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FAIT DU SOIR Les arènes du Tempéras, une histoire vieille de 132 ans

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Benjamin Gay a livré l’historique du bâtiment à un public hétéroclite (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Pas de feria sans arène, pas de feria d’Alès sans celles du Tempéras. Le guide-conférencier, Benjamin Gay, a promené 30 personnes entre contre-piste et gradins, ce vendredi matin, pour leur livrer l’histoire du bâtiment. 

Haute-Savoie, Normandie, Champagne, Isère, Hautes-Alpes, Toulousains… et quelques Alésiens perdus au milieu d’une grosse majorité de touristes sont venus ce vendredi matin écouter les explications sur le monument plus vivant que jamais en période de feria. Et ce n’est que logique. Car, si les arènes d’Arles et de Nîmes ont récupéré, au 19e siècle, une vocation taurine, celles d’Alès ont vu le jour dans ce but.

La faute à l’impératrice Eugénie

Un an après la toute première corrida à la mode espagnole tenue en France, à Bayonne, Nîmes en organise une. Deux ans après, en 1854, Alès tient la sienne, sans mise à mort. « Celle de 1852 avait eu lieu à la demande de l’impératrice Eugénie, femme de Napoléon III, qui était d’origine espagnole, éclaire Benjamin Gay. En 1854 à Alès, les mines sont en plein essor dans une ville qui devient industrielle et vit un essor économique. »  Les premières arènes sont en bois, « au niveau de l’actuelle place des Martyrs-de-la-Résistance », précise Benjamin Gay. En 1887, c’est sur une semaine que les spectacles taurins s’installent. « Germe alors l’idée de bâtir des arènes en dur. » L’initiative est privée « et débouche sur la construction des arènes du Tempéras en 1890 », détaille Benjamin Gay.

À la fin du 19e siècle, le quartier n’en est pas un. « Mais l’emplacement est stratégique, souligne le guide de Cévennes tourisme, à côté de l’avenue Carnot, l’axe qui vient du sud du département, et de la gare de Conilhères de l’époque, située à deux pas. » Tempéras vient de « tempiera » en occitan, soit un terrain gorgé d’eau. L’édifice est inauguré en 1891, avec des pierres d’apparat « pour la seule porte principale », de la pierre blanche de Brouzet et des pierres du Vers-Pont-du-Gard pour les encadrer. Et si elles se nomment les « arènes d’Alais », c’est parce que cette faute phonétique a prévalu entre 1629 et 1926. En dehors de ces pierres d’apparat, « le reste de la construction est plus grossière », reconnaît Benjamin Gay.

Le préfet interdit les corridas en 1895, une première mort pour les arènes

Visiter les arènes, c’est aussi appréhender un pan de l’histoire de la tauromachie, qu’elle soit française ou espagnole, et de ses controverses. Car après trois années de spectacles dans les arènes du Tempéras, « le préfet interdit l’organisation de corridas dans le département en 1895 ». Les propriétaires vont bien tenter de braver l’interdiction mais celle-ci provoque finalement un gouffre financier. Le bâtiment est alors mis en vente et change de mains jusque dans les années 1930, jusqu’à un négociant en vins et charbons qui l’utilise comme lieu de stockage. En même temps, la Maison carrée de Nîmes servit d’écurie à une époque…

C’est le spectacle vivant qui sauve finalement la vocation des arènes, « alors que la municipalité choisit de détruire la vieille ville, jugée insalubre, dans les années 1950 ». S’il y a un théâtre à proximité de l’actuel office de tourisme, il manque à la ville un lieu de spectacles plus importants. Les arènes du Tempéras reviennent alors dans le jeu, alors que des herbes folles, et même plusieurs arbres, ont envahi la piste. Mais si la Ville a le budget pour acheter le site, elle ne l’a pas pour rénover. 317 souscripteurs seront finalement les bienfaiteurs du monument et le bâtiment est à nouveau inauguré le 18 juin 1966 avec une piste elliptique, quand la tauromachie réclame des arènes rondes. « Ici, on s’est avant tout inspiré des arènes proches, précise Benjamin Gay, de Nîmes et d’Arles ».

La chapelle temporaire, à peine installée, avant la novillada et les corridas du week-end (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Les corridas reviennent, tiennent dix ans de plus… Puis s’essoufflent. Entretemps, le passage des têtes d’affiche des variétés des années 1960 ont contraint le lieu à améliorer son acoustique. Mais la rénovation a aussi abaissé la jauge, de 5 000 à 3 500 places. En 1988, la corrida est relancée avant la municipalité ne décide, en 1989, de créer la feria d’Alès ou feria des « mange-tripes ». Un épisode qui met Alès au centre du débat taurin français, amenant à une décision du tribunal qui fait encore jurisprudence : les associations de protection des animaux ont attaqué la Ville arguant que, contrairement à ce que permet l’amendement à la loi Grammont de 1950, la tradition locale tauromachique ininterrompue ne pouvait être invoquée à Alès, qui venait de vivre plus de douze ans sans mise à mort. Pour le tribunal, la présence continue de clubs taurins dans la ville a justifié la perpétuation de la tradition.

Après un tour par la chapelle en cours d’installation pour les toreros du lendemain et les gradins, Benjamin Gay s’est attaché à décrire les différents types de taureaux, de tauromachie et à en détailler les règles, une part de l’audience ayant assisté à la course du trophée des As de la veille.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

Une première dédicace de Tibo Garcia sur le livre d’or de la chapelle (photo François Desmeures / Objectif Gard)

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