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CÔTES DU RHÔNE L’avenir de l’œnotourisme sera durable

Ce mardi, lors des Rencontres de l'œnotourisme à Avignon (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Les 7e Rencontres de l’œnotourisme, organisées par l’interprofession des côtes du Rhône Inter Rhône, se tenaient mardi matin à Avignon. Avec un thème : l’œnotourisme durable. Plus qu’une mode, une tendance de fond. 

Dans les côtes du Rhône aussi, la viticulture est à un tournant : celui du développement de l’œnotourisme. Un important levier de chiffre d’affaires pour la filière, surtout dans un contexte de « déconsommation et de dénormalisation du vin », selon les mots du président d’Inter Rhône le Gardois Philippe Pellaton. En clair : l’œnotourisme est un levier pour diversifier les revenus des exploitants, mais aussi « pour montrer que notre métier est un beau métier », note le président d’Inter Rhône. 

Reste que développer l’œnotourisme est plus facile à dire qu’à faire, surtout lorsqu’il a été « longtemps traité comme un sous-produit », rejoue Philippe Pellaton, avant d’affirmer qu’aujourd’hui, il est considéré « comme un vrai business. » D’autant plus dans un secteur comme la vallée du Rhône, déjà très touristique à la base. Reste à le rendre durable, pour coller à la tendance de fond et aux attentes des touristes : un chiffre sera rappelé par le conférencier Hugues Beesau, spécialiste du tourisme durable, « 2 à 3 allemands sur 6 portent une attention particulière à la démarche écoresponsable. » Et le même d’affirmer que cette tendance, bien installée dans le nord de l’Europe, qui représente une part importante de la clientèle touristique de notre territoire, se répand désormais plus au sud. 

« Il faut changer le paradigme », estime Philippe Pellaton, surtout dans une économie mature « où l’offre est structurellement supérieure à la demande », affirme Hugues Beesau. Le tout dans une période chamboulée par la crise sanitaire, « qui a accéléré les évolutions culturelles en cours », explique le conférencier. Pour la faire courte : moins de tourisme de masse, plus de tourisme durable, « slow », d’expérience. En d’autres termes, « un retour aux origines du tourisme, sortir de chez soi pour rencontrer l’autre, vivre une expérience », note Hugues Beesau. 

Quelques définitions et exemples

Certes, mais qu’est-ce-que le tourisme durable ? « Un développement touristique qui répond aux critères du développement durable, sur l’environnement, l’économie, le sociétal, la gouvernance et l’éthique », définit le conférencier. Sa mise en oeuvre opérationnelle est le tourisme responsable, autour notamment « d’un étalement du tourisme dans le temps et l’espace », la mise en oeuvre « de pratiques de management environnementales et sociales » ou encore d’un engagement vers la labellisation. 

À l’intérieur de ce tourisme responsable se retrouvent l’écotourisme et le slow-tourisme. On peut les considérer comme les produits d’une gamme. L’écotourisme se conçoit comme un tourisme « écologique dans le sens où le visiteur est considéré comme un être vivant qui fait partie d’un écosystème, un tourisme axé sur la découverte de la nature et du patrimoine culturel, avec une forte composante de pédagogie et de sensibilisation », avance Hugues Beesau. Quant au slow-tourisme, il privilégie « les formes sédentaires ou les itinérantes douces, la proximité avec la nature, le patrimoine, les rencontres, le partage avec les habitants. » Dans ce type de tourisme, « la gestion du temps à l’envi du visiteur » et « l’expérience immersive », sont importants. 

Après les définitions, place aux exemples de bonnes pratiques. Le tourisme durable, Bruno Boizet, qui tient les gîtes et cabanes Terre des Baronnies, dans le PNR des Baronnies (Hautes-Alpes), connaît bien. Sur place, il propose des hébergements en matériaux bio-sourcés et fait aussi découvrir son territoire par la cuisine, et le choix des producteurs locaux. Et sur le « slow », il propose des séjours en tente suspendue « seuls au milieu de la nature pour vivre une expérience immersive », dit-il. 

Dans le vin, Sébastien Bourguignon, de la cave coopérative des vignerons de Buzet, entre Agen et Marmande, présente l’exemple d’une cave engagée dans la RSE, la responsabilité sociale des entreprises « dans tous ses projets. » L’œnotourisme y est durable par définition, notamment dans le château et le parc rachetés il y a quelques années par la cave, utilisés « pour des projets de développement durable. » Le tout « fait la fierté des vignerons », souligne-t-il. 

Le tourisme durable, c’est aussi la mobilité, à commencer par le vélo. Elodie Pellet, qui s’occupe du dossier cyclotourisme pour l’agence Vaucluse Provence Attractivité, travaille notamment sur le réseau de boucles cyclotouristiques, dans un département qui en compte 30. Le vélo se développe, puisque « nous avons une hausse de la fréquentation de 22 % entre 2019 et 2020 sur les véloroutes », affirme-t-elle. L’agence accompagne les professionnels, notamment les vignerons, dans la démarche de label Accueil vélo, qui garantit des conditions d’accueil aux cyclotouristes. Et le modèle du maillage des boucles cyclotouristiques est en train d’être dupliqué aux sentiers de randonnée, « deux axes forts qui s’inscrivent dans l’écotourisme et le slow-tourisme », commente Elodie Pellet. 

« C’est rentable sur le long terme »

Reste à rentabiliser ces investissements. « C’est du long terme », estime Jérémie Castor, du domaine Saint-Nabor à Cornillon, par ailleurs président de l’Office de tourisme Provence occitane, qui affirme « faire beaucoup d’efforts » dans ce domaine. « Pour l’heure, c’est une part marginale du business dans la vallée du Rhône, environ 10 %, ce n’est pas assez, il faut y faire plus attention », estime pour sa part Philippe Pellaton. 

La tendance chez les professionnels est de voir l’œnotourisme comme « un pari sur l’avenir. » Pour d’autres, c’est déjà du présent : « c’est rentable, mais il faut y passer beaucoup de temps, estime Marc Boulon, vigneron du domaine de Mas Caron, à Caromb (Vaucluse). Mais un client avec qui on passe une heure ou deux dans ce cadre commande deux à cinq fois plus, donc ça nécessite des moyens humains, un investissement, mais c’est rentable sur le long terme. » 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Et aussi : 

Les quinze primés des distinctions Œnotourisme (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Ces Rencontres ont également été l’occasion de remettre les Distinctions oenotourisme d’Inter Rhône. 15 caves et négoces ont été ainsi distingués, « ce qui porte à 85 le nombre de caves primées », note Philippe Pellaton. Cette année, ces distinctions changent de formule pour se concentrer sur l’offre avec une distinction « dégustation », une « découverte » et une « expérience ». Sur les 15 caves de ce millésime, une seule est gardoise, il s’agit du château d’Aiguilhon, à Sauveterre, 50 hectares labellisés Haute valeur environnementale. Les primés : Caveau de Saint-Désirat (Ardèche), Delas Frères (Drôme), Cave Pradelle (Drôme), Vignolis coopérative du Nyonsais (Drôme), Domaine de Galuval (Vaucluse), Domaine de la Tourade (Vaucluse), Domaine de Cabasse (Vaucluse), Château d’Aiguilhon (Gard), Domaine de Mas Caron (Vaucluse), Domaine la Tuilière (Vaucluse), Château de Vannes (Vaucluse), Domaine de Marie (Vaucluse), Cave Carod (Drôme), Domaine Raspail (Drôme), Caveau Jaillance (Drôme). 

Thierry Allard

34 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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