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SAINT-MARTIN-DE-VALGALGUES La folle aventure du maire jusqu’à Varsovie pour rapatrier onze réfugiés ukrainiens

Aleksey Zaytsev, Claude Cerpédès, Patrick Bord et Guillaume Marot ont rapatrié 11 réfugiés ukrainiens depuis Varsovie. (Photo GM / DR)
Aleksey Zaytsev, Claude Cerpédès, Patrick Bord et Guillaume Marot ont rapatrié 11 réfugiés ukrainiens depuis Varsovie. (Photo GM / DR)

Au terme d’un week-end épique qui les a amenés à parcourir 4 000 kilomètres en minibus, Claude Cerpédès, le maire de Saint-Martin-de-Valgalgues, et trois amis ont rapatrié onze réfugiés ukrainiens. Aux manettes de ce convoi humanitaire, l’édile saint-martinois nous raconte ce périple.

Les week-ends se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Celui que viennent de passer Claude Cerpédès et trois de ses amis n’a rien de banal. Il n’est pas encore midi ce samedi 11 mars lorsque le maire de Saint-Martin-de-Valgalgues, accompagné du Russo-ukrainien Aleksey Zaytsev, du président du Sporting club saint-martinois, Patrick Bord, et du président des Gueules rouges, Guillaume Marot, décolle pour Varsovie.

Quatre heures plus tôt, un appel matinal a achevé de convaincre le premier nommé qui raconte : « Ça faisait une dizaine de jours qu’on était en relation avec des Ukrainiens par le biais de Yuri (papa d’Aleksey, Ndlr), un Russo-ukrainien qui habite à Saint-Martin et qui les connaît. Il a appris qu’ils avaient réussi à traverser la frontière avant d’être accueillis au Parc des expositions de Varsovie. On réfléchissait à comment nous allions les faire venir, en pensant au train ou au bus. Mais ce samedi, un peu avant 8h, Yuri m’a appelé en me disant que c’était de plus en plus compliqué pour eux là-bas. Il m’a envoyé des photos. J’ai vu ces lits de camp les uns contre les autres et les gamins qui dorment à même le sol. Je ne les connaissais pas mais je m’étais déjà attaché à eux. Alors j’ai appelé mes trois copains pour aller les chercher et ils m’ont dit d’accord tout de suite. »

Quelques coups de fil plus tard, le quatuor s’est fait prêter deux minibus (J9) par le centre socio-culturel du Kiosque et la mairie de Cendras et est paré pour son périple. « On a roulé 21 heures non-stop jusqu’à Varsovie », indique Claude Cerpédès, qui concède quelques pauses pour s’alimenter (notre photo) et des changements de conducteur pour contrer la fatigue. En faisant le plein d’essence en Allemagne à 2,71€ le litre, les quatre amis ont aussi pu s’apercevoir que la flambée des prix des carburants n’épargne pas nos voisins germaniques.

Petit casse-croûte très allemand pour les quatre membres du convoi. (Photo GM / DR)

Le maire saint-martinois et sa bande avaient déjà avalé 1 950 kilomètres lorsqu’un contrôle de la police allemande a cassé le rythme, mais offert une sacrée anecdote à nos protagonistes. « On était à 50 kilomètres de la frontière avec la Pologne quand les forces de l’ordre nous ont arrêtés en nous prenant pour des trafiquants drogue », se marre encore Claude Cerpédès, lequel a tout de même été contraint de brandir sa carte d’élu et de baragouiner en anglais pour mettre fin au quiproquo. Et d’ajouter : « Ils ont vite vu qu’on n’avait rien sur nous à part un petit sac à dos chacun. »

Au petit matin, le quatuor découvre donc la capitale polonaise. « Grâce à Yuri qui jouait les traducteurs à distance par téléphone, on était en contact avec ses amis ukrainiens », resitue l’édile communiste, avant de poursuivre : « Quand on est arrivés, ils se sont directement assis dans les minibus et ne voulaient plus bouger de peur que quelqu’un ne prenne leur place. » S’ils avaient l’intention de se reposer quelques heures avant de reprendre la route, tout ne s’est pas passé comme prévu pour Claude, Aleksey, Patrick et Guillaume.

Une « tata » de la famille ukrainienne restait encore à récupérer dans un autre centre d’accueil, ses proches refusant de partir sans elle. « On a dû traverser tout Varsovie pour aller la chercher. Comme on avait 14 places en tout, on a aussi embarqué deux autres familles qui n’étaient pas prévues dans le convoi. À 10h30, on était enfin sur l’autoroute du retour », rejoue celui qui administre une commune de 4 500 habitants.

Les petits Ukrainiens à l’école dès jeudi

Si les 2 000 kilomètres pour regagner les Cévennes se sont déroulés sans encombre, les deux minibus ont opéré une halte historique à Nuremberg (Allemagne), ville où s’est déroulé le fameux procès du même nom, intenté par les puissances alliées au sortir de la Seconde Guerre mondiale contre 24 des principaux responsables du Troisième Reich, de novembre 1945 à octobre 1946.

Il était 8h25 ce lundi matin lorsque quatre vaillants saint-martinois et onze réfugiés ukrainiens (sept femmes, trois enfants, un homme), épuisés mais soulagés, ont été accueillis en héros par la municipalité qui, par l’intermédiaire de Jennifer Willens, adjointe à l’Action sociale, et du premier adjoint Cédric Valéro, avait concocté un petit-déjeuner bien mérité à l’espace La Fare Alais.

Après quoi, les trois familles ukrainiennes ont été conduites chez leurs hôtes, lesquels s’étaient préalablement manifestés pour accueillir des réfugiés. « On a essayé d’opérer la répartition la plus pragmatique possible en casant les deux familles avec des enfants près de l’école », promet Claude Cerpédès. D’ailleurs, les bambins participeront à leur première journée dans leur nouvelle classe avec leurs futurs petits copains français dès ce jeudi.

« Il faut être fou pour faire ce qu’on a fait »

Puisqu’ils n’ont rien laissé au hasard en dépit de l’urgence dans laquelle ils ont agi, les élus saint-martinois ont fourni un téléphone portable à chaque famille de réfugiés afin que ces derniers puissent appeler leurs proches en Ukraine. « Ils sont déjà déracinés. Il nous a paru essentiel de leur laisser la possibilité de communiquer », justifie le maire qui a aussi conduit deux des enfants tombés malades chez le médecin ce mardi matin.

« Ils n’arrêtent pas de nous dire « merci, merci, merci ». Il y a une vraie reconnaissance de leur part », confie l’édile communiste, lequel jure que « la plupart des réfugiés veut rester près de la frontière pour pouvoir regagner l’Ukraine dès la fin de la guerre », se refusant donc à quitter la Pologne. Assurément, Claude Cerpédès gardera longtemps en mémoire ce fabuleux périple humanitaire. « Après coup, on se dit qu’il faut être fou pour faire ce qu’on a fait. Même si ça ne m’étonne pas de moi. C’est un peu dans mes gènes. C’est de cette manière que m’ont éduqué mes parents », assure ce dernier.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, 13 réfugiés ukrainiens ont déjà été reçus par les élus de cette commune située au nord d’Alès. Mais Saint-Martin-de-Valgalgues n’en restera pas là. « On a encore des familles prêtes à accueillir du monde », clame le maire, fier de « l’humanisme » dont font preuve ses administrés.

Corentin Migoule

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