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FAIT DU JOUR Antoine Sauli (Catavana) : « Rani Assaf n’a rien à faire dans le football »

Antoine Sauli revient sur sa carrière (photo Norman Jardin)

L’ancien homme d’affaires nîmois, aujourd’hui retraité en Corse, est de passage dans le Gard et il revient sur sa carrière de chef d’entreprise.

Le créateur de la marque d’outillage Catavana est intimement lié au Nîmes Olympique dont il a été le sponsor principal de 1986 à 1992. De la vente à la roulotte aux Guignols de l’info, en passant par ses équipes de cyclisme et de sport automobile, le Nîmois s’est beaucoup diversifié. Un parcours fait de rencontres comme avec Sylvie Vartan, Carlos, Valéry Giscard d’Estaing ou encore Éric Cantona. À 78 ans, Antoine Sauli se plonge sur son parcours et regarde le présent avec un œil critique sur Rani Assaf, le président du Nîmes Olympique. Rencontre avec celui que l’on surnommait le Bernard Tapie nîmois.

Objectif Gard : Vous avez grandi à Nîmes, mais c’est en Corse que vous êtes né. Quel souvenir gardez-vous de vos premières années sur l’île de beauté ?

Antoine Sauli : Mon grand-père était un homme extraordinaire. Pendant la guerre, les Italiens l’ont attrapé et, avec une hache, ils lui ont coupé tous les doigts des pieds. Il lui fallait des chaussures orthopédiques pour marcher, mais cela ne l’empêchait pas de faire deux heures de marche pour s’occuper de ses 200 chèvres. Il avait des ânes pour porter les bidons de lait et il m’asseyait dessus.

Que cela vous inspire-t-il aujourd’hui ?

C’est une leçon de vie. Je me dis que vis-à-vis de lui je n’ai pas le droit de me plaindre. J’ai toujours pensé à lui car malgré ce qu’il lui est arrivé, il a toujours avancé. J’ai eu une belle vie que peut-être il n’a pas eu. Il ne se plaignait jamais et je l’admirais.

La plaquette publicitaire de Catavana en 1990 (archives NJ)

« J’ai vu mes parents tirer la langue et je ne voulais pas vivre ça »

Dans quelle circonstance êtes-vous arrivé à Nîmes ?

Mon père était gardien de prison. Il a été muté à la maison centrale de Nîmes et toute la famille a emménagé ici quand j’avais cinq ans. Au départ, nous habitions du côté du quartier de la Planète dans des conditions très modestes, mais mon père était très courageux et il travaillait beaucoup.

Que cela vous a-t-il appris ?

J’ai vu mes parents tirer la langue et je ne voulais pas vivre ça.

À quel moment votre carrière a-t-elle débuté ?

Un jour on m’a proposé de rejoindre un homme qui vendait des outils dans les villages. Il s’appelait Escobar (Rires). Je suis parti avec lui sur les marchés et, à 16 ans, je me suis retrouvé sur un boulevard à Paris avec un petit coffret d’outils pour faire des démonstrations. D’un seul coup, je vendais tout et j’ai été embauché.

Antoine Sauli et son épouse Sylvette à la Une du magazine Le Crocodile en décembre 1987 (archives NJ)

Rapidement vous avez volé de vos propres ailes…

Mes parents n’avaient pas beaucoup d’argent mais ils m’ont prêté 7 000 francs pour me lancer. J’ai acheté des outils à Saint-Étienne et avec mon camion je les vendais dans les villages. Je n’oublie pas ma femme qui m’a aussi beaucoup aidé.

« Je présentais Carlos et Sylvie Vartan »

Vous avez aussi animé des concerts d’été à la plage. Comment cela s’est-il passé ?

Un ami cherchait un animateur pour présenter des podiums organisés par une marque d’alcool anisé. J’ai fait des essais et ils m’ont retenu. Monter sur scène ne me dérangeait pas. Plus il y avait de monde et plus j’étais à l’aise. Je partais avec un petit camion et je présentais Carlos et Sylvie Vartan. J’avais 23 ans. Par la suite Carlos est devenu mon copain.

