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CORBÈS Nouvelle mairie, Jardin clos, concertation : l’Agora corbésienne remontée contre la municipalité

Une partie du collectif et des personnes présentes ce lundi, devant la mairie qui sera transformée en logement (Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Une partie du collectif et des personnes présentes ce lundi, devant la mairie qui sera transformée en logement (Photo François Desmeures / Objectif Gard)

Coupé en deux par le Gardon de Saint-Jean-du-Gard, la commune de Corbès (et ses 147 habitants) se fracture, deux ans après les élections municipales qui ont porté l’ancienne première adjointe, Monique Crespon-Lherisson, sur le fauteuil de maire. Pétition du côté du collectif citoyens, mise au point distribuée dans les boîtes aux lettres par la municipalité, le débat se tient à distance, quand la concertation était pourtant le maître-mot de la campagne 2020.

Au moment de sa création, le collectif Agora corbésienne annonçait sa volonté de « renouer le dialogue ». Un an après, le processus n’a pas vraiment avancé. « Ça fait un peu plus d’un an qu’on essaie d’avoir les oreilles de nos élus », souligne d’entrée de réunion publique, ce lundi après-midi, le porte-parole de l’Agora, Gérard Scotto. Flavie Lebourdier, Annie Giraudon, Jonathan Sierra et Danielle Marais entourent le porte-parole, face à une trentaine de participants, membres de l’Agora.

« Promesses électorales dénaturées »

Les « dysfonctionnements de gouvernance » par rapport aux « promesses électorales dénaturées » irritent en premier lieu les participants. « C’est une déception en matière de démocratie participative, explique Gérard Scotto. Il était prévu la création de commissions extra-municipales, qui n’ont jamais vu le jour, tout comme les rendez-vous entre élus et Corbésiens autour de petits-déjeuners. » La tribune de libre expression, qui était prévue dans le bulletin municipal, n’a jamais été ouverte, tandis que démissionnaient deux conseillers municipaux, dont une participait, ce lundi, à la rencontre de l’Agora. « Ça n’a jamais été mis en place parce qu’il n’y avait pas besoin, estime la maire, Monique Crespon-Lherisson. On n’a jamais reçu de courriers nous disant que nos opposants voulaient faire figurer ceci ou cela dans le bulletin ou au conseil municipal. » Et chaque réunion publique deviendrait, depuis, une foire d’empoigne, dénonce la maire.

Annoncé dans le programme de la candidate Crespon-Lherisson, une nouvelle mairie devait s’installer au Can Lepe, terrain plat situé au centre de la commune, au début de l’impasse de la Mairie. Le bâtiment devait accueillir la bibliothèque agrandie, devenir un lieu de rencontres et être doté d’un point informatique. Le projet prévoyait aussi d’en faire un point d’accueil pour la randonnée et le tourisme. « La nouvelle mairie devient un agrandissement de 36m2 de la salle communale le Micocoulier. Mais que vont devenir les activités actuelles de la salle, comme les réunions des associations ? » Tandis que le champ accueille des mûriers dont les feuilles nourriront les vers à soie exploités par l’entreprise monoblétoise Sericyne, qui a obtenu un bail de 30 ans à 120€ par an.

Au Can Lepe, le terrain qui devait accueillir la mairie, des mûriers ont été plantés par l’entreprise Sericyne (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Le montant prévu pour les travaux est le motif principal de mécontentement. La semaine dernière, la municipalité corbésienne a mis ses propres arguments dans les boîtes aux lettres des habitants. Pour elle, « un premier chiffrage sortait à moins de 100 000 €. Certaines dispositions liées au Covid pour soutenir les entreprises locales nous permettaient alors de lancer l’opération sans appel d’offres. » La municipalité reproche ensuite au collectif citoyen de s’être « employé à retarder le bon déroulement des opérations », par des « recours divers, courriers, contestation de parcelles, lettre au préfet », etc. « Toutes ces actions (…) eurent pour conséquence de retarder le projet de plusieurs mois. » Et de faire monter, toujours selon la municipalité, le montant initial (après appel d’offres) à 135 000 € (dont « entre 70 000 et 80 000 € » fournis par l’État et le Département, selon la maire). Une autre association locale, Logos 30140 – présente ce lundi – dit avoir déposé plainte contre les conditions de l’appel d’offres.

