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FAIT DU JOUR Daniel Sanlaville (NO) : « Robert Herbin nous avait traité d’assassins »

Daniel Sanlaville se souvient des matchs entre Nîmes et Saint-Etienne (photo Norman Jardin)
Lors du fameux ASSE – Nîmes de 1976, Sanlaville au duel avec Revelli (archives privées Daniel Sanlaville)

Nîmes Olympique se déplace cet-après à Saint-Étienne (15h) pour le compte de la deuxième journée de Ligue 2. À cette occasion, Daniel Sanlaville, qui a joué dans les deux clubs, a accepté d’ouvrir la boite aux souvenirs. Avec l’ancien Crocodile, nous replongeons avec gourmandise dans ces matchs toujours animés en entre les Rouges et les Verts.

Objectif Gard : En ayant joué dans les deux clubs, vous avez dû participer à beaucoup de ASSE – Nîmes ?

Daniel Sanlaville : J’en ai joué au moins sept. Il y en a un avec Saint-Étienne que nous avions perdu 4-0 au stade Jean-Bouin. Il était pourtant important pour les Verts.

Pourquoi ?

C’était la dernière journée. Nîmes était assuré de terminer deuxième mais il nous fallait au moins un nul pour être européen. Avec cette défaite, la qualification européenne nous est passée sous le nez au profit de Lyon qui, la veille, avait fait 4-4 à Marseille. Nîmes à ce moment-là c’était du costaud.

À quoi ressemblaient les Nîmes – Saint-Étienne de cette époque ?

Les Verts craignaient beaucoup de venir ici. Ils n’ont pas gagné beaucoup de rencontres à Jean-Bouin. C’était difficile de défier les Crocodiles à domicile.

« Entre l’Argentin Piazza et notre Brésilien Luizinho ce n’était pas le grand amour »

C’était l’opposition de styles entre Kader Firoud et Albert Batteux.

Batteux aimait bien le jeu court, précis, la technicité et l’agressivité dans le bon sens du terme. Avec Kader, le jeu était direct en occultant le milieu de terrain. Mais notre marque de fabrique à Nîmes, c’est que nous jouions à fond le premier quart d’heure et nous faisions souvent la décision rapidement.

Vous faisiez des misères aux grosses équipes françaises, n’est-ce pas ?

Nîmes faisait partie du top 5 français. Contre les gros nous avions une motivation supplémentaire. En revanche, face aux clubs moins bien classés comme Metz, Valenciennes ou Sedan, nous rencontrions plus de difficultés. Peut-être que l’on prenait ces matchs plus à la légère.

Revelli regarde le ballon sortir devant Martinelli, Sanlaville et Boissier (archives privée Daniel Sanlaville)

On ne peut pas parler des ASSE – Nîmes sans évoquer celui de mai 1976 où deux stéphanois ont été blessés et ont dû déclarer forfait pour la finale de coupe des clubs champions (Ex Ligue des Champions). Le Bayern Munich a-t-il payé les Crocodiles pour casser du Vert, comme une rumeur l’affirmait ?

Non (rires). J’étais le capitaine de Nîmes ce jour-là. Il y a beaucoup de choses à expliquer sur ce match.

« Lui, il n’a jamais remis les pieds à Jean-Bouin »

On vous écoute !

D’abord Saint-Étienne n’avait pas l’habitude d’être mené au score et c’est nous qui marquons en premier. Ensuite, entre l’Argentin Piazza et notre Brésilien Luizinho ce n’était pas le grand amour. Le Nîmois faisait des misères aux défenseurs stéphanois, il y a eu quelques règlements de comptes entre eux mais pas plus.

Sur le terrain, tout avait bien débuté pour Nîmes.

Oui, nous avons ouvert le score mais Patrick Revelli a obtenu un penalty imaginaire. Saint-Étienne marque un premier puis un deuxième but sur l’engagement. À partir de là, ils ont commencé à durcir le jeu.

Daniel Sanlaville, au centre, lors d’un match amical Nîmes – Saint-Etienne (2-2), le 17 janvier 1971 au stade Jean-Bouin (fonds Collignon – Archives municipales de Nîmes)

Nîmes jouissait-il d’une mauvaise réputation à l’époque ?

