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FAIT DU JOUR Christophe Chalvidal, l’autre maestro de l’Imperator

Christophe Chalvidal va quitter la direction de l'hôtel Imperator Maison Albar pour d'autres aventures (Photo Anthony Maurin).
Christophe Chalvidal, 50 ans, n’oublie pas qu’il a donné à l’Imperator les plus belles années de sa vie mais qu’en retour cet hôtel mythique lui a rendu les sacrifices payés avec des joies cent fois plus fortes (Photo Anthony Maurin).

Toute histoire a une fin. Celle qui lie l’hôtel Imperator Maison Albar à Christophe Chalvidal va bientôt s’arrêter. Retour sur le parcours du directeur de l’hôtel de luxe qui a su faire revivre joyeusement et sereinement les fantômes du passé.

« J’ai 50 ans. » Pour Christophe Chalvidal, c’est une charnière et c’est aussi le moyen de se poser les bonnes questions. Certains le vivent mal, d’autres mieux. Lui, vise une reconversion dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration avec, au moins, son ami et associé Denis Allegrini. « Je ne veux pas être un vieux directeur d’hôtel, physiquement il faut être affuté, ça demande beaucoup d’énergie, le métier est exigeant. C’est le moment, maintenant, j’ai longtemps réfléchi avec mon épouse. J’ai passé onze ans, j’ai goûté aux cinq étoiles de l’hôtel et aux deux étoiles du restaurant, j’ai mis des croix dans chacun de mes objectifs personnels. »

Depuis l’âge de six ans, le métier qui le passionne, c’est la pâtisserie. Il tente l’école hôtelière à quinze ans : « Je découvre que je ne suis pas un grand pâtissier… » Alors il se tourne vers les métiers du service. Après de courtes études et son service militaire à 18 ans, il part à Londres pour parfaire sa langue de Shakespeare.

Le majestueux hôtel Imperator Maison Albar de Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Bizarrement, une incongrue se passe outre-Manche. « C’est là que je découvre le monde de la gastronomie dans de très belles maisons comme au Gavroche, géré alors par les frères Roux qui ont apporté la gastronomie française étoilée à Londres. » Encore plus étrange, Christophe Chalvidal rencontre donc le chef Gordon Ramsay. « Avec lui, j’ai eu la chance d’aller chercher une étoile, puis deux, puis trois au Michelin ! » Voilà de quoi griser un homme.

Se former pour savoir faire

« Oui, c’est là que j’ai commencé à développer le sens du détail. Ici, on dit que mes yeux sont comme des lasers, je les exaspère, j’essaie de tout voir, ça ne m’a jamais quitté. Je me suis passionné pour la gastronomie, pour les chefs qui sont devenus des mentors, et des gens que je vénère absolument par leur valeur et leur créativité. De Londres, j’ai aussi aimé le côté challenging, ce combat qui tend vers l’excellence. D’avoir le détail du détail, pas question d’être dans un jour sans. La régularité. » Christophe grandit sur l’île dix ans durant. Une vie dure, folle quand on connaît le caractère de Ramsay, mais extraordinaire. De celles que l’on veut toucher du bout des doigts. Enrichissante et formatrice.

Christophe Chalvidal va quitter la direction de l’hôtel Imperator Maison Albar pour d’autres aventures (Photo Anthony Maurin).

« J’avais entre 20 et 30 ans, vivre à Londres, c’était magique ! On en parle et j’avais oublié mais quinze jours avant son fatal accident, je servais la princesse Diana. » Mais la vie file et pour lui, l’envie de s’installer, de se poser et de fonder une famille se fait ressentir. « Selon le modèle judéo-chrétien ! Sans rire j’ai hésité entre là-bas et ici mais pour me rapprocher de la famille. » Il pose ses valises sur la côte dans un hôtel cher à son coeur et à celui de n’importe qui d’ailleurs, le Martinez.

Depardieu en cuisine !

À Cannes, Christophe vit une nouvelle aventure, rencontre celle qui deviendra sa femme, et poursuit ses rêves. « L’un des plus beaux fleurons de l’hôtellerie traditionnelle à la française et je prends la direction du restaurant gastronomique La Palme d’Or, deux étoiles au guide Michelin. J’y rencontre Christian Villers, un homme fabuleux pour moi. Le Martinez, c’est une famille, vraiment, nous sommes toujours en lien j’en suis un maillon comme tous les autres. J’en garde un souvenir assez ému ! »

(Photo Anthony Maurin).

