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Publié il y a 1 an - Mise à jour le 12.08.2021 - corentin-migoule - 4 min  - vu 3012 fois

FAIT DU JOUR Jallatte repart du bon pied

Jallatte a obtenu le label "made in France" pour l'assemblage de la tige et des semelles de plusieurs de ses modèles. (Photo Jallatte / DR)

Après des années 2000 marquées par de nombreux soubresauts, l’entreprise cigaloise a bien failli péricliter. Mais sa reprise par l’Italien Franco Uzzeni en 2014, suivie de la nomination de Jean-Marie Calame au poste de directeur général, a tout changé. En misant sur l’innovation, Jallatte redevient peu à peu l’un des leaders du marché de la chaussure de sécurité.

Décrire la situation de l’entreprise Jallatte, c’est évoquer « une chute très brutale » et « une remontée progressive ». Ces mots sont ceux de Jean-Marie Calame, nommé directeur général en 2015. À cette époque, l’ex-leader européen du marché de la chaussure de sécurité vient de subir près de dix ans de descente aux enfers. Un incendie sur son site de production en Tunisie, des inondations en Cévennes qui mettent sous l’eau le fort de Saint-Hippolyte, berceau historique de la marque, et une vague de plans sociaux : c’en est trop pour Pierre Jallatte, son emblématique père fondateur, qui se serait donné la mort en 2007, à 88 ans.

Depuis, le site cévenol a retrouvé des couleurs. Le rachat par l’Italien Franco Uzzeni, patron d’U-Power, n’y est évidemment pas étranger. « Après l’épopée exceptionnelle de Pierre Jallatte, il y a eu une période compliquée avec des actionnaires qui étaient dans une démarche purement financière. Depuis le rachat en 2014 par un industriel familial, l’entreprise peut rebondir grâce à une démarche à long terme », apprécie Jean-Marie Calame.

Fort de 18 ans d'expérience dans la distribution professionnelle en tant que directeur général, période durant laquelle il était client de Jallatte et « amoureux de leurs produits », le Franc-Comtois savait très bien où il mettait les pieds.

« Tout le monde connaît quelqu’un qui a travaillé chez Jallatte »

Le relooking de la production devient alors un impératif du redressement qui s’enclenche aussitôt. « La basket de sécurité a très vite été une cible de développement », se souvient le directeur général qui explique : « La basket se démocratise dans le monde du travail. On en porte avec tout, y compris avec des costumes. Donc il fallait suivre ce mouvement de la mