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NÎMES Viol d’une fillette en prison : le procès d’un pédophile récidiviste et d’une « catastrophe pénitentiaire » ?

Maitres Ludovic Para et Caroline Greffier défendent les intérêts de l'accusé, Raymond Adam. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Maitres Ludovic Para et Caroline Greffier défendent les intérêts de l'accusé, Raymond Adam. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Maitres Ludovic Para et Caroline Greffier défendent les intérêts de l’accusé, Raymond Adam. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Ce mardi, le procès de Raymond Adam, 52 ans, s’est ouvert devant la cour d’assises du Gard. L’homme, en récidive car déjà condamné pour des faits similaires, est accusé de plusieurs viols et agressions sexuelles, durant des années, sur une mineure de moins de 15 ans. La mère de la fillette, Carine B. (*), est également présente dans le box pour complicité. 

Le temps a fait son oeuvre. Après des années à nier les accusations à son encontre, Raymond Adam se lève, mardi matin, pour faire un aveu dans un silence de cathédrale : « Aujourd’hui, je suis là pour dire que je suis coupable des faits reprochés. J’étais dans le déni. Je demande pardon à la victime. Grâce à mes avocats, j’ai pu sortir mon poison », déclare l’accusé, carrure de boxeur, crâne rasé et barbe de trois jours grisonnante.

Il en profite pour tenter de dédouaner sa complice présumée, la mère de la victime : « C’est mes erreurs, mes atrocités. Mais madame n’a rien à voir. » Ce que confirme cette dernière, interrogée à son tour sur sa position par le président nîmois Éric Emmanuelidis : « J’étais pas au courant, je suis tombée de haut, je m’en veux », regrette ce petit bout de femme qui ne cesse de triturer le pansement qui recouvre le pouce de sa main droite. 

Face à eux, les yeux rougis par quelques larmes versées pendant la lecture de faits particulièrement sordides, la victime, aujourd’hui âgée de 19 ans, mère d’un petit garçon, est d’une dignité qui force le respect. Entourée de ses avocats, soutenue par son père placé derrière elle, la jeune femme entend pour la première fois son agresseur reconnaître les horreurs qu’elle a subies de ses 9 ans jusqu’à 13 ans. « C’est un pas en avant. C’est très important pour la victime », intervient le juge. 

Seulement, ces aveux, qu’ils soient spontanés ou soufflés par ses conseils, perdent de leur valeur après les interrogations légitimes et plus précises du président. Après avoir écouté le rapport d’une enquête rondement menée par une policière à la brigade de protection de la famille, le président Emmanuelidis veut savoir ce que reconnaît exactement Raymond Adam. Et ça se complique… Alors qu’il se disait, deux heures plus tôt, « coupable des faits reprochés » – c’est-à-dire de viols et agressions sexuelles – il se ravise et concède « des frottements de sexe à sexe ».

Il complète : « Déjà pour moi c’est un viol. » Ce qui n’est pas le cas puisqu’il nie par ailleurs toute pénétration. Difficile d’imaginer qu’il puisse ignorer une telle information, qu’il ne connaisse pas précisément la définition d’un viol, lui qui a été jugé aux assises pour des faits identiques, sur six fillettes, puis lors d’un second procès en appel où il a écopé de 20 ans de prison… 

Les ratés de l’administration pénitentiaire

Une lourde condamnation survenue en 2013 qui ne change rien à ses agissements. Pendant trois ans, de 2013 à 2016, et bien qu’il soit détenu à la maison d’arrêt de Nîmes, Raymond Adam perpétue ses exactions sur la jeune victime et sous le regard de la mère de celle-ci qui dit n’avoir rien vu… Mais même à l’ombre, rien ne change. Pendant les parloirs, à plus de cent reprises dévoile l’enquêtrice de la Sûreté dépatementale, il procède à des attouchements au coeur de la prison, sous l’oeil des agents pénitentiaires et des autres détenus. Les premiers signalent son comportement suspect et commettent un rapport qu’ils envoient à leurs supérieurs. Aucune suite n’est donnée… « Je pense que c’est de l’incompétence. Ou alors, ça n’a pas été ressenti comme urgent », témoigne un surveillant à la barre de la cour d’assises. 

