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LE 7H50 de Régis Bayle, président du Pays viganais : « Une présence aussi forte du loup en 48h, c’est la première fois »

Régis Bayle, président de la communauté de communes Pays Viganais (Photo DR)
Régis Bayle, président de la communauté de communes Pays viganais (Photo DR)

Dimanche, quatre chasseurs assurent avoir vu deux loups à Arrigas, une petite commune gardoise située dans les Cévennes viganaises. La nuit d’avant, quatre bêtes ont été tuées à Blandas et un canidé serait à l’origine de cette attaque. Maire d’Arrigas et président de la communauté de communes Pays viganais, Régis Bayle s’inquiète de la présence du prédateur sur son territoire et souhaite une vraie prise de conscience de la part de l’État.

Objectif Gard : Le loup semble présent sur votre territoire. Que s’est-il passé ce week-end ?  

Régis Bayle : À l’occasion d’une battue de sanglier dimanche à Arrigas, quatre chasseurs ont aperçu deux loups qui traversaient une prairie et se dirigeaient vers le hameau du Peyraube. En 2014, sur le même secteur à environ 700 mètres d’altitude, un loup avait été aperçu et un éleveur avait perdu une bête. Cette fois-ci il n’y a pas eu d’attaque sur notre commune mais à Blandas quatre bêtes ont été égorgées dans la nuit de samedi à dimanche. La semaine dernière, il y a aussi eu une attaque sur la commune de Vissec où le maire, Laurent Pons, également éleveur, a pris un cliché.

La menace est donc bien présente…

Je dirais que c’est une problématique immédiate. Une présence aussi forte du loup en 48h, c’est la première fois sur le Pays Viganais. Nous ne sommes pas surpris parce que dans les territoires voisins que ce soit côté aveyronnais ou côté lozérien, on savait que les éleveurs étaient déjà confrontés à cette problématique du loup. Donc, tôt ou tard on se doutait que notre territoire serait concerné. On peut dire que, malheureusement, depuis ce week-end c’est chose faite. C’est peut-être lié aux conditions climatiques actuelles. On a un hiver un peu plus rigoureux que d’habitude avec des températures basses et de la neige sur les sommets. On peut imaginer que ces bêtes redescendent dans les vallées parce qu’elles n’ont rien pour se nourrir en altitude.

« Il faut que le Pays Viganais soit à son tour classé dans les territoires à risque »

Est-ce que vous êtes inquiet de cette situation ?

Oui ! En tant que maire d’Arrigas depuis 20 ans nous avons installé quatre éleveurs sur la commune, ce qui n’est pas rien. À l’échelle de la communauté de communes, on a pour ambition de réinstaller de la viticulture et de l’élevage dans une optique d’autonomie alimentaire et de promotion des circuits courts. Évidemment, on ne peut pas imaginer redévelopper un élevage de qualité sur notre territoire, si on est confronté à cette problématique. On sait très bien que le loup et les éleveurs font très mauvais ménage.

Comment pouvez-vous agir ?

Nous avons saisi la sous-préfète du Vigan, Saadia Tamelikecht, de ces différents éléments. Elle nous a répondu très rapidement avec une grande efficacité pour nous indiquer la marche à suivre. Il faut saisir officiellement les services de la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) pour qu’une enquête puisse être diligentée concernant les quatre bêtes tuées et vérifier s’il s’agit d’un loup, même si cela ne semble pas faire de doute. Il faut que le Pays viganais soit à son tour classé dans les territoires à risque en matière de loup. Aujourd’hui sur notre territoire, un éleveur qui perd des bêtes n’a pas d’indemnisation. Il faut qu’il y ait une reconnaissance officielle des services de l’État pour classer notre territoire comme zone à risque pour que nos éleveurs puissent bénéficier de ces indemnisations. Depuis plusieurs années, des élus du territoire comme Laurent Pons militent dans cet objectif.

« À un moment donné, il faut regarder la réalité en face »

Pensez-vous que cela va suffire pour être classé en zone à risques ?

Concernant les deux loups vus sur ma commune, ça sera compliqué de démontrer la chose, mis à part les témoignages recueillis. Pour les bêtes tuées à Blandas, ils vont envoyer des naturalistes pour examiner les cadavres des bêtes et déterminer avec certitude qu’il s’agit bien d’une attaque de loup. On va peut-être encore nous sortir les habituels arguments que toutes les preuves ne sont pas réunies. À un moment donné, il faut regarder la réalité en face. En 2014, le rapport avait conclu par une formule très équivoque souvent utilisée : « On ne peut pas exclure que l’attaque soit le fait d’un loup. » C’est peut-être un loup mais on n’en n’est pas sûr. J’espère que l’on n’aura pas ce type de réponse avec une enquête de manière équilibrée.

Et à court terme, que fait-on ?

On ne peut que tirer en l’air pour effrayer mais pas sur l’animal, il y a des mesures de protection. Les bergers peuvent acquérir des chiens de race Patou dont la corpulence permet de défendre le troupeau et mettre des clôtures. L’enjeu c’est que les éleveurs puissent être aidés déjà à court terme pour se défendre face à ce péril puis être indemnisé quand ils perdent des bêtes. Au-delà du côté sentimental car les éleveurs aiment leurs bêtes, il y a également l’aspect financier. C’est leur gagne-pain. Il faut également, c’est très important, que des vrais plans de régulation soient élaborés à l’échelle nationale pour permettre la cohabitation entres les éleveurs et la faune sauvage. Et que l’élevage soit priorisé là où ce n’est pas possible. On est confronté aujourd’hui au retour du loup en France. Il faut que le ministre de l’Environnement accepte de reconnaître que le loup est bien présent y compris dans des territoires comme le nôtre. C’est un préalable indispensable.

Propos recueillis par Corentin Corger

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