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FAIT DU SOIR Instruction en famille : les parents dénoncent les bâtons mis dans leurs roues par l’Éducation nationale

Lydie Legal et ses enfants, Marylou et Owen (photo François Desmeures / Objectif Gard)
Lydie Legal et ses enfants, Marylou et Owen, dans leur salle de classe et d’activité installée dans leur maison de Branoux-les-Taillades (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Lié, au départ, à la loi sur le risque de séparatisme et les principes de la République, le régime d’autorisation désormais nécessaire pour pratiquer l’Instruction en famille (IEF) contraint celles-ci à établir un lourd dossier administratif. Pour une réponse académique parfois très aléatoire, voire incompréhensible. 

« J’ai commencé à pratiquer l’instruction à domicile avec le Covid et j’y ai pris goût. » Lydie Legal ne paraît pas mentir sur son épanouissement, tandis que ses enfants saluent poliment le visiteur qui pénètre leur maison, à Branoux-les-Taillades. « Cette instruction a des avantages, quand ça marche », soutient la mère de Marylou, 8 ans, et Owen, 3 ans. C’est donc l’aînée des deyx qui a essuyé, il y a deux ans, les plâtres de l’instruction à la maison. « Marylou a un plein droit d’IEF qui date de deux ans. Aujourd’hui, pour elle, les services de l’Éducation nationale me demandent juste quelques pièces. »

Un projet pédagogique de 64 pages

Le dossier pour le second, qui entre à peine dans l’âge de l’instruction obligatoire, correspond donc à ce que réclame cette nouvelle loi de l’été 2021, dont les décrets d’application sont sortis mi-février. « Pour Owen, j’ai un projet éducatif à réaliser, même si on ne sait pas ce qu’on attend de nous. Je suis plutôt à l’aise avec ce type de dossier, confie celle qui était secrétaire avant d’arrêter de travailler pour faire la classe à ses enfants. Pour autant, c’est un vrai calvaire. Par exemple, on nous demande un planning. On en donne un mais on sait bien que personne ne le suit directement à la lettre. D’ailleurs, nous, pendant les grandes vacances, on ne s’arrête pas d’étudier totalement dans la semaine, ça s’organise selon la vie. » Son projet pédagogique s’étale sur 64 pages. « Quand je m’étais informée du projet de l’école d’ici, il tenait en quatre pages », constate, amère, Lydie Legal.

« Ensuite, on doit prouver que la parent instructeur est disponible, sans savoir vraiment ce que ça veut dire. Les familles font un coup avec papa, un coup avec maman. Mais il a quand même fallu que je fournisse une attestation sur l’honneur ! » Lydie Legal y voit une intrusion supplémentaire de l’administration dans la vie privée. « Il y a même des académies qui ont demandé la feuille d’impôt des gens pour vérifier qu’un parent n’ait pas d’activité, pour être sûrs qu’il pouvait suivre la scolarité », affirme Lydie Legal par le biais de l’association à laquelle elle a adhéré, LED’A (les enfants d’abord).

Un régime d’autorisation « au cas par cas »

Et les remontées de terrain que diffuse l’association, ou que Lydie glane au gré de ses discussions avec d’autres parents gardois lors des mobilisations (relire ici), font état d’un régime d’autorisation « au cas par cas, les réponses sont vraiment hétéroclites. Pour faciliter le dossier de mon fils, j’ai envoyé les deux dossiers dans la même enveloppe pour que les services de l’Éducation nationale voient que c’était une fratrie. » Peine perdue, les dossiers ont sans doute rejoint deux piles différentes, pour deux réponses opposées : oui à Marylou pour poursuivre à la maison, non pour Owen à commencer à peine. Lydie et son mari ont finalement eu gain de cause en formulant un recours administratif. Comme le décret demande que le parent-enseignant ait le bac, Lydie se demande si ce n’est pas ce qui a motivé le refus… pour moitié. Bien que son niveau soit équivalent.

En même temps, refuser signifiait que l’administration était prête à se dédire, après avoir validé, avec moult félicitations, l’enseignement délivré à Marylou. « L’inspection doit avoir lieu une fois par an, dans la famille. Comme ils n’ont pas les moyens, c’est moi qui suis descendue à Alès avec mes supports de travail et mes enfants. Et je peux comprendre : l’inspectrice a 60 enfants à contrôler en plus de son travail régulier d’inspection. » Tandis que le nombre de parents pratiquant l’instruction à domicile aurait fortement augmenté sous l’effet des mesures sanitaires à l’école contre la pandémie de Covid 19. D’après Lydie Legal, 60 000 familles pratiqueraient en France et environ 750 dans le Gard, selon les chiffres que donnaient les associations au printemps dernier.

Les réponses varient selon les académies

« Au final, on a beaucoup moins de stress, les plannings sont moins serrés », entrevoit Lydie Legal comme avantages. Elle se souvient aussi que cette méthode aurait peut-être été nécessaire, à ses yeux, pour son « aîné, âgé aujourd’hui de 18 ans, et qui était en décrochage scolaire au lycée parce qu’on l’avait mis dans une filière qu’il ne voulait pas. Actuellement, ce gouvernement fait n’importe quoi : c’est sur l’école qu’il faut faire quelque chose, au lieu d’embêter ceux qui pratiquent l’instruction à domicile. Et ce sont les enseignants qui le disent ! »

Via son association, elle constate que les critères du décret –  comme le motif 4 qui tient sur une notion vague, « la situation propre à l’enfant » – délivrent des résultats très différents selon les académies. « Les académies de Versailles et Dijon ont refusé 100% des dossiers », affirme Lydie Legal. Elle a su, le 21 juillet, que son recours était accepté. « Je ne me vois pas remettre mes enfants à l’école et, à mes yeux, mon fils est en instruction à domicile depuis sa naissance. » Le 1er septembre, les familles gardoises adeptes de l’IEF et les associations qui les soutiennent organisent une « non-rentrée » à la vallée de l’Eure, à Uzès. Une manifestation devrait suivre, le 15 septembre. En cas de refus, « beaucoup de familles vont se mettre en désobéissance civile » anticipe Lydie Legal.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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