Votre domaine c’était l’outillage. Cela représentait une niche à l’époque…

Il n’y avait que des grandes marques destinées aux professionnels, mais ça coûtait un bras. Alors j’ai fait fabriquer mes clés à l’étranger pour les vendre trois fois moins cher que les autres marques.

Qu’elle est la signification du nom Catavana ?

J’avais la société France Vanadium et comme je vendais au début uniquement sur catalogue, j’ai pris le Cata de catalogue et le Vana de Vanadium. Ça sonnait bien et il y avait des magasins de bricolage qui commençaient par Ca comme Castorama et Catena.

« Nous voulions associer en attaque Éric Cantona et Stéphane Paille »

Comment êtes-vous arrivé au Nîmes Olympique ?

Je sponsorisais l’émission de télévision, Télé-Foot, et Jean Bousquet, qui était président du Nîmes Olympique, m’a demandé de prendre le sponsoring du maillot. Le monde du foot c’était aussi ma cible client. Après quelques temps, je connaissais tout le monde dans le football, Jean-Michel Larqué et bien d’autres.

Étiez-vous actionnaire ?

Non car je mettais de l’argent à fonds perdus et je n’ai jamais récupéré quoi que ce soit. Bousquet était le président et j’étais derrière lui.

Dans quelles décisions avez-vous eu de l’influence au Nîmes Olympique ?

Un jour, Jean Bousquet m’a dit qu’il en avait un peu marre d’être en deuxième division. Je lui ai conseillé d’aller chercher Michel Mézy comme entraîneur, qui était à Montpellier à l’époque. On a ensuite pris Éric Cantona et Philippe Vercruysse, mais aussi René Girard et Bernard Boissier dans le staff. J’y ai pris goût même si je n’ai jamais joué au football. Au stade, je m’asseyais toujours à côté de Kader Firoud qui m’expliquait tout.

« Éric Cantona ne voulait plus partir de chez moi »

En termes de recrutement quel était votre projet ?

Nous voulions associer en attaque Éric Cantona et Stéphane Paille. Ce dernier évoluait au FC Porto, mais le temps qu’on arrive au Portugal, Caen avait été plus rapide que nous. Nous nous sommes alors intéressés à Philippe Vercruysse que nous avons fait signer.

Lors de la saison 1989-90, Catavana était le sponsor du Nîmes Olympique (photo Philippe Castelain)

Parlez-nous du personnage Cantona…

Quand il est arrivé, au lieu d’aller à l’hôtel, il est venu s’installer à mon domicile. Il y est resté un mois. Les journalistes venaient le voir et il jonglait sur ma pelouse. Éric Cantona ne voulait plus partir de chez moi. C’est un gars qui marche aux sentiments et je l’ai adoré.

Comment s’est terminé votre passage au Nîmes Olympique ?

Un peu en brouille. Une fois avec Jean Bousquet ça a été très chaud et je suis parti avec Catavana. C’était un « boulard », un gentil garçon mais il voulait la mainmise sur le club.

« Je voulais que le club soit une grande famille »

En 1995, quand Jean Bousquet s’en va, vous faite partie des candidats pour reprendre le club. C’est finalement Aimé Landes (SAUR) qui a été retenu. Qu’auriez-vous mis en place si vous étiez devenu président du NO ?

J’arrivais avec Michel Mézy. Je me suis même déplacé au Brésil pour rencontrer Charles (Charles Fabian Figueiredo Santos, meilleur buteur du championnat brésilien en 1990, Ndlr). Quand je suis arrivé là-bas, toutes les chaînes de télévision étaient présentes, c’était de la folie. Je n’ai pas été choisi pour prendre la direction du NO et le transfert n’a pas eu lieu. Si ça avait marché j’aurais mis beaucoup d’argent sur le centre de formation. On aurait monté une équipe sans star, mais qui tient la route, un peu comme Louis Nicollin à Montpellier. Je voulais que le club soit une grande famille. D’ailleurs j’organisais l’arbre de Noël et des repas avec les supporters. Au stade Jean-Bouin nous avions organisé un banquet gratuit long de 500 mètres pour les fans du Nîmes Olympique.