Sur la Croisette, il prend ses quartiers de festivalier VIP. Toutes les stars passent par là… Sean Connery, Clint Eastwood, Quentin Tarantino, Benoît Poelvoorde… « Tous, ils sont tous là-bas ! Depardieu venait en cuisine pour qu’on lui fasse une omelette à deux heures du matin, des moments incroyables pendant cinq belles années. » Avec son épouse, il partage le désir de s’installer, de se poser et de créer ensemble. Dans le secteur évidemment. Et c’est à Nîmes que cela se fera, en 2004, à l’entrée de la ville, au Pré Galoffre. Grosse année d’ailleurs : l’achat se fait le 15 juin 2004, la fille du couple naît le 16 juillet et le couple se marie le 23 octobre !

Martinez, Imperator, métissage du luxe

Quel rôle joue sa femme ? « Ma femme ? Elle est juste incroyable ! C’est un monstre de vivacité alors on a décidé de créer quelque chose, c’est ce qui nous rassemble. Elle, c’est la relation client dans son état le plus pur. En respectant jusqu’au dernier détail la confiance accordée par le client. Moi, je suis plutôt mono maniaque, organisé et tourné sur le process. » Les jeunes entrepreneurs misent toutes leurs économies, ne comptent pas leurs heures de peur de ne pas pouvoir payer le banquier, économisent sur tout… Bref, ils découvrent un nouveau monde, une petite bulle loin de ce qu’ils ont connu jusqu’alors.

(Photo Anthony Maurin).

« Elle faisait à manger, je taillais les haies, on nettoyait la piscine, on fait les chambres tous les deux. L’hiver, on économise le personnel et on se retrouve dans cette maison un peu à l’étroit pour nous deux après avoir géré de grosses équipes au Martinez. » C’est à ce moment qu’il rencontre une nouvelle personne qui sera importante dans son parcours de vie, Serge Sanchez, le directeur de l’hôtel Imperator Concorde.

Juste une parenthèse… Concorde, comme le Martinez. L’Imperator, quand Christophe est arrivé, faisait partie du même groupe. Le Martinez et l’Impe sont contemporains quand on parle de leur naissance ainsi que de leur style art déco. Le festival de Cannes est le moment important du Martinez, la feria de Nîmes celui de l’Impe. Christophe a fini son service au Martinez une semaine après le festival de Cannes. Il finira à l’Impe le 30 septembre soit une semaine après la feria des Vendanges. Même les clients du Martinez, une fois le festival quitté, venaient à l’Impe vivre une autre fête, la feria de Pentecôte ! Parenthèse refermée.

« Ma colonne vertébrale c’est mes parents, ma femme, ma fille, Ramsay, Villers et Sanchez. » Mais encore une fois c’est une rencontre due aux hasards de la vie qui va lier les deux hommes. « Serge avait été très intelligent. Il avait passé une annonce que mon père avait lu dans le Midi Libre. Mon père connaissait l’amour que je portais à la maison. » Malin… Qui connaît l’Impe ? Un Nîmois. Quel professionnel au parcours international a envie de revenir à Nîmes ? Un Nîmois. Et un Nîmois que fait-il ? Il lit la presse locale.

(Photo Anthony Maurin).

Christophe envoie un message à Serge Sanchez qu’il connaît à peine. Un entretien de six heures plus tard avec tout un tas de questions et il est recruté. Le jour où il doit commencer sa nouvelle vie, celle de Serge feint de l’abandonner. « Je ne connaissais personne, j’avais donc décidé de venir dormir la veille pour voir. Je dors, je prends mon petit-déjeuner et sur les coups de 9h, heure de notre rendez-vous, j’apprends que Serge vient de faire un infarctus… »

Coup de coeur

Seul pour débuter et seul pendant un petit moment. Pas facile. Il prend en main le bébé, regarde encore et bosse de 7h à 23h. Il bosse sur place, surveille tout, fait la boucle. Quand Serge Sanchez revient dans le jeu, les deux larrons s’entendent à merveille. « On avait envie de bien faire, notre binôme était bon, on a doublé le chiffre d’affaires en peu de temps. »

