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FAIT DU JOUR 132 ans plus tard, La Cité fermera ses portes

Paul Giudicelli, directeur de La Cité à Nîmes (Photo Anthony Maurin).
La majestueuse Cité (Photo Anthony Maurin).

La Cité est un magasin un peu spécial. Un magasin de prêt à porter comme on n'en fait plus et situé au coeur de Nîmes, sur deux niveaux de 300 m² chacun. Hélas, La Cité fermera ses portes en fin d'année, au 31 décembre.

De La Cité Ouvrière à La Cité il s'est passé du temps. En tout, la "boutique" est plus que centenaire. À l'intérieur, vous pouvez y trouver des tenues de ville et habillées, du sportwear et bien entendu ce qui a fait la force de La Cité, des vêtements de travail. Toutes les tailles, y compris les très grandes jusqu'au 80 pour les hommes et 52 pour les femmes !

Paul Giudicelli, directeur de La Cité à Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Mais voilà, tout a une fin et La Cité ferme bientôt ses portes de manière définitive. En attendant, vous pouvez retrouver l'esprit d'un grand magasin avec une large gamme de prix et des produits qualité, au sein d'un espace exceptionnel et avec des prix très attractifs. Retour sur l'histoire du lieu et de ses âmes.

Bientôt à la retraite, Paul Giudicelli est là depuis 44 ans. Le magasin depuis 132 ans... "Pour un commerce, c'est pas mal non ?" En effet, surtout à Nîmes et en centre-ville. "C'est rageant quand on regarde le potentiel des lieux. Je me dis que j'aurais pu faire tant de choses comme par exemple accentuer l'événementiel car nous avons une belle surface, sur plusieurs niveaux, avec une belle terrasse sur le toit et un beau dégagement sur le devant. J'ai toujours eu la pêche pour faire des choses, créer des événements, pour dire, "allez, on va faire ça !" J'ai toujours eu plein d'idées pour faire vivre le lieu, c'est ce qui m'a fait tenir 44 ans ! Là, j'ai connu une vraie aventure professionnelle, une aventure humaine aussi", analyse Paul Giudicelli.

Une haie d'honneur ? (Photo Anthony Maurin).

Tout a une fin et cette belle aventure s'achève dans le silence de l'hiver. La Cité reste dans les têtes des Nîmois qui ont connu la boutique quand il fallait acheter une blouse par exemple. "L'histoire se termine pour diverses raisons... Déjà, cela fait deux ans que je repousse mon départ à la retraite car je cherche quelqu'un qui pourrait prendre la relève mais le propriétaire ne s'est pas senti de continuer. Après toutes les tempêtes traversées, il faut peut-être être raisonnable... On a déjà baissé la masse salariale, quand je suis arrivé nous étions une douzaine, aujourd'hui nous sommes trois, mais nous ne pouvons pas être moins vu le stock et la grandeur des lieux. De plus, le secteur du textile est à risque et le concept n'aurait sans doute pas pu tenir plus longtemps", regrette le directeur.

L'entrée du magasin (Photo Anthony Maurin).

Après 44 ans à La Cité, Paul Giudicelli se rappelle ses débuts avec un sourire mêlée de nostalgie : "J'ai fait mes études dans le commerce et j'étais en stage chez Vendôme, plus haut dans la rue, avant de faire l'armée. À mon retour, Vendôme m'a conseillé La Cité où on m'a embauché de suite. J'étais jeune, j'avais de l'énergie et l'avenir devant moi. Je ne pensais pas y rester longtemps, mais comme vous pouvez le constater... C'était intéressant et on a toujours su me motiver. J'avais une formation dans l'étalage et j'ai pu m'occuper des 44 mètres linéaires de vitrine, c'était génial ! J'ai adoré ça car c'était un défi. Puis, j'ai pris des responsabilités et en 2006 j'ai pris la direction".

La montée vers le deuxième étage destiné aux vêtements professionnels (Photo Anthony Maurin).

Hélas, depuis les années d'or où le textile régnait en roi à Nîmes, célèbre pour ça, l'économie s'est dégradée. La concurrence extérieure est arrivée, la philosophie de consommation a évolué. "Quand je suis arrivé, on parlait déjà de crise mais on vendait. Depuis les années 1990 on a vu pas mal de nos fournisseurs partir, fermer ou disparaître. Les signaux étaient déjà mauvais, mais on nous disait qu'il fallait du haut de gamme. Nous avions déjà de la qualité. Et à Nîmes, le pouvoir d'achat est faible donc nous avons été prudents et je pense que nous avons bien fait de ne pas céder à cela."

Le troisième niveau (Photo Anthony Maurin).

Et aujourd'hui, avec quelques années en moins, Paul se verrait-il reprendre le flambeau et le porter aussi haut qu'il a pu le faire par le passé ? "Si j'avais 30 ans aujourd'hui, j'aurais mis en valeur les vêtements professionnels mais même avec dix ans de moins, en y pensant et en les mettant au rez-de-chaussée, comme les marges sont faibles, ça aurait été compliqué de tenir. Tout évolue très vite et pas très bien... J'ai l'impression que les commerçants veulent s'en sortir et faire de cette ville extraordinaire une belle cité, on se dit qu'il y a toujours des trucs à faire et ça bouge un peu plus."

Même à l'étage on se demande pourquoi on ferme ! (Photo Anthony Maurin).

De toute ses vies et des anecdotes plus ou moins agréables qu'il retient, la première concerne le 3 octobre 1988, date des inondations.... "On a eu un mètre d'eau, c'était traumatisant, mais ce fut aussi une expérience commerciale intéressante car mon patron a eu la bonne idée de laver tous les vêtements abimés par la pluie et on a vendu en déclassant les articles. C'était une belle stratégie !"

Des modèles ? (Photo Anthony Maurin).

Pour Alain, un salarié embauché en 2009 à La Cité, cette fin arrive comme un crève-coeur : "Je n'arrive pas à réaliser, je ne veux pas en parler pour l'instant, c'est difficile de se dire que ça va fermer. C'est un réel serrement au coeur, nous avions une bonne équipe, soudée et nous avons tissé des liens. Quand je vais me réveiller le dernier jour, je ne sais pas ce que je me dirai, je ne veux pas encore y penser ! La Cité, c'est une entreprise qui m'a donné ma chance, ce fut une page de ma vie, j'ai appris, réappris mais j'en garde quelque chose de très fort."

Un peu de fatras mais chaque objet a une histoire à raconter (Photo Anthony Maurin).

Avec la fermeture, La Cité casse ses prix et fait profiter ses visiteurs de nombreuses affaires. -50 % sur tout le rayon travail et sur les pantalons. -60 % sur les parkas, pulls, costumes, chemises, sous-vêtements et accessoires. -70 % sur les vestes, les imperméables, les pardessus et sur tout le rayon femme jusqu'au 12 décembre ! Tout ça pour quoi ? Pour finir en beauté une histoire longue de 132 ans à Nîmes, au même emplacement.

La Cité, 1 & 3 place du Grand Temple à Nîmes. Du mardi au samedi de 9h30 à 12h et de 14h à 18h30. Tel : 04.66.67.21.52.

Paul Giudicelli (Photo Anthony Maurin).
Une antiquité ! (Photo Anthony Maurin).
La salle des machines à coudre (Photo Anthony Maurin).
(Photo Anthony Maurin).
Du stock encore et toujours (Photo Anthony Maurin).
De la terrasse qui est sur le toit (Photo Anthony Maurin).
Des souvenirs du passé (Photo Anthony Maurin).

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 37 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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