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ALÈS Les salariés de Merlin Gérin réclament leur part du gâteau

Forte mobilisation chez Merlin Gérin Alès pour ce débrayage de quatre heures. (Photo Corentin Migoule)

C’est par un débrayage de quatre heures à la mi-journée assorti d’un « semi-blocus » qu’une majorité des salariés de Merlin Gérin Alès a répondu à l’appel national de l’intersyndicale du groupe Schneider Electric ce mardi. Il s’agissait de « mettre la pression » sur la direction à la veille d’une troisième réunion de négociation portant sur les augmentations salariales.

« Mettre la pression à la direction » à la veille d’une troisième réunion de négociation : tel était l’objectif de l’intersyndicale du groupe Schneider ce mardi. Une démarche actée à l’issue de la deuxième réunion organisée dans le cadre des négociations annuelles obligatoires qui s’est tenue le 6 janvier dernier à Paris, au terme de laquelle les augmentations salariales espérées par les syndicats (CGT, CFDT, FO, CGC et CFTC) ne sont pas arrivées.

Ainsi, une grosse centaine de salariés de l’entité alésienne de Merlin Gérin, membre du groupe Schneider Electric et spécialisée dans la fabrication de disjoncteurs, s’est mise en pause à l’occasion d’un débrayage entre 11 heures et 15 heures, assorti d’un « semi-blocus ». « On attend des négociations qui soient en conformité avec les résultats du groupe et notamment de l’entité alésienne. On ne peut pas générer six millions d’euros de bénéfice et proposer une augmentation salariale générale (1,2%, Ndlr) inférieure à l’inflation (1,6%, Ndlr). C’est indécent ! », embraye Joël Bréaud, délégué CGT et secrétaire du comité d’entreprise.

« On sera les premiers à sauter »

En effet, alors que Merlin Gérin Alès a triplé son résultat net entre une année 2019 « plutôt difficile » et une année 2021 marquée par une « une grosse activité » à l’heure où le bâtiment a « surfé sur la vague covid », le dernier nommé réclame une augmentation globale du salaire de base de l’ordre de 3% afin de « maintenir un pouvoir d’achat acceptable pour tous les salariés ». Et d’ajouter : « Si on peut gratter un plancher minimum pour les bas salaires, on ne s’en privera pas ! »

À ses yeux, à l’échelle du groupe Schneider Electric qui a été « à l’offensive sur les marchés pour récupérer des gros chantiers de concurrents touchés dans une plus grande mesure par les problèmes d’approvisionnement », ces doléances sont largement recevables. Autant de réclamations partagées par Gérald Charrière, délégué CFDT, et auxquelles le dernier nommé rajouterait volontiers « une prime covid ». « Ça serait justifié dans la mesure où on a triplé le résultat net en deux ans en faisant face à tout un tas de contraintes supplémentaires liées à la pandémie », expose celui qui est salarié depuis 25 ans à l’atelier machines automatiques, citant pêle-mêle « le port de visières », « la désinfection régulière des machines » et « des pauses différées ».

Sophie (∗), intérimaire de longue date (11 ans, Ndlr) chez Merlin Gérin, a rejoint le mouvement « par solidarité » au terme de sa matinée de travail ce mardi, peu après 13 heures. L’occasion pour la quinquagénaire de se laisser aller à quelques confessions au regard d’un avenir qu’elle redoute : « On a bien compris qu’à terme la direction veut en finir avec l’intérim. On sera les premiers à sauter. On s’y prépare. Ça peut-être la semaine prochaine ou le mois prochain. »

70 000 heures délocalisées d’ici 2024

Car les augmentations salariales ne sont pas seules à garnir le rayon des réclamations. Chez Merlin Gérin Alès, les travailleurs intérimaires représenteraient « au moins 25% » de l’effectif, tandis que « la direction affiche la volonté de baisser le taux autour de 15% », d’après Joël Bréaud. C’est d’ailleurs à ce titre, alors que la direction du groupe industriel envisageait de délocaliser une partie de sa production manuelle à l’étranger (Hongrie, Bulgarie et Maroc), que 120 salariés alésiens s’étaient mobilisés l’an dernier à la même époque (relire ici).

« Les délocalisations ont été enclenchées », déplore le délégué syndical CGT. Et d’étayer : « D’ici juillet 2022, 10 000 heures de travail supplémentaires vont partir en Hongrie d’ici. En 2024, on perdra 70 000 heures de plus, ce qui représente 50 employés en moins. Cette perte des activités manuelles au profit de nos filiales étrangères fragilise automatiquement les intérimaires. Ce serait dramatique pour eux de se retrouver sans rien au cœur de ce bassin alésien sinistré en matière d’emplois industriels. »

D’autant que depuis quelques mois, les organisations syndicales ne prennent plus le « risque » de monter au créneau lorsqu’il s’agit d’appuyer un recrutement. « On a du mal à faire pression pour l’embauche en CDI (contrat à durée indéterminée, Ndlr) d’intérimaires. À chaque fois qu’on l’a fait, la direction s’en est débarrassée », regrette Gérald Charrière, délégué CFDT. Ce mercredi matin, dès 9 heures, c’est bel et bien l’augmentation salariale qui sera déposée la première par les organisations syndicales sur la table des négociations avec la direction.

Corentin Migoule

(∗) Le prénom a été modifié à la demande de l’interviewée.

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