Ce natif de la région parisienne vient de passer neuf ans à Tarbes et il découvre le Gard. Passionné d'Histoire, de vélo et de marche, il veut aller à la rencontre des habitants pour échanger et mieux les comprendre.

Objectif Gard : Vous arrivez de Tarbes, mais vous n'êtes par originaire du sud-ouest. Où sont vos racines ?

Monseigneur Nicolas Brouwet : Ma famille est originaire de l’Ouest parisien depuis le début de XXe siècle. C'est le diocèse dans lequel j’ai grandi, c’est celui dans lequel j’ai été prêtre et j’ai encore de la famille dans cette région.

Avez-vous grandi dans un environnement religieux ?

Oui, je suis issu d’une famille pratiquante et je n’ai pas raté plus de cinq messes du dimanche dans toute ma vie.

Avez-vous toujours eu la vocation de rentrer dans les ordres ?

Non, j’ai commencé à y penser à 18 ans. Je n’étais pas du tout fixé sur ce que je voulais faire, même si quelques doutes étaient ouverts dans mon esprit. J’ai pensé au sacerdoce en passant mon bac.

"J’aurais pu faire RH ou gendarme de montagne"

Quand se passe le déclic ?

C’est quand Jean-Paul II est venu en France en 1980. Là je me suis dit : il apporte quelque chose de profond à l’Église et à la France. Il prêche bien, alors pourquoi pas moi ? Je ne parle pas de devenir pape mais prêtre. Mais j'aurais pu me diriger vers tout ce qui était en rapport avec les relations internationales. J’ai fait des études d’Histoire avec l’idée de faire Sciences po. J’aurais pu faire RH (gestion des ressources humaines) comme mon père, ou gendarme de montagne.

Monseigneur Brouwet a été nommé par le Pape François (photo Norman Jardin)

Vous étiez évêque de Tarbes et vous devenez celui de Nîmes, comment cela s’est-il décidé ?

Il y a un nonce à Paris qui est un représentant du pape et qui s’occupe des nominations des évêques. Après neuf ans à Tarbes, on a estimé que j’avais fait ce qu’il fallait et que le Gard avait besoin d'un évêque expérimenté. On est nommé par le Pape. Même si cela passe par des intermédiaires car le pape François ne connait pas Nicolas Brouwet.

"J’ai envie d’aller dans les quartiers populaires de Nîmes et voir si l’église peut faire quelque chose"

Comment se passent vos premiers jours dans le Gard ?

Le défi est d’aller au contact des acteurs du diocèse et de la Ville. Il faut aussi se plonger dans les dossiers. Je dois connaître les personnes, la gestion, la nomination des prêtres. Il y a un certain nombre de défis qui se présentent au diocèse.

Quel genre d’évêque de Nîmes, d'Alès et d'Uzès serez-vous ?

Je ne suis pas un homme de bureau, mais plutôt d’actions, d’initiatives et de projets. J’écouterai les attentes et je veux rendre l’Église vivante, mais tout cela ne se fait pas à partir d’un écran ou d’une table. On le fait en écoutant les gens. J’ai envie d’aller dans les quartiers populaires de Nîmes et voir si l’Église peut faire quelque chose. Il ne faut pas se faire happer par l’administratif et le bureau. Le plus facile est de rester sur une chaise.

"Je dis aux prêtres d'aller dans les bars et les restaurants pour se faire connaître"

Cela veut-il dire que vous serez souvent sur le terrain ?

Je vais aller voir les prêtres et ensuite je ferai des visites pastorales. Une communauté chrétienne ne vit pas à part, elle se met au service de la population. Je dis aux prêtres d'aller dans les bars et les restaurants pour se faire connaître. Soyez au milieu des gens ! »

Allez-vous lutter contre la précarité dans le Gard ?

Cela sera un de mes points d’intérêt. Il y a beaucoup de personnes à aider et il y a aussi beaucoup d’associations. J’ai envie de les soutenir et de prendre quelques initiatives s’il y a des manques.