Cela mérite précision, mais rembobinons encore la machine…. À cette époque, l’Impe est loin de ce qu’il était dans les années 1950, et très loin de ce qu’il est devenu aujourd’hui ! Une période fantomatique durant laquelle l’Impe sombre dans l’anonymat, lui, le pavillon luxueux de la Nîmes du XXe siècle. « Même en feria, les gens commençaient à fuir les lieux… Alors, on a créé un nouveau concept ensemble pour la feria après avoir fait quelques nécessaires travaux. Puis, on a relancé la machine jusqu’à ce que Serge se rende compte que cette star qu’était l’Imperator n’était plus dans l’air du temps. » Lucide. C’est aussi ça la vision d’un homme, celle de savoir passer la main pour le bien du fleuron nîmois. Le monde avait changé, de lourds investissement sont nécessaires pour redresser la barre et prendre à nouveau la route des enseignes qui font rêver. Il fallait que d’autres soufflent sur les braises qui ne demandaient qu’à reprendre.

(Photo Anthony Maurin).

La vente à Céline et Jean-Bernard Falco est actée. Ils sont implantés en local, ils connaissaient les lieux, le potentiel de l’hôtel et de la destination Nîmes. Nous sommes en septembre 2017. Un hôtel cinq étoiles, un leading hôtel. Un restaurant gastronomique étoilé – même si le nom du génial Pierre Gagnaire n’est pas encore évoqué – pour Christophe, vivre tout ça à la maison et à l’Impe, c’est quasi inespéré. C’était le but, l’objectif, la feuille de route. Excitante portion de vie. « Si on m’avait dit de cocher tout ça, j’en aurais à peine coché la moitié dans les plus beaux de mes rêves ! Sans l’Imperator, je ne suis personne ! C’est cet outil de travail qui me permet d’en être là aujourd’hui. »

Christophe Chalvidal est conscient qu’il reste encore beaucoup de choses à faire à l’Imperator Maison Albar, mais sa vie arrive à cette fameuse charnière. Passion, expérience, vision. Voilà ce qu’il aura laissé dans ces murs qui sont un peu les siens. Il a su comprendre la maison, su la manoeuvrer, su suer pour elle.

Et dans 100 ans ?

« C’est une fierté d’avoir passé plus de dix ans ici. Cette maison m’a donné énormément. Les gens qui m’ont fait confiance aussi, Serge et les Falco comme le groupe Centaurus ou encore Pierre Gagnaire qui m’a permis de me remettre en question sur de nombreux sujets. Et les équipes, quelles équipes ! Ça a toujours été exceptionnel malgré les registres différents. L’Impe a grandi et j’ai grandi avec lui, c’est le moment de me tourner vers d’autres ambitions. Merci pour tout le respect et pour cette chance que j’ai eu de faire ce que j’ai fait. J’ai eu la chance d’être là au bon moment. »

Cette histoire connaît sa fin. Le grand moment du dernier jour est bientôt arrivé et c’est avec une voix chancelante que le directeur actuel de l’Imperator se voit déjà arriver à la fin de sa mission. « Ça va être dur… Je suis ému de savoir qu’il va y avoir un dernier jour, j’en suis triste, nostalgique. L’Imperator m’a adopté, il n’est pas mon bébé car il n’appartient à personne. Quelle belle maison, mythique. Il a une âme, une aura spéciale. Quelle chance pour Nîmes ! Mais Nîmes l’aime et c’est ce qui joue le plus. L’Imperator est une fierté, c’est le quatrième monument de la ville. Mon successeur va avoir une sacrée chance en fait… »

(Photo Anthony Maurin).

En parlant de mythe, l’Impe a fêté son centenaire en conservant l’ascenseur originel et le célèbre ginkgo biloba. Qu’aimerait voir Christophe dans 100 ans à l’Impe ? « Que l’Imperator soit un lieu qui fasse encore rêver, que l’ascenseur soit encore là… Des étoiles avec un grand E, cinq sur notre façade et trois sur celle du restaurant. Je souhaite y voir des Nîmois heureux, des moments de fête, de partage, un savoir-faire, des équipes radieuses et le métier tel que je l’ai appris encore présent. Et des toreros car ils font partie de l’ADN de la maison !« 

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 38 ans et je suis journaliste depuis près de 15 ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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