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UN ÉTÉ DANS LE GARD L’arrestation de l’enfant du mas de Mingue devenu l’ennemi public

Tarascon, après l'attaque de la fourgonnette de l'administration pénitentiaire qui transportait un détenu au tribunal. Photo Maxppp
Tarascon, après l’attaque de la fourgonnette de l’administration pénitentiaire qui transportait un détenu au tribunal. Photo Maxppp

Lofty Boussouak, enfant du mas de Mingue – un quartier sensible de Nîmes – est depuis quelques semaines officiellement renvoyé devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour tentative de meurtre sur un dépositaire de l’autorité publique et évasion.

Il s’était évadé en janvier 2019 grâce à la complicité de deux autres hommes qui n’avaient pas hésité à faire feu sur les agents pénitentiaires qui le convoyaient de Béziers à Tarascon. Ce jour-là, devant le tribunal de Tarascon, les Nîmois ont pris des risques considérables en tirant à hauteur d’homme sur les agents pénitentiaires pour faciliter la fuite de leur copain. Des hommes introuvables pendant près de 6 mois et qui seront arrêtés dans un discret gîte au cœur des Cévennes.

Les Cévennes terre de refuge du banditisme

Il est 5h30 du matin ce 23 juillet 2019. Policiers et gendarmes d’élite s’approchent avec précaution d’une maison discrète lovée au milieu des châtaigniers. Personne ne peut imaginer à cet instant qu’une opération d’envergure qui concerne plusieurs hommes, originaires du quartier populaire du Mas de Mingue à Nîmes, est sur le point de débuter dans cette localité tranquille au cœur des Cévennes. Lors de ces interpellations houleuses, trois hommes sont arrêtés.
Ce commando qui a fait la Une des médias nationaux n’a pas hésité à faire feu sur un équipage de l’administration pénitentiaire en vue de faire libérer un enfant du quartier du Mas de Mingue à Nîmes, le 28 janvier 2019. L’évadé, Lofty Boussouak, est passé de l’état de petit caïd à celui d’ennemi public. Si son casier porte mention de nombreuses condamnations, c’est durant l’été 2017 que lui et ses comparses vont faire parler d’eux en devenant des pirates de la route détroussant les riches vacanciers repérés grâce aux belles berlines qu’ils conduisaient.

Les pirates des autoroutes traquaient les estivants

Des actions violentes, une quinzaine au total en 2017 et 2019, dans le Gard, mais aussi le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, qui étaient orchestrées sur les autoroutes. « Des hommes munis de cagoules percutaient en roulant des grosses berlines immatriculées dans des pays étrangers, notamment en Suisse et en Allemagne, avec un véhicule préalablement volé, car ces vacanciers ont la réputation de partir en congés avec beaucoup d’argent liquide sur eux », confie une source proche de l’enquête.
Des braqueurs d’autoroute qui utilisaient toujours le même mode opératoire : les malfaiteurs dérobaient une automobile dans le Gard juste avant leur périple sur l’axe routier. Après l’agression, le véhicule était incendié. « Les voitures brûlées étaient souvent retrouvées dans les Cévennes, entre le haut Gard, la Lozère et l’Ardèche, laissant supposer que le gang avait trouvé refuge dans cette zone. D’autant qu’après leurs forfaits des caméras ont permis de flasher les voitures volées notamment en train de traverser la ville d’Alès en direction du nord du département », poursuit la même source.
La BRI et la police judiciaire sont parvenues à tracer un itinéraire de fuite après les exactions sur les vacanciers. Un triangle de repli qui sera scruté de nuit et de jour par les enquêteurs tout au long des investigations, car après la fusillade déclenchée aux abords du palais de justice de Tarascon, l’interpellation du commando était devenue une priorité nationale pour les autorités.
C’est pour payer sa cavale, que le trio a remis le pied à l’étrier. L’argent liquide et les bijoux que des touristes étrangers emportaient avec eux étaient systématiquement dérobés. Des vols de l’été 2019 qui permettaient au commando de survivre et de se payer notamment un gîte cévenol. Des malfaiteurs qui ont été également vu au Mc Do’ de Mende ou encore sur le parking d’un supermarché de la Lozère où l’évadé de Tarascon, Lofty Boussouak, a été formellement identifié par les policiers à sa recherche. L’étau s’est donc resserré en ce mois de juillet 2019 dans les hauts cantons du Gard, où les voitures volées et faussement immatriculées ont été à plusieurs reprises repérées. La traque est devenue intense dans ces contrées reculées. Boussouak avait été lourdement condamné dans le dossier de 2017 des « pirates de la route », où l’évadé de Tarascon avait écopé de 11 ans de prison pour vol avec violence.

Une enfance heureuse, un adulte attiré par l’argent facile

Boussouak estime avoir eu une enfance heureuse avec des parents proches et attentionnés, mais il a rapidement pris des chemins de traverse et quitte l’école à 17 ans. Il avouera plus tard devant les enquêteurs qu’il était attiré par l’appât du gain et l’argent facile. Il a été condamné une quinzaine de fois ces dix dernières années. Aujourd’hui âgé de 31 ans, il n’a jamais travaillé et il est connu de la justice pour de la détention de stupéfiants et des problèmes de violence ; notamment à l’encontre les forces de l’ordre.

De nouvelles agressions pendant la cavale

Malgré le gros dispositif de recherche mis en place pour retrouver le commando et le fugitif de Tarascon, il faudra attendre 6 mois d’enquête et juillet 2019 pour parvenir à retrouver l’évadé et ses complices. Ils étaient cachés dans une discrète maison à Concoules, un village situé à 30 kilomètres au nord d’Alès. Et s’ils ont été ciblés, c’est que pendant sa cavale Lofti Boussouak et ses acolytes ont à nouveau détroussé des touristes sur l’A7 et l’A9, notamment sur un tronçon allant d’Orange (Vaucluse) à Remoulins (Gard).
En quelques jours, ces hommes armés se sont emparé avec violence de voitures Audi et Mercedes. C’est d’ailleurs une belle berline volée qui va permettre aux enquêteurs de remonter vers les suspects et de comprendre que la bande à Boussouak se cache dans les Cévennes au-dessus d’Alès et près du Mont Lozère. En juillet 2019, une imposante action de la police judiciaire et des gendarmes de la section de recherches de Nîmes va permettre de coffrer les suspects.

Deux cousins à l’action pour libérer Boussouak

Les deux complices de Boussouak, sans qui l’évasion de Tarascon n’aurait pas pu se dérouler, sont les cousins El Asri, âgés de 24 ans et 28 ans. Eux aussi sont renvoyés devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, soupçonnés d’être les deux hommes qui ont permis à leur copain de prendre la fuite. Tous les deux sont arrivés enfants du Maroc, leur pays natal, pour rejoindre de la famille à Nîmes. Tous les deux sont déjà connus de la police et de la justice notamment pour des violences ou vols aggravés. Le procès d’assises du commando armé qui a libéré l’enfant du Mas de Mingue doit se tenir au premier semestre 2023.
Boris De la Cruz

Boris De la Cruz

Journaliste, je suis passionné par les faits divers, la justice et la politique. Je collabore à Objectif Gard et à des médias nationaux.

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