Des propos qui font écho à ceux d’un codétenu de l’accusé un peu plus tôt : « Je voyais des mains qui se promenaient, qui glissaient sous le pantalon ». Lui aussi dit avoir alerté les responsables de la maison d’arrêt. Sans plus de succès. Le juge n’en revient pas et fait part de son sentiment à une surveillante qui assure, elle aussi, avoir alerté sa direction : « Non seulement ça n’a rien changé, mais de surcroît il a eu le droit de bénéficier de parloirs privés. C’est choquant. »

L’avocat de l’accusé, maître Ludovic Para, en rajoute une couche en expliquant que si les signalements avaient été pris en compte, il n’y aurait eu que trois ou quatre parloirs au lieu de la centaine : « C’est une catastrophe pénitentiaire ! », répète-t-il plusieurs fois. Une catastrophe que la cheffe de la détention de la prison nîmoise, citée comme témoin à la barre, a bien du mal à justifier. Contrairement à tous les témoignages précédents, elle dit ne jamais avoir été alertée : « À aucun moment on ne m’a parlé de cette petite fille, sinon je m’en souviendrais et j’aurais réagi. »

L’avocat général Pierre Couttenier avant le début de l’audience. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Pendant ce temps-là, Raymond Adam, qui s’est procuré un téléphone portable en prison, appelle sa victime tous les jours et la reçoit au parloir plusieurs fois par semaine. Cette dernière est emmenée à son prédateur par sa propre mère. Quand elle lui raconte ce que le prisonnier lui fait subir, elle reçoit une gifle pour unique réponse. La policière en charge de l’enquête résume le piège psychologique dans lequel se trouvait la fillette : « Lui la menaçait, si elle ne s’exécutait pas, de dévoiler à sa maman que sa fille l’avait traitée de pute. Et sa maman la menaçait de la mettre en famille d’accueil » si jamais elle parlait… Beaucoup pour les frêles épaules d’une enfant de dix ans. 

Une mère sous emprise ?

Dans le box, Carine B ne réagit pas. Entre une mèche qui lui barre la moitié du front et son masque bleu sur le bas du visage, on devine deux yeux noirs effacés, distants, qui contrastent avec son teint livide. Elle se ressaisit quand son fils s’approche de la barre pour témoigner. C’est lui qui, en avril 2015, a pris sa petite soeur par le bras pour qu’elle dépose plainte. Le calvaire de l’enfant ne s’arrêtera que neuf mois plus tard, en janvier 2016, date du dernier parloir. Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 24 ans, n’a plus de relation avec sa mère depuis son incarcération en avril 2019. Pour autant, il ne l’accable pas et dépeint une mère sous l’emprise de l’accusé : « Elle était aveuglée par l’amour sûrement. » 

C’est l’un des enjeux du procès : Carine B. a-t-elle sciemment livré sa fille à un pédophile qu’elle savait condamné à 20 ans de prison pour de multiples viols sur des mineures ? Était-elle sous l’emprise d’un homme avec qui elle entretenait une relation pourtant restée platonique ? « Elle était folle de lui », répond sa fille, l’aînée de la fratrie, en milieu d’après-midi devant le tribunal. « Elle était sous son emprise, mais quand on est maman, on doit sentir ces choses-là », poursuit la trentenaire. Entre une mère de famille qui n’a pas eu de flair, une administration pénitentiaire aveugle et un pédophile récidiviste sourd aux condamnations, cette petite fille n’avait décidément aucune chance.  

Tony Duret

* Afin de protéger la victime, mineure au moment des faits, nous ne communiquerons pas le nom de sa mère. 

Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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Un commentaire

  1. Je suis dégouté de ce que je lis cette prison pour moi et la pire de toute même les surveillent son pas sérieux. Il y a des surveillants qui rentre de la drogue et des téléphones donc tout cela n’est pas sérieux vous savez tout Haha Ha.

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