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FAIT DU JOUR Fric et politique : le vrai prix de la démocratie

L'assemblée nationale (DR)
L’assemblée nationale (DR)

Combien ça coûte de se faire élire député ? Pour se faire une idée, Objectif Gard a épluché les comptes de campagne des candidats aux législatives dans le Gard en 2017, à l’orée d’une campagne qui s’annonce risquée pour certains, compte tenu des résultats de la Présidentielle. 

La démocratie a des règles. Pour chaque campagne, les dépenses des candidats sont plafonnées. Dans le cas des Législatives, ce plafond est défini par le nombre d’habitants de chaque circonscription. Par exemple en 2017 sur la 1ère circonscription du Gard, chaque prétendant au Palais Bourbon ne pouvait pas dépenser plus de 73 633 euros. Le remboursement des frais de campagne par l’État est limité lui aussi, à 47,5 % du plafond des dépenses de campagne, sachant que certaines dépenses comme les apéritifs ou repas, ne sont pas remboursées. 

L’État ne rembourse pas tout et… pas toujours !

En 2017 sur la 1ère circonscription, Françoise Dumas (LREM) a dépensé 42 970 euros, dont 40 224 euros d’apport personnel. Épargne ou prêt personnel, les candidats apportent leurs fonds propres. « Comme toujours, je fais un prêt personnel et j’engage ma responsabilité personnelle. Ce qui coûte le plus cher, c’est l’impression et la distribution de tracts », commente la députée nîmoise. Pour se faire rembourser par l’État, le candidat doit dépasser les 5 % au premier tour. Dans le cas de Françoise Dumas, l’État a remboursé, il y a 5 ans, 34 976 euros, dans le cadre du remboursement forfaitaire.

Sur la 2e circonscription, Gilbert Collard (à l’époque candidat pour le Front National, NDLR), avait dépensé 34 764 euros pour sa campagne, dont 21 537 euros d’apport personnel, et 11 000 euros de dons. Il est possible pour les candidats de se faire aider, mais uniquement par des personnes physiques (exit les entreprises). Ces dons sont limités à 4 600 euros par donateur et par élection, tous candidats confondus. 

Des candidats aidés par leur parti politique

Sur la 3e circonscription, Muriel Dherbecourt, candidate Les Républicains en 2017, avait dépensé 22 769 euros pour sa campagne, dont 6 000 euros d’apport de son parti politique. C’est le troisième levier de financement pour les candidats : l’aide de leur parti. Une possibilité que n’ont pas les entreprises, ni les collectivités. En 2017, ils étaient peu nombreux à le faire cependant : Les Républicains avaient donné 6 000 euros à chacun des candidats du mouvement, les autres partis ne donnant rien, ou peu, à certains de leurs candidats.

Le Parti communiste français a versé 3 955 euros pour la campagne de Léa Comushian sur la 3e circonscription, et le Parti socialiste 1 066 euros à Fabrice Verdier sur la 4e circonscription. «  Cette aide est très précieuse. Quand tu es en campagne, les dépenses montent vite surtout lorsque l’on organise des rencontres, des réunions en petit comité où l’on ramène quelque chose… », se souvient Muriel Dherbecourt. Pour les élections Législatives 2022, le montant du soutien du parti Les Républicains ne serait cette fois pas complètement acté. Il devrait toutefois avoisiner les 5 000 euros, nous a-t-on glissé au sein du parti.

Il est à relever que La République en marche n’avait rien donné à ses candidats en 2017. Et en 2022 ? « Honnêtement, je n’en sais rien », indique le co-réferent LREM dans le Gard, Jérôme Talon. Le parti de la majorité présidentielle a en revanche signé « au niveau national un contrat avec une banque pour les candidats qui auraient du mal à trouver un banquier. » Une chose est sûre pour Jérôme Talon : « Quelle que soit l’élection et quel que soit le candidat, il faut avoir un peu d’argent si on ne veut pas se limiter aux affiches, professions de foi et bulletins de vote. » 

Enfin, dernier moyen de financement : les apports en nature. En 2017, le candidat de La France insoumise sur la 5e circonscription, Guillaume Roiron, a déclaré 2 700 euros de concours en nature. Il s’agit de prestations dont le candidat a pu bénéficier et qu’il n’a pas payé, mais qui sont ensuite évaluées pour rentrer dans les comptes de campagne. 

De grosses dépenses, gage de réussite ?

Voilà pour les grands principes, passons aux gros sous. Le candidat qui dépense le plus est-il forcément vainqueur à la fin ? Oui et non. Oui pour Françoise Dumas sur la 1ère circonscription avec ses 42 970 euros, soit environ 12 000 euros de plus que Thierry Procida (UDI) et Yoann Gillet (FN), et pour Olivier Gaillard (LREM) sur la 5e circonscription, avec 36 831 euros, environ 2 000 euros de plus que Jean-Michel Suau (PCF) et 4 000 euros de plus que Léa Boyer (LR). 

Au regard des chiffres, les plus dépensiers ont souvent perdu. C’est le cas de Pascale Mourrut (LR) qui avait été la plus dépensière sur la 2e circonscription (44 935 euros), mais a fini troisième, loin derrière Gilbert Collard (FN), qui avait pourtant dépensé environ 10 000 euros de moins. Idem sur la 3e circonscription où Alexandre Pissas (DVG) avait dépensé deux fois plus qu’Anthony Cellier (LREM), 30 963 euros contre 14 557 euros, pour finir avec 6,7 % des voix. Sur la 4e circonscription, Fabrice Verdier (PS) avait dépensé 40 280 euros pour finir troisième, et Annie Chapelier (LREM) avait été élue avec seulement 14 944 euros de dépenses de campagne. Et sur la 6e, Philippe Berta (MoDem) a été élu en dépensant 20 428 euros, deux fois moins que Richard Flandin (LR) et Christophe Cavard (UDE-PS), qui ont dépensé respectivement 43 017 euros et 41 123 euros pour leur campagne. 

Et aujourd’hui ? La candidate Les Républicains sur la 3e circonscription, Blandine Arnaud, l’admet : elle sera en dessous des 40 000 euros. Pour autant, la candidate l’affirme : « Je me donne les moyens de mes ambitions, il y a un investissement personnel, c’est un pari. » Surtout que la candidate a démarré très tôt, en janvier dernier, ce qui rajoute au coût de sa campagne. « L’investissement qu’on met dans une campagne est à la hauteur de la motivation personnelle du candidat », estime-t-elle. Pour autant, il y a toujours un risque d’y laisser des plumes. D’ailleurs, « le score de Valérie Pécresse a fait peur à plus d’un candidat, j’ai des amis qui devaient y aller et qui maintenant hésitent. »

Thierry Allard & Coralie Mollaret

Thierry Allard

34 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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