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HISTOIRES DE PONTS Le stratégique pont Saint-Nicolas

Le pont Saint-Nicolas (Photo : Marie Meunier / Objectif Gard)
Le pont Saint-Nicolas (Photo : Marie Meunier / Objectif Gard)

Durant tout l’été, Objectif Gard vous propose ses nouvelles rubriques. Tous les mardis, la rédaction revient sur l’histoire d’un pont du département. Aujourd’hui, cap sur le pont Saint-Nicolas, qui enjambe le Gardon à Sainte-Anastasie. 

En dehors du Pont du Gard, c’est le doyen : bâti entre 1245 et 1260, le pont Saint-Nicolas est attribué à la confrérie des Frères-pontifes. Un ordre religieux plus ou moins légendaire, qui aurait bâti plusieurs ponts, notamment le fameux pont Saint-Bénézet à Avignon et le pont du Saint-Esprit, à Pont-Saint-Esprit. 

Son emplacement est stratégique : déjà parce qu’il relie Nîmes à Uzès, deux villes importantes séparées par le Gardon qu’il fallait alors traverser aux gués de Dions ou de Sainte-Anastasie. Une traversée souvent périlleuse, surtout en automne et en hiver. Lorsque le Gardon gonflait, il n’y avait plus d’autre moyen pour le traverser que de passer par le doyen de tous les ponts gardois : le Pont du Gard. Seulement, l’aqueduc romain n’est justement pas un pont, et à l’époque, le pont Pitot qui lui est accolé depuis le XVIIIe siècle n’existe pas. Il faut donc se faufiler le long des arches : jouable à pied, impossible avec une charrette. 

On s’accorde sur la nécessité de bâtir un pont, mais où ? Le choix de Sainte-Anastasie ne doit rien au hasard, puisque le pont sera bâti au pied d’un prieuré qui lui préexistait, le prieuré Saint-Nicolas de Campagnac. Fondé entre 896 et 1156, « la simplicité sévère du style roman de la chapelle et surtout le caractère de son appareil nous permettent de préciser davantage et d’affirmer, sans trop de témérité, que cette chapelle a été construite, et par conséquent le prieuré fondé, dans les premières années du XIIe siècle », écrit l’archéologue du XIXe siècle Eugène Germer-Durand dans son ouvrage Le Prieuré et le pont de Saint-Nicolas de Campagnac : fragment d’histoire locale en 1864. 

La construction du pont démarrera vers 1245 sous l’épiscopat de l’évêque d’Uzès Pons de Becmil, pour durer une quinzaine d’années, « avant 1260 », selon Eugène Germer-Durand. Bâti en pierres de la carrière de Campagnac, une pierre réputée pour sa dureté, le pont Saint-Nicolas de Campagnac, son nom complet, est donc plus ancien que le pont du Saint-Esprit, construit à partir de 1265. Si on ne sait pas combien sa construction a coûté, on a une petite idée de qui l’a financé. 

Ainsi, Eugène Germer-Durand relève que les habitants de Blauzac étaient exempts de tout péage sur le pont, sauf pour les activités de commerce. Or, la confrérie du Saint-Esprit, basée à Blauzac, a sans doute donné « une contribution considérable », note l’historien. Toujours d’après lui, la même confrérie recueillera quelques années plus tard les aumônes destinées au pont de la ville de Saint-Saturnin, connue aujourd’hui sous le nom de… Pont-Saint-Esprit. Le prieuré de Saint-Nicolas, qui jouxte le pont du même nom, a probablement participé lui aussi à son financement, puis à son entretien. 

Une histoire tumultueuse

Stratégique pour le commerce, le pont l’est aussi lors des guerres de religions qui agiteront notre département au XVIe siècle. Il sera brièvement pris par les catholiques ligueurs à la fin du XVIe siècle, avant que les protestants ne les délogent et s’emparent de la tour Saint-Nicolas quelque temps. Il sera modifié au XIXe siècle, en 1862, son tablier sera rehaussé, et la roche sera creusée au pied du prieuré pour y faire passer la route. 

Par la suite, le pont Saint-Nicolas subira les affres de l’histoire, l’armée nazie en déroute détruisant deux de ses arches le 24 août 1944, et de la nature, avec la crue du 9 septembre 2002. Les eaux du Gardon passent à plus de trois mètres au-dessus du tablier du pont, l’endommageant gravement. Il faudra sept mois de lourds travaux pour rendre le pont Saint-Nicolas à la circulation, plus de sept siècles après sa construction. 

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Thierry Allard

34 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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