Avez-vous pour ambition de rapprocher les différentes religions ?

Je crois que l’on a besoin de rencontres. J’ai envie de continuer ce qui a été fait avant mon arrivée et mon objectif est de faire vivre la fraternité entre nous. Il faut que l’on se connaisse, que l’on s’apprécie et que l’on puisse se parler. C’est un objectif réalisable car quand on se connait, on a fait la moitié du chemin.

"Les églises sont faites pour être ouvertes"

Ces dernières années, des prêtres ont été assassinés, des églises ont été dégradées ou incendiées. Quel regard portez-vous sur ces évènements ?

Il faut faire la différence entre le gamin qui jette un cailloux parce qu’il s’embête, ceux qui viennent par anticléricalisme et il y a ceux qui s’en prennent aux choses sacrées. Il y a plusieurs niveaux et il ne faut pas les mélanger. Ensuite sur les drames comme l’assassinat du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray (le 26 juillet 2016) c’est un attentat anti-chrétien. Dans le cas du père qui a été tué en Vendée (le père Olivier Maire, le 9 août 2021) c’est l’œuvre d’un déséquilibré. Il faut différencier ce qui s’est passé pour avoir un vrai regard sur les choses.

Comment assurer la sécurité des prêtres et des églises sans se refermer ?

Ce qui m’inquiète c’est de voir des églises fermées, car c’est un contre témoignage. Les églises sont faites pour être ouvertes. À la limite il faudrait qu’il n’y ait pas de portes. C’est une question que j’ai envie de résoudre, en particulier dans les villes. Comment garder les églises ouvertes ? Cela veut dire qu’il faut des caméras, des systèmes de surveillance et des volontaires pour assurer l’accueil.

À quoi ressemble une journée type de l’évêque de Nîmes ?

Il n’y a pas de journée type, ce n’est jamais la même chose. Toute la question réside dans la gestion de l’emploi du temps pour aller partout où il y a de la demande. Il faut faire les choses en cohérence et ensemble. Mais je ne suis pas tout seul, j’ai toute une équipe autour de moi.

"Je pratique le vélo et la marche. Je vais découvrir le GR du Gard"

Parmi vos passion, il y a l’Histoire...

Oui, mais c’est plus pour ma culture, mais je ne veux pas devenir professeur d’Histoire. C’est aussi un désir de comprendre le monde, le fonctionnement des pays, mais aussi des personnes. C’est une ouverture humaine et je crois que c’est ça qui me motive dans l’Histoire.

Dans ce domaine avez-vous une période de prédilection ?

J’ai travaillé sur les origines chrétienne en Gaule au Ve siècle. C’est d’ailleurs une joie d’être ici car je vais découvrir le patrimoine gardois.

Que faites-vous quand vous souhaitez vous aérer ?

Je pratique le vélo et la marche. Je vais explorer les paysages. Dans le Gard, je vais être servi : de la Camargue aux Cévennes en passant par la Vallée du Rhône. Je vais découvrir le GR du Gard. J’ai besoin du contact avec la nature pour m’aérer l’esprit.

Monseigneur Nicolas Brouwet va découvrir le Gard et ses habitants (photo Norman Jardin)

Connaissez-vous le Gard ?

Je le découvre totalement, ce n’était pas du tout un lieu de vacances pour nous qui allions plutôt dans les Alpes et en Bretagne.

Avez-vous un message à faire passer aux Gardois ?

Invitez-moi et je serai content de vous rencontrer. Il n’y a pas que les catholiques qui m’intéressent, mais tous les Gardois. Je pense que l’on peut faire de très belles rencontres avec des gens qui ne sont ni catholiques, ni pratiquants. Invitez-moi et je viendrai ! Je n’ai pas des choses à dire sur tous les sujets, mais je m’intéresse à ce que les gens disent et ce qu’ils vivent.

Propos recueillis par Norman Jardin

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