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L’INTERVIEW Jean-Pierre Hugues, préfet du Gard lors des inondations 2002 : « Les Gardois ont étonné par leur réactivité, leur capacité à repartir »

(Photo Pierre Verrieres / MAXPPP)
Le 9 septembre 2002, Jean-Pierre Hugues (à droite sur la photo) reçoit le nouveau ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, à la cellule de crise en préfecture, en présence de Jean-Paul Fournier et Damien Alary, respectivement maire de Nîmes et président du Département depuis à peine un an (photo Pierre Verrieres/MAXPPP)

Michel Gaudin parti à la direction générale de la police nationale auprès de Nicolas Sarkozy tout juste nommé ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Hugues est nommé préfet du Gard en juin 2002. À peine installé, il affronte comme représentant de l’État, en septembre 2002, les inondations les plus violentes qu’aient connu le département. Il revient sur ces trois jours de tension et sur la réaction de l’État. 

Objectif Gard : Jean-Pierre Hugues, vous êtes nommé préfet du Gard le 25 juin 2002. Que connaissiez-vous du climat gardois quand vous vous êtes installés ? 

Jean-Pierre Hugues : Je suis nommé en juin mais j’arrive, en réalité, début août. Je connais alors le climat gardois comme tout le monde. De plus, j’ai de la famille à Lunel, donc j’en ai aussi une connaissance personnelle. Mais je n’ai, alors, jamais assisté à un épisode cévenol.

Les systèmes d’alerte ont gagné en efficacité à la suite des inondations. Comment la préfecture est alors alertée de l’imminence d’un événement ?

Une alerte météo a entraîné, dès le dimanche 8 septembre dans l’après-midi, la mise en place d’une cellule de crise en préfecture. On avait juste l’indication d’un événement météorologique potentiellement dangereux. L’alerte rouge n’a finalement été donnée que dans la nuit, après les premières catastrophes, ce qui avait d’ailleurs donné lieu à débat.

« L’événement a été extraordinairement long »

Personnellement, quels souvenirs conservez-vous de ces jours-là ?

Vingt ans après, la mémoire individuelle n’est plus très vive… Mais je me souviens d’une crise très longue, l’événement lui-même a été extraordinairement long. L’orage était permanent, la saturation des sols totale. Cette durée exceptionnellement longue avait surpris tout le monde.

Dans cette crise qui touchait presque tout le département, pouviez-vous communiquer avec l’ensemble des services ?

Non, la communication était très difficile, notamment avec le nord du département. Et puis, il ne faut pas oublier que les inondations ont commencé un dimanche, alors que la rentrée venait d’être effectuée, beaucoup de responsables n’étaient donc pas sur place. Et les gens partis en week-end n’étaient pas encore rentrés sur Nîmes. Mais on a quand même rapidement pu joindre le président du conseil général (Damien Alary en 2002, NDLR) et les maires des villes principales. La plus grosse difficulté, c’était Alès. Nous n’avons pu communiquer avec eux que le lundi soir (9 septembre, alors que la pluie avait quitté Alès mais se déchaînait sur la vallée du Rhône, NDLR).

On a parlé, alors, de ces journées comme la plus grande opération de sauvetage en temps de paix. Vous confirmez ?

Nous avons pu nous appuyer, notamment, sur le personnel militaire à proximité de Nîmes, qui a orienté les hélicoptères et les avions. Effectivement, c’est la plus grosse opération de sauvetage en temps de paix, peut-être même au niveau européen. Nous avons eu la chance d’avoir des unités disponibles avec des responsables exceptionnels, capables de prendre de tels risques, notamment en pleine nuit.

« Les textes législatifs ont été millimétrés pour le Gard »

Vous qui étiez alors un serviteur de l’État, vous avez ensuite vu la loi évoluer quasiment en direct…

Ce fut original d’un point de vue politique, de la part du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin qui venait d’être nommé, avec Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur et Roselyne Bachelot ministre de l’Écologie. Ils ont décidé d’en faire un événement exemplaire, d’autant que c’était la première crise qu’ils affrontaient. Il a été fait du sur-mesure, adapté à la législation nationale, pour ce qui concernait la reconstruction et la prévention. Les textes ont été millimétrés pour le Gard. C’est allé très vite, il y a eu un gros travail à Matignon, en lien avec la préfecture. Que ce soient pour les dispositifs de prévention, pris en urgence (*), que ceux de réparation.

L’année suivante, en décembre 2003, c’est le Rhône qui déborde et inonde le Gard rhodanien et la Petite Camargue, moins violemment mais plus longtemps. Gardez-vous un souvenir similaire aux inondations de 2002 ?

L’impression que je garde, c’est le souvenir des victimes qui vivaient une espèce d’acharnement du ciel : certains ont été inondés alors qu’ils venaient de finir les travaux chez eux. Je me souviens de l’effet de sidération et de fatigue chez les gens touchés une seconde fois. 2003 fut une forme de crise très différente, plus compliquée à gérer du point de vue des activités économiques. Et puis, il y a aussi eu le problème de l’eau potable à Nîmes, la zone de captage ayant été endommagée. La seule chose qui a rendu cette crise plus facile à gérer, c’est que les instruments administratifs et financiers existaient. Mais aucune crise ne ressemble à une autre. En 2003, un autre sujet était celui des installations classées, les usines sensibles, un problème qu’on n’avait pas eu en 2002. Je me souviens aussi que, dans ces deux crises, les Gardois ont généralement étonné par leur réactivité, leur capacité à repartir.

Ces crises ont-elles pesé dans votre choix de quitter la préfectorale pour la direction de la Ligue de football professionnel (LFP) en 2005 ?

Non, partir pour la LFP était une opportunité professionnelle, qui me permettait aussi de rejoindre ma famille restée à Paris. Je ne serais, de toute façon, pas reparti pour la préfectorale. Je suis passé d’une crise à l’autre, parce que le monde du foot professionnel est toujours en crise (sourire). La gestion de crise dans le Gard m’aura donc servi !

Vous avez ensuite été nommé directeur de cabinet du président de la République François Hollande. Lui qui a subi plusieurs déluges lors de ses sorties officielles n’a pas accusé votre passé dans le Gard de lui porter la poisse ?

(Il sourit) Cette période était passée quand je l’ai rejoint en 2016. Malheureusement, le souvenir n’est pas aussi drôle, car je suis nommé la semaine où un policier et sa compagne sont tués dans un attentat terroriste à Magnanville (Yvelines). Un mois après, c’est l’attentat du 14 juillet à Nice. Je garde surtout ceci en mémoire. Même s’il est vrai que le président a connu quelques problèmes météo lors de ses déplacements…

Propos recueillis par François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

(*) Pour la partie prévention, Roselyne Bachelot était venue présenter dès le 24 septembre 2002, à Nîmes, un plan de lutte contre les inondations et une réforme du système d’annonce des crues, ainsi qu’une adaptation du fonds Barnier pour les expropriations.

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