Un brésilien souriant, Antoine Sauli et Charles, l’attaquant qui a failli signer à Nîmes (archives privée Antoine Sauli)

C’est important les supporters dans un club ?

C’est très important, c’est le fonds de commerce. J’en vois encore aux halles qui se souviennent de moi. Il faut les respecter.

Dans les années 80-90, la marque Catavana était très présente dans les médias… 

Il y avait une page de pub pendant Télé-Foot, « L’ouragan de l’outillage », à l’époque où l’émission réunissait deux millions de téléspectateurs. On sponsorisait aussi des matches de coupe d’Europe et l’émission Avis de recherche.

« J’ai planté la voiture de rallye contre un poteau »

Il y a eu aussi L’Équipe du dimanche

C’était sympa. Nous avions signé pour 42 émissions. Canal + m’a demandé de participer à la première avec Pierre Sled. Ils m’ont habillé d’un blazer noir, d’une chemise blanche et d’une cravate rouge. Mais en bas j’avais un short et des chaussettes de foot. J’ai donné le coup d’envoi de l’émission.

En 1995, vous faite même une apparition aux Guignols de l’info…

Canal + cherchait un sponsor bidon pour la soirée des Guignols de la présidentielle. Ils ont baptisé la marque Catawanana et une marionnette me représentant intervenait pendant la soirée. Tout le monde parlait de nous.

La 205 aux couleurs de Catavana (archives privée Antoine Sauli)

Vous vous êtes également lancé dans le cyclisme, mais l’expérience n’a durée qu’une saison (1993-94). Pourquoi ?

Dans le foot quand on parle de l’équipe on dit Nîmes Olympique, mais en cyclisme on dit le nom du sponsor. J’ai rencontré Marc Madiot et nous avons monté une équipe avec la ville de Corbeil-Essonnes. Nous participions à toutes les classiques, mais une fois arrivé le Tour de France nous ne sommes pas invités. Alors j’ai arrêté de financer cette équipe. Il y avait pourtant des grands coureurs comme Sean Kelly.

« Je suis plus Alain Afflelou que Bernard Tapie »

Parlez-nous de l’expérience dans le sport automobile  ?

C’était des grands moments. Nous avions commencé tranquille mais l’appétit vient en mangeant. Nous avons acheté une 205 turbo 16 de 300 chevaux. Le jour où nous avons reçu la voiture, je suis allé fait un tour à Lédenon. Mais sur la route, en voulant éviter deux petits jeunes à vélo, j’ai planté la voiture de rallye contre un poteau ! Quinze jours plus tard, elle était présente sur le rallye Monte-Carlo. J’ai aussi été présent en Formule 3 et dans des courses de camions.

Vous avez également fondé une compagnie aérienne. Dans quel but ?

Quand vous avez des magasins à gauche et à droite, l’avion c’est l’idéal. On a monté une petite société avec deux avions : un de huit places et un de douze places. Je louais à des privés.

Antoine Sauli ne regrette rien (photo Norman Jardin)

D’où vient cette volonté de vous diversifier ?

Je voulais me développer et j’ai toujours pris exemple sur Alain Afflelou, c’était mon modèle. On le voyait à la télé et partout.

Pourtant on disait de vous que vous étiez le Bernard Tapie nîmois…

Je suis plus Alain Afflelou que Bernard Tapie.

Connaissiez-vous Bernard Tapie ?

Oui et il voulait faire de Catavana le sponsor maillot de l’OM. Quand Manufrance, la marque et tous les brevets ont été vendus, je voulais les acheter car mon idée était de créer un concurrent à Catavana. J’aurais fait un coup magnifique, mais c’est Bernard Tapie qui en est devenu acquéreur.

La marque Catavana a été présente en formule 3 (archives privée Antoine Sauli)

À l’été 1995, Catavana a bien failli quitter le Gard. Expliquez-nous pourquoi ?

