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MARCOULE Une nouvelle directrice et de nombreux projets pour Cyclife France

Guénola Guillon a pris la tête de Cyclife France en mai dernier (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Guénola Guillon a pris la tête de Cyclife France en mai dernier (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Filiale d’EDF spécialisée dans les opérations de démantèlement nucléaire et de traitement des déchets faiblement à moyennement radioactifs, Cyclife France a changé de tête il y a quelques mois. 

Basée sur le site de Centraco, à Marcoule, Guénola Guillon, 49 ans, chapeaute ce qu’elle qualifie d’« acteur incontournable de la filière nucléaire. » Cette ingénieure diplômée de l’école des Ponts et chaussées, rentrée chez EDF en 1999, arrive de la filiale d’EDF de production et de distribution d’électricité au Royaume-Uni où elle oeuvrait dans la partie production. Bien plus au sud désormais, la première femme à la tête de l’usine lancée en 1999 va « compléter le cycle en voyant le traitement des déchets radioactifs. » 

C’est la mission du site de Marcoule, qui compte 300 salariés et un chiffre d’affaires de près de 90 millions d’euros par an. Son coeur de métier est de « concevoir, construire et exploiter des installations de traitement de déchets radioactifs pour en réduire le volume, préserver les capacités de stockage avec des colis sûrs », résume la directrice générale. Elle est la seule en Europe à maîtriser ses procédés et à pouvoir traiter certains types de déchets. Pour ce faire, Centraco fait dans l’incinération et la fusion, a des machines mobiles pour traiter et conditionner les déchets sur site et est capable de proposer des solutions intégrées. 

Chaque année, l’usine incinère 4 100 tonnes de déchets radioactifs, comme les tenues, chiffons ou emballages contaminés, et fond 600 tonnes de déchets métalliques dans son four de fusion, comme des outils, du vrac ou des déchets bien plus gros que Centraco découpe. Les déchets métalliques finissent sous forme de lingots, et les déchets incinérés, en tout cas les cendres et le mâchefer restants, sont cimentés dans des fûts avant d’être envoyés dans le centre de traitement de l’ANDRA. Il s’agit de déchets à vie courte —tout est relatif—, entreposés pour 300 ans. 

Environnement et développement

De quoi, in fine, « limiter l’impact sur l’environnement », souligne Guénola Guillon. D’ailleurs Cyclife Centraco insiste sur l’aspect environnemental, avec l’année dernière le passage en LED de l’éclairage de l’usine, de quoi économiser 10 % sur la facture d’électricité, parce que ce n’est pas parce qu’on est une filiale d’EDF qu’on ne doit pas économiser l’énergie. Dans la même veine, le système de refroidissement de l’usine a été rénové pour 1,4 million d’euros, pour mettre en place « des groupes froids sans gaz fréon et qui consomment moins, et nous réutilisons la chaleur dégagée pour les procédés où nous en avons besoin », précise la directrice générale. 

Un bâtiment écoresponsable a été mis en service en septembre dernier, avec une consommation d’énergie en baisse de 30 %, des bornes de recharge des véhicules électriques ont été installées et des ombrières photovoltaïques vont l’être en 2022 sur le parking pour produire de l’électricité réutilisée sur le site. 

Toujours au rayon projets, Cyclife France est en plein développement d’une nouvelle machine mobile capable de traiter les boues radioactives sur site. « Le développement a pris quatre ans, nous avons travaillé avec l’entreprise CIMAT, basée à Laudun-l’Ardoise », note Guénola Guillon. La machine est en cours de mise en service sur la centrale nucléaire de Cattenom, en Lorraine. Très sollicitée par ses clients, EDF, CEA, Orano mais aussi des hôpitaux et des laboratoires, l’usine vise aussi à « fiabiliser et augmenter les cadences » de son incinérateur, avec un nouveau bras téléopéré et de nouveaux capteurs de rayons X pour contrôler les fûts, mis en service en 2023. 

Centraco ambitionne aussi de pouvoir augmenter sa capacité d’entreposage des déchets solides incinérables, pour gagner en flexibilité. « Aujourd’hui nous fonctionnons beaucoup en flux tendu, l’idée est de gagner 12 conteneurs, ce qui multiplierait par deux notre capacité de stockage », précise Guénola Guillon, mais ce ne sera pas avant fin 2023. Toujours dans cette optique de fiabilité, l’usine a entamé il y a quelques jours son arrêt technique de huit semaines pour faire ses opérations de maintenance. Il y en a pour 1,6 million d’euros, et 250 prestataires pour faire tous les contrôles et opérations nécessaires. D’ailleurs, l’usine change de titulaire pour son contrat de maintenance, qui passe de Fouré-Lagadec à un duo Orys-Engie, et plus précisément à leurs agences locales. « L’idée est de changer de philosophie en allant vers de la maintenance prédictive », précise la directrice générale. 

L’usine a aussi pour projet de se doter d’un atelier pour traiter la laine de verre aimantée d’ici 2024. Et pour faire face à l’augmentation de la demande due aux perspectives de démantèlement des centrales, l’usine va augmenter sa capacité de découpe des grosses pièces. « Il doit être opérationnel pour fin 2025 », note-t-elle. 

Le projet So’Gard retardé

Le plus gros morceau reste le projet So’Gard, qui vise à traiter la ferraille issue du démantèlement des centrales. « Nous avons besoin de deux bâtiments, un pour l’entreposage de la ferraille à Chusclan, et un autre sur notre site pour découper les ferrailles et les mettre au gabarit », présente Guénola Guillon. Un projet qui a pris du retard, le terrain racheté par Cyclife pour implanter le stockage, en face du site actuel, a été victime du nouveau Plan de prévention du risque inondation et le permis de construire a été refusé. 

Un nouveau terrain a été trouvé à Chusclan, sur le site de la Ferme aux moines, propriété du CEA. « Nous sommes en discussions pour un bail sur le très, très long terme », précise la directrice générale. Reste que le projet, d’un coût initial de 60 millions d’euros, va voir son enveloppe s’épaissir et surtout ses délais se rallonger. Désormais, le groupe compte sur un bâtiment d’entreposage opérationnel mi 2025, et un atelier de découpe pour mi-2026, si tout va bien. 

De quoi renforcer le poids de l’usine dans l’économie locale. Une installation qui compte 300 salariés et 150 prestataires, achète pour 55 millions chaque année principalement au monde économique d’Occitanie, PACA et Auvergne-Rhône-Alpes et compte recruter en 2022 une trentaine de personnes pour maintenir son effectif. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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