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FAIT DU JOUR Cantines scolaires : l’inflation s’invite dans les assiettes

Image d'illustration (Photo Corentin Corger/ObjectifGard))

Électricité, carburant, matières premières, produits alimentaires… L’inflation n’épargne aucun secteur. Cette hausse des prix liée à la guerre en Ukraine a des répercussions dans bien des pays, notamment en France. En ce jour de rentrée scolaire, nous nous sommes demandé s’il y avait aussi un impact sur les tarifs des repas à la cantine.

Image d’illustration (Photo Corentin Corger/ObjectifGard))

À Pont-Saint-Esprit, environ 270 enfants sont demi-pensionnaires parmi les 733 scolarisés dans les six écoles publiques de la ville. Jusqu’à la fin de l’année scolaire, c’est le prestataire SHCB qui s’occupe de la préparation des repas des élèves spiripontains. En juillet, le conseil municipal a décidé d’augmenter le prix des repas de 2% pour réajuster en fonction du coût réel du service. Une délibération somme toute courante, prise régulièrement dans beaucoup de communes. 

Mais mauvaise surprise : SHCB vient d’annoncer que la facture de l’année prendrait 13% d’augmentation. Face à ce chiffre, le service de la commande publique de la mairie tente de négocier. Malgré les discussions, une hausse paraît difficilement éluctable. “Il faut regarder si on répercute sur les familles. On est en réflexion”, indique la maire, Claire Lapeyronie. 

À Bagnols-sur-Cèze aussi, on s’attend aussi à une augmentation. Le système est différent : les repas sont préparés à la cuisine centrale Léona-Tribes gérée par l’Agglomération du Gard rhodanien et sont ensuite acheminés dans les écoles. Comme nous l’expliquait l’année dernière le président, Jean-Christian Rey, ce service est à l’équilibre : “Le coût des ressources humaines et des matières premières donnent le prix des repas. Il n’y a ni déficit, ni excédent. On vend les repas aux mairies à prix coûtant. 

Répercuter la hausse, mais comment ?

Alors forcément pour conserver l’équilibre, l’Agglomération risque d’élever ses prix de revente. Mais Jean-Christian Rey l’assure, ce ne sera pas pour tout de suite : « Il y a deux effets : l’inflation et aussi la loi EGALIM qui impose du bio, des labels qui ont un coût important. Il n’y aura pas de hausse en 2022 car tous les budgets sont déjà faits, mais très certainement à la rentrée 2023. On va travailler avec les communes sur comment anticiper.« 

Photo d’illustration. Chaque jour, 1 300 repas sont préparés à la cuisine centrale de Bagnols-sur-Cèze. Les repas sont livrés le jour pour le lendemain. (Marie Meunier / Objectif Gard)

À la mairie de Bagnols-sur-Cèze, les équipes commencent à réfléchir à la manière d’absorber ce futur surcoût. Il faut savoir que chaque année, la municipalité pioche 145 000€ dans son budget pour payer une partie de la facture de l’Agglomération. C’est une somme qui n’est donc pas répercutée sur le prix des tickets de cantine vendus aux familles. Ce “déficit est normal”, selon le maire, Jean-Yves Chapelet. Pour lui, le rôle d’une mairie est aussi de garantir l’accès à des repas de qualité et équilibrés à tous les enfants, même ceux des familles les moins aisées qui ne pourraient pas les payer si les tarifs n’étaient pas progressifs au prorata des ressources financières des parents. 

Pour rester à cette somme de 145 000€, en avril le conseil municipal de Bagnols-sur-Cèze avait lui aussi pris la décision d’augmenter le prix des repas vendus aux familles. Sans se douter de l’inflation qui surviendrait ensuite. “On est sur une hausse modérée. Pour un quotient familial de moins de 365€, on passe de 1,38€ par repas à 1,53€. Pour les quotients les plus élevés, on passe de 3,04€ à 3,30€”, poursuit Jean-Yves Chapelet.

Limiter le gaspillage et les ajouts de dernière minute pour limiter les coûts

Une nouvelle hausse sur la revente des repas de l’Agglomération risque de faire remonter les tarifs. Le maire indique : “En fonction de ce qu’on nous dira, on aura un débat sur la façon dont on répercute l’augmentation, si on la répercute de façon linéaire ou catégorisée en fonction des coefficients ou si on aide au-delà des 145 000€ annuels.” Une option qui semble compliquée. Alors dans la lettre de cadrage budgétaire adressée aux chefs de services, “j’ai indiqué qu’il fallait s’attendre des dépenses supplémentaires multipliées par deux ou trois sur les énergies…”, lâche l’édile.  

