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FAIT DU SOIR Le général Éric Chuberre : « Cette rigueur du territoire induit une certaine rudesse dans les comportements »

Le général Éric Chuberre, commandant du groupement de gendarmerie du Gard. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Les missions sur le terrain, les rencontres et échanges avec les différents acteurs du territoire, mais aussi les livres nourrissent depuis quelques mois le quotidien de l’homme qui a pris la tête du groupement de gendarmerie du Gard le 1er août dernier. Le général Éric Chuberre, 52 ans, précédemment haut fonctionnaire adjoint de défense et de sécurité au ministère de la Justice, dresse un premier bilan de l’activité militaire sur le département. Interview. 

Objectif Gard : Avant de prendre le commandement du groupement de gendarmerie du Gard, connaissiez-vous le Gard, l’aviez-vous déjà visité ? 

Le général Éric Chuberre : Je nierai avoir tenu ces propos… J’ai passé une partie de ma scolarité à Montpellier ! Je connais un peu la région mais le département de l’Hérault est différent du Gard. L’histoire n’est pas la même, il n’y a pas la même centralité. Cet historique permet de mieux comprendre la culture et les comportements locaux. Les Cévennes par exemple, si on ne connaît pas l’histoire d’Alès et des bassins miniers, on ne peut pas comprendre le haut Gard. On a besoin de lire, mais on a également besoin de prendre du temps pour écouter les élus, les gens du territoire pour comprendre ce qu’ils vivent et leur perception des choses. J’ai eu besoin d’écouter les gendarmes parce que eux aussi ont une vision du territoire qui est riche.

Que ressort-il de ces lectures, de ces rencontres, de ces échanges ? 

Il y a un quatrième paramètre qui vient enrichir ce bilan, ce sont toutes les interventions réalisées, à travers les épisodes cévenoles, les violences intrafamiliales, la lutte contre les trafics de stupéfiants, etc. Un certain nombre d’actions sont menées sur ces champs-là auxquelles s’ajoutent de nouvelles vulnérabilités. Le Gard est un département séduisant, attractif. J’aime l’histoire, la diversité et la complexité du territoire me séduisent. Mais c’est un département qui est dur, son climat est dur aussi. Quand vous arrivez de Paris, en plein été dans la garrigue vous changez de dimension ! Cette rigueur, on la devine à travers ses paysages, à travers les caractères aussi. On la sent à travers la pauvreté du département. Cette dernière induit parfois une certaine rudesse dans les comportements. Elle nous amène souvent à intervenir dans des situations paroxystiques. Et puis, ce département est traversé par un certain nombre d’axes, ce qui multiplie les possibilités de trafics pour passer d’un département à un autre, de la France à l’Italie, ou de l’autre côté en l’Espagne.

Vous parliez de nouvelles vulnérabilités. Quelles sont-elles ?

Je pense notamment à la cybercriminalité. Le développement de nouvelles dimensions d’échanges induit différentes vulnérabilités. D’abord, une vulnérabilité économique et l’explosion des escroqueries via des sites régulièrement consultés par la population. Les sites tels que Le Bon Coin, Air BnB etc, sont des outils merveilleux mais c’est aussi une interface qui peut être détournée par des gens qui cherchent à escroquer d’autres personnes. Mais il y a aussi l’usage qui est fait du matériel informatique, dans les boîtes mails… Et cela concerne les particuliers, mais aussi les entreprises. Tout cela doit s’accompagner du développement de nouvelles expertises afin d’amener nos enquêteurs à mieux investiguer dans cette dimension de cybercriminalité. Nous avons notamment la SOLC (Section opérationnelle de lutte contre les cyber-menaces, Ndlr) composée de sept techniciens, créée il y a un an. Mais également d’actions de prévention menées conjointement avec les élus et d’autres acteurs, pour alerter sur ces nouvelles vulnérabilités.

Depuis quand a-t-on observé cette explosion des escroqueries ?

Depuis deux ou trois ans avec une progression constante. Et à travers l’usage de ces outils, il y a d’autres choses problématiques comme l’usage des réseaux sociaux où la parole est libre. J’évoque cette fois la situation des plus jeunes, notamment en milieu scolaire, qui peuvent faire l’objet de harcèlement par les réseaux sociaux. Ceux-là éloignent la victime de son prédateur et favorisent des phénomènes de masse. Même en dehors de l’école vous continuez à être victime de ces harcèlements qui créent de vrais situations de fragilité. Donc là, il y a aussi un vrai sujet auquel nous essayons de répondre avec le développement de kits scolaires, d’actions de prévention en se rapprochant de l’Éducation nationale.

Le général Éric Chuberre, commandant du groupement de gendarmerie du Gard. (Photo : S.Ma/Objectif Gard)

La sécurité routière est également un sujet important sur le département…

Oui, c’est un sujet important auquel tous les gendarmes participent et notamment l’escadron de la sécurité routière qui sera très présent sur le territoire ce 31 décembre. L’un des enjeux majeurs est le comportement dangereux de certains automobilistes qui peut entraîner des accidents durs et violents. Le défi pour nous aujourd’hui est de mieux communiquer sur l’accidentalité. Nous communiquons assez bien sur la verbalisation et notre action pour sécuriser les routes à travers la verbalisation. Mais je pense, même si c’est délicat par ailleurs, que nous devons aussi communiquer sur l’impact des accidents. Nous sommes confrontés régulièrement à des drames absolus. L’accidentalité que nous constatons est d’abord liée à des fautes de comportement individuel. C’est un dépassement sans visibilité, c’est une vitesse inadaptée, excessive, on roule vite sur les routes du Gard. Et également, souvent, c’est un refus de priorité ainsi que l’alcool et les stupéfiants au volant.

Fort de votre expérience, que pensez-vous pouvoir apporter à vos équipes ?

Nous sommes dans une période où la menace terroriste est importante, dans une période de crise sanitaire, une période où il y a une demande forte pour lutter contre les trafics de stupéfiants, les violences intrafamiliales, les atteintes aux biens… Je pense qu’une des premières fonctions du chef, c’est d’apporter du sens et de protéger en fixant des priorités, en les hiérarchisant. Derrière le sens de l’action, il y a aussi la fierté de faire le métier que l’on fait. Le métier de gendarme est un beau métier. Et les gendarmes, dans leur majorité, en sont fiers et cette fierté s’appuie sur le sens de l’action. Cette dernière participe d’une compréhension complète des missions et des raisons liées aux missions. Cela aussi fait partie de ma responsabilité et dès lors il y a un vrai travail de dialogue en interne et d’analyse pour comprendre, avec le développement d’une intelligence territoriale, les phénomènes qui nous impactent pour fixer les priorités. Et ainsi définir des stratégies locales qui soient les mieux adaptées possible.

Vous aurez peut-être la chance de voir la nouvelle caserne, un dossier qui traîne depuis de longues années !

On va travailler avec intérêt sur ce sujet-là, parce que quand on voit l’état de la caserne…

Vous attendiez-vous à ça quand vous êtes arrivé à Nîmes ?

On s’attend à tout, vous savez (Rires) !

Propos recueillis par Stéphanie Marin

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