Je veux bien que l’on dise qu’à Nîmes nous étions des assassins mais c’est faux. Il y a eu plus de Nîmois blessés par les autres clubs que le contraire. Quant aux Stéphanois ce n’étaient pas des saints non plus. Piazza, Janvion il fallait se les faire, quant à Synaeghel et Santini, c’était toujours des coups en douce. Après un match à Nantes, un journaliste avait écrit en parlant de nous : « Les voyous du football français ». Lui, il n’a jamais remis les pieds à Jean-Bouin. Robert Herbin, l’entraîneur de Saint-Étienne, nous avait traité d’assassins.

« On ne voulait plus jouer de peur de blesser un troisième stéphanois »

Il n’en reste pas moins vrai que les Nîmois ont blessé deux Stéphanois…

C’est vrai que le geste de Mathieu sur Farizon est incompréhensible. Quand on est footballeur professionnel, on peut aussi se tromper comme Luizinho sur Synaeghel.

Au fil des minutes, la rencontre s’est-elle envenimée ?

C’était de la folie ! On ne voulait plus jouer de peur de blesser un troisième stéphanois. D’ailleurs, ce match nous ne voulions pas le jouer à quelques jours de la finale, mais c’est Robert Herbin qui voulait absolument ne pas rester quinze jours sans jouer. Après la rencontre, notre bus a été accompagné par la police jusqu’à Saint-Chamond.

Daniel Sanlaville arrivant à Nîmes en 1970 (photo fonds Collignon – Archives municipales de Nîmes)

Est-ce que les Français vous en voulaient d’avoir blessé deux Stéphanois ?

À cette époque, le football français n’était représenté que par l’ASSE. Les Verts étaient meilleurs que les Bleus.

« À Nîmes, le kiné nous prenait entre deux clients »

Quels étaient les principales différences entre Nîmes et Saint-Étienne à cette époque ?

Roger Rocher, le président de l’ASSE, avait développé son club notamment dans le secteur médical avec des saunas, des salles de massages mais aussi des bains digne d’un club d’aujourd’hui. Du coup, il y avait beaucoup moins de blessés que chez nous. À Nîmes, le kiné nous prenait entre deux clients.

Faut-il vous considérer comme un Vert ou un Crocodile ?

On me colle souvent l’étiquette de Stéphanois parce que j’ai joué deux saisons à l’ASSE. Mais il ne faut pas oublier que j’ai joué huit saisons à Nîmes, ma femme et mon fils sont nîmois idem pour ma belle-famille.

Daniel Sanlaville devant le café Pantel, où il a ses amis et ses habitudes depuis plus de 50 ans (photo Norman Jardin)

Allez-vous regarder le match de cette après-midi entre Saint-Étienne et Nîmes ?

Bien sûr. Je regarde tous les matchs des Crocos, j’écoute les directs et je lis tout ce qui concerne Nîmes Olympique. Même pour les équipes de jeunes.

« Que l’on refuse l’entrée gratuite à des gars comme Kabile ou Novi, ça fait mal au cœur »

Quel est votre pronostic ?

Je pense que Nîmes a une petite chance de ramener un bon résultat. D’abord parce que Bouanga sera suspendu, puis le match va se jouer à huis-clos et on connait l’importance du public à Saint-Étienne.

Allez-vous régulièrement au stade des Costières ?

Non, car monsieur Assaf n’a pas de reconnaissance pour ceux qui ont fait l’histoire du Nîmes Olympique comme les Kabile, Adams, Vergnes, Sanlaville, Mezy et les autres. Tous les anciens pros peuvent rentrer dans le stade de leur club, sauf à Nîmes. À Montpellier, à Marseille ou ailleurs, les anciens ne sont pas aussi mal considérés. Que l’on refuse l’entrée gratuite à des gars comme Kabile ou Novi, ça fait mal au cœur.

Propos recueillis par Norman Jardin.

Daniel Sanlaville. Né le 1er septembre 1947 à Pont-de-Vaux (Ain). Poste : défenseur. Clubs : FC Grenoble (1965-70), Nîmes Olympique (1970-71), AS Saint-Etienne (1971-73), Nîmes Olympique (1973-78), FC Rouen (1978-79) et Toulouse FC (1979-80).

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