Un jour, un des conseillers de Valéry Giscard d’Estaing m’appelle et me propose d’aller à Clermont-Ferrand. Je rappelle qu’à l’époque l’ancien président de la République était aussi membre du Conseil constitutionnel, président de l’UDF (Union pour la démocratie française, Ndlr) et président du conseil régional d’Auvergne. Il voulait mettre à disposition un entrepôt de 20 000 m2 et il injectait 10 millions de francs dans ma société pour que je délocalise Catavana dans le Puy-de-Dôme. J’étais partant et j’aurais reclassé tous les employés gardois.

La presse titrait « Catavana quitte Nîmes ! »

Pourquoi l’opération ne s’est-elle pas faite ?

C’était déjà mal parti puisque, arrivé à Clermont-Ferrand, j’ai un accident de voiture et je termine à l’hôpital. Je devais déjeuner avec Giscard d’Estaing et il est venu me chercher avec deux motards de la gendarmerie.

Comment s’est passé le déjeuner ?

J’avais été secoué par l’accident et j’avais pris des médicaments. Nous avons signé un premier contrat et il m’a ramené à Nîmes en hélicoptère. Mais pour que l’affaire soit conclue, il était nécessaire que le second contrat soit signé.

Catavana au grand prix international du camion (archives privée Antoine Sauli)

Il n’a jamais été paraphé ?

Non, car à Clermont-Ferrand, Valéry Giscard d’Estaing a voulu que nous fassions une photo pour un journal local. Je l’ai mis en garde, mais il a insisté. Ça a fuité et le lendemain la presse nîmoise titrait « Catavana quitte Nîmes ! » avec une photo de Giscard à mes côtés. Ça a fait un pataquès et le second contrat n’a jamais été signé. J’étais prêt à partir, mais je ne quittais pas le Gard complètement car je restais implanté ici.

« Si le club tombe en National, que va-t-il faire avec son stade ? Il va y mettre des poules ? »

Comment s’est terminée l’aventure Catavana ?

Catavana a eu quelques soucis et j’ai vendu au groupe Weldom. Ils ont dit que je les avais turlupinés (sic) et ils ont plongé deux ans après. Ont-ils voulu éliminer un concurrent ?

Avez-vous gardé des contacts avec les Crocodiles de votre époque ?

Michel Mézy et Alain Espeisse, qui sont des garçons que j’adore, des mecs bien et je regrette qu’ils ne soient pas considérés malgré tout ce qu’ils ont fait pour le club.

Le 6 novembre dernier, Antoine Sauli (à droite) a soutenu les anciens du Nîmes Olympique (collection AS)

Quel est votre avis sur Rani Assaf, l’actuel président-actionnaire du Nîmes Olympique ?

Il n’a rien à faire dans le football. Nîmes c’est mieux que Montpellier, mais il ne considère personne et il ne pense qu’à sa gueule. Je comprends très bien qu’il veuille faire un nouveau stade, mais il faut d’abord monter une équipe. Ici, dans n’importe quel bistrot, tout le monde parle des Crocodiles et tout le monde le critique. Il ne faut pas qu’il s’occupe du club, il n’y connaît rien. Il a enlevé la formation, plus personne ne veut aller au stade. Les joueurs ne peuvent pas être motivés et ils courent droit à la catastrophe. Si le club tombe en National, que va-t-il faire avec son stade ? Il va y mettre des poules ?

« Je ne regrette rien, je me suis bien éclaté »

On vous sent en colère…

Je pense aux gens qui aiment Nîmes Olympique et maintenant plus personne ne va voir les Crocodiles parce qu’il y a un gars qui est arrivé avec son argent et qui a dit « je n’en ai rien à foutre, je veux faire construire des trucs et des machins ».

Que devenez-vous ?

Je suis parti pendant huit ans pour aller à Tanger (Maroc) et maintenant je vis en Corse où j’ai beaucoup d’amis. Je viens aussi à Nîmes et le foot me passionne toujours.

Quand vous regardez en arrière quel bilan faites-vous ?

J’ai eu milles vies et je ne regrette rien. Je me suis bien éclaté !

Propos recueillis par Norman Jardin

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