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ON A TESTÉ POUR VOUS… La passion des traditions en immersion, à la manade du Rhône

Michel Fouques et sa petite-fille, Sarah lors d'un tri de taureaux à la manade du Rhône à Vallabrègues. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Chaque samedi matin, Objectif Gard vous embarque aux quatre coins du Gard pour découvrir des activités emblématiques ou au contraire méconnues. Mais toujours originales et authentiques. Cap sur l’est du département, à la frontière bucco-rhodanienne, dans le plus provençal des villages Gardois. Depuis trois ans, la manade du Rhône ouvre ses portes aux visiteurs pour une expérience immersive dans l’univers des gardians.

Michel Fouques accueille les visiteurs tous les mercredis matins entre le mois de juillet et la mi-septembre dans sa manade à Vallabrègues. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Son chapeau vissé sur la tête, la chemise partiellement ouverte, Michel Fouques prépare son cheval Camargue prénommé Rhône. « Mes chevaux sont tous bons, mais celui-là c’est le roi, au travail, il est formidable« , lâche-t-il. Un travail quotidien que l’homme âgé de 66 ans, fait découvrir aux curieux tous les mercredis matins, du mois de juillet jusqu’à la mi-septembre, depuis 2020.

Cette année-là, on ne peut que s’en souvenir, parmi d’autres professionnels de divers secteurs, les manadiers souffraient d’une mise à l’arrêt de leur activité. « Ça a été terrible, pour nous, pour nos bêtes« , se rappelle Michel. Alors associé à l’office de tourisme de Beaucaire Terre d’Argence, il a décidé de proposer cette expérience immersive au public d’une part « pour gagner quelque sous« , et « pour défendre nos traditions, notre culture, de plus en plus menacées. »

Michel Fouques est à la tête de la Manade du Rhône à Vallabrègues depuis 2006. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Ainsi le temps d’une matinée, les visiteurs découvrent l’univers mais surtout le travail des gardians. Christelle, 41 ans, Cédric, 42 ans et leurs filles, Éloane, 10 et demi et Noelyne, 6 ans et demi, étaient de ceux-là le mercredi 20 juillet. « Nous venons de la région Île-de-France. Pour nous la manade, la course camarguaise, c’est assez abstrait. Grâce à cette activité, on va voir de l’intérieur comment fonctionne la manade« , se réjouissait Christelle. À l’ombre d’une tonnelle, la petite famille s’aspergeait d’eau, Éloane de son côté s’appliquait de l’anti-moustique, en attendant l’arrivée du troupeau dans l’enclos suivi de Michel accompagné de sa fille Emmanuelle et sa petite-fille, Sarah.

Michel Fouques et sa petite-fille, Sarah lors d’un tri de taureaux à la manade du Rhône à Vallabrègues. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Le trio a alors procédé au tri des taureaux. Cette manœuvre consiste à isoler, à cheval, une bête, « parce qu’elle doit être soignée, ou parce qu’elle doit participer à une course, par exemple« . Et le sexagénaire poursuit : « Dans une manade, les chevaux Camargue comptent autant que les taureaux. Sans eux, on ne peut rien faire. Le tri est un travail précis qui nous demande de la concentration car ce n’est pas sans danger. »

L’homme et le cheval sont au plus près des cornes pointues, le risque est permanent. Pour le gardian et sa monture mais aussi pour le taureau, un animal sauvage considéré un athlète, un sportif de haut niveau susceptible, selon ses performances en course camarguaise, de faire briller les couleurs de la manade. Les cocardiers Migrateur, Chardon et Champolion parmi d’autres, font partie de ceux-là. « Les taureaux les plus jeunes sont d’abord testés dans les écoles de raseteurs. S’ils montrent de belles qualités – la vaillance, la vivacité, l’espièglerie, etc. – ils participent aux courses camarguaises. »

Les taureaux triés dans l’arène de la manade. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Joueur, Michel n’a pas choisi les plus dociles du troupeau, histoire aussi de montrer toute la complexité de l’opération qui demande au cheval une agilité affirmée et un certain sens de l’anticipation. La démonstration terminée, le manadier a offert à ses convives un petit tour du propriétaire en tracteur. L’exploitation s’étend sur 225 hectares éparpillés dans sur le territoire, à Montfrin, Comps, Uzès, Domazan jusqu’à Raphèle-lès-Arles. À Vallabrègues, ses terres d’une quarantaine d’hectares sont situées entre le Rhône et le Gardon.

Les visiteurs ont découvert les taureaux dans leur environnement naturel lors de la visite de la manade en chariot tracté. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Un petit coin de paradis où Michel et son équipe, tous des bénévoles passionnés de courses camarguaises, ont vécu l’enfer en 2002. « L’eau a envahi les pays (les enclos, Ndlr). Nous avons perdu 90 bêtes, ça a été horrible. On a vu passer nos taureaux, emportés par les eaux, au barrage de Vallabrègues, se souvient-il. On a mis des années à nous en remettre. »

Au volant de son tracteur, l’homme pointe du doigt ses différents troupeaux qui, paisible, à l’ombre des pins, vaquent à leur occupation. « Regardez s’ils ne sont pas heureux ! » Sous un soleil de plomb, Michel transpire de passion, intarissable sur ce métier qu’il a appris aux côtés de Gérard Fabrigoule, le créateur de cette manade en 1973. Le sexagénaire, pépiniériste retraité, a pris la suite en 2006.

Michel Fouques a repris la Manade du Rhône en 2006. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

« C’est un travail compliqué, depuis plus de 15 ans, je mange, je bois, je dors taureaux. C’est une passion qui dévore et pourtant, je ne peux pas m’en passer. Je suis fier de pouvoir montrer aux gens ce que nous faisons ici, de transmettre l’esprit de la Camargue. On peut passer pour des dégénérés, mais pour nous l’essentiel c’est que les traditions perdurent« , a insisté le manadier.

Les visiteurs du jour sur le chariot tracté. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

« Allez, messieurs, dames, maintenant on va passer aux choses sérieuses ! » Michel Fouques invitait alors ses convives à prendre un petit-déjeuner des gardians agrémenté de charcuterie des frères Deurrieu installés à Barbentane. De quoi régaler un peu plus encore la famille francilienne qui a prolongé sa découverte de la course camarguaise dans les arènes de Beaucaire, le dimanche 24 juillet à l’occasion de la deuxième journée de la Palme d’or.

Stéphanie Marin

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