« Je ne suis pas Poutine ! »

« 135 000 € pour 36m2 », tacle l’Agora corbésienne, quand la municipalité fait valoir que le tarif comprend aussi l’entrée des nouveaux services dans l’édifice. « Et puis, ils estiment que si on installe un ascenseur dans la mairie actuelle pour l’accessibilité, ça coûtera moins cher. Ce n’est pas vrai, ce ne serait pas moins cher », soutient Monique Crespon-Lherisson. « Pour mettre aux normes la mairie, il suffit de prendre une quinzaine d’exemples alentour pour se rendre compte que le projet le plus onéreux tourne autour de 20 000 € », rétorque Jonathan Sierra, membre de l’Agora.

L’actuelle mairie est appelée à devenir un logement, éventualité prévue au programme de la campagne des municipales 2020. Un point qui provoque un rejet de l’Agora corbésienne, qui dit avoir fait signer une pétition dans le village en faveur du maintien du bâtiment de 1846 et de son horloge Baltard, récemment électrifiée en lieu et place du « système de contrepoids en pierres » que les écoliers, il y a des décennies, étaient chargés de remonter une fois par semaine. « On a rencontré 109 habitants sur 147. Sur les 94 qui se sont exprimés, 88 sont favorables à la réhabilitation de l’ancienne mairie et six pour l’extension de la salle du Micocoulier. » « Ils disent aussi que certains n’ont pas répondu par crainte de mesures de rétorsion de ma part. Mais je ne suis pas Poutine ! », s’emporte Monique Crespon-Lherisson.

Au Jardin clos, un portail a été installé à la suite des travaux de réfection (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Le désaccord – profond, même si le collectif ne souhaite pas être qualifié d’opposant – se poursuit à propos du Jardin clos, dont un mur s’était effondré à la suite des violentes intempéries de septembre 2020. Une partie du mur d’entrée avait dû être démoli pour laisser place aux engins de chantier. Un portail a pris la place du trou. « Il a été fait par mesures de sécurité, explique la maire, sinon il fallait faire entrer et sortir 300 personnes par un portail d’un mètre. Et ils sont bien les seuls à trouver ça laid. » L’Agora corbésienne regrette, de son côté, que « ce qui devait devenir un lieu de spectacle est vendu au petit train », Alès Agglo prévoyant de créer un quai à la gare, située à deux pas, pour acheminer un public éventuel. Pour Monique Crespon-Lherisson, c’est justement à l’occasion de spectacles que le quai sera d’autant plus utile.

« On a fait une soirée théâtre, ils ne sont pas venus ; au repas communal, ils ne sont pas venus ; ni à la soirée cinéma. Tout ce qu’ils veulent, c’est qu’on démissionne pour avoir une nouvelle élection », résume Monique Crespon-Lherisson. L’Agora dit vouloir informer et être informée. Son site internet (*), « au ton sarcastique et ironique », d’après ses animateurs, revendique de ne « jamais attaquer les personnes ». L’Agora dit souhaiter que la concertation se mette réellement en place, tandis que la maire brandit son programme pour justifier son action.

Ce lundi, tandis que l’Agora corbésienne tenait sa conférence de presse, une personne s’est approchée par deux fois, tout en restant à une distance plus que respectable, pour prendre l’assemblée en photo et se retourner pour déguerpir, sans répondre, lorsqu’elle était interpellée ou invitée à rejoindre la réunion… Un comportement à l’image du dialogue politique par communiqué ou presse interposée qui s’installe dans le village.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

(*) http://corbes-infos.fr 

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