Alors que 71 930 repas sont préparés pour les élèves bagnolais chaque année, le maire veut redoubler d’efforts pour limiter les dépenses qui peuvent être évitées. Il incite les parents à annuler bien à l’avance les repas des enfants, sinon “ça engendre du gaspillage et dans les coûts de fabrication, ce n’est pas neutre”. Le taux de repas non consommés à Bagnols tourne autour de 10% selon Jean-Yves Chapelet. À l’inverse, dans certaines écoles, des repas se rajoutent au dernier moment : “Il faut qu’il y ait une deuxième livraison, avec un autre camion, un autre chauffeur… Il faut qu’on soit beaucoup plus méthodiques et contraignants. C’est un facteur d’amélioration même si ça ne compensera pas totalement.”

À Alès, le budget global dédié à l’Éducation et à la Petite enfance, « c’est près du double de la moyenne nationale »

Soumise à l’inflation des matières premières, la municipalité alésienne, qui décrit une situation « intenable », a décidé d’augmenter les prix en vigueur dans les cantines scolaires de la ville. Une délibération votée en conseil municipal au mois de juin dernier qui a suscité de vives réactions de l’opposition de Gauche, dont celle du communiste Jean-Michel Suau, lequel estime que les habitants de la capitale des Cévennes, parmi lesquels 80% sont éligibles au logement social, n’ont pas à subir les répercussions de l’inflation.

Dans les faits, cette légère augmentation des tarifs a bien été opérée, le prix du repas passant de 3,95 € à 4,15 € pour un enfant habitant Alès, de 5,94 € à 6,05 € pour un enfant habitant hors d’Alès, de 6 € à 7 € pour un repas majoré, et de 1,31 € à 1,41 € pour les enfants bénéficiant d’un protocole d’accueil individualisé avec panier-repas. Un moindre mal aux yeux du maire qui rappelle qu’un repas coûte « presque 9 euros » à la collectivité.

Dans ce contexte, le budget global de la ville d’Alès dédié à l’Éducation et à la Petite enfance dépasse les 12 millions d’euros par an, hors ressources humaines, soit environ 1 700 euros par enfant. « C’est près du double de la moyenne nationale », revendique le premier adjoint Christophe Rivenq, qui ne lésinera « jamais » pour le bien-être des enfants qu’il considère comme « l’avenir de la nation ».

« Nous ne bougerons pas de l’année »

Toujours sur le bassin alésien, Jean-Michel Perret, maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas où déjeunent chaque midi entre 250 et 300 enfants issus des trois écoles que compte le village, réagit : « La hausse des prix à la cantine est un vrai sujet sur lequel on travaille. Nous avons fait le choix pour cette rentrée de ne pas répercuter sur les familles et nous ne bougerons pas de l’année. On va faire l’amortisseur. Mais concernant l’avenir, on va en parler en bureau municipal. »

« On pourrait atteindre les 320 000€ », en 2023

À Bellegarde, commune où 1 007 écoliers font leur rentrée en maternelle et élémentaire, malgré une augmentation des prix des denrées estimée à 10%, la municipalité a décidé ne pas augmenter les tarifs de la restauration scolaire. Soit 4,20€ le repas, un tarif ramené à 3,30€ sur réservation. « L’impact pour la ville est de l’ordre de 30 000 à 40 000€, commente le maire, Juan Martinez. Mais nous prenons le parti de préserver le pouvoir d’achat des Bellegardais, comme nous avons pu le faire en  baissant les taux de la taxe foncière, ce qui a permis de limiter la casse liée à la réévaluation des valeurs locatives estimées à +3,4 %. »

Le budget de la commune pour la partie fournitures de denrées alimentaires, était de 288 000€ en 2021, il est de 297 000€ pour 2022. « Mais comme je vous le disais, on sait que ça va bouger. À la fin de l’année, on fera une décision modificative pour prendre des crédits quelque part et les mettre dans ce budget. » Et déjà le premier édile bellegardais pense au budget de 2023 : « À mon avis, il pourrait atteindre les 320 000€« . Bellegarde possède une cuisine centrale en régie où le personnel municipal élabore les repas du jour pour les trois écoles publiques mais aussi pour l’école privée et le centre de loisirs.

À Nîmes, 50% des 12 400 élèves scolarisés dans les 83 écoles publiques sont demi-pensionnaires. « Au vu de l’inflation, le prix de revient d’un repas va évidemment augmenter. De combien ? Impossible de savoir précisément car le prix ne cesse de monter« , indique la municipalité nîmoise. Le budget consacré à la restauration scolaire soit 6M€ dont 1M€ pour l’achat de produits issus de filière courte sera donc revu à la hausse. Mais Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes, a décidé de ne pas faire porter aux familles ce coût supplémentaire. C’est donc la Ville qui prendra à sa charge ces frais imprévus. Et devra équilibrer son budget autrement.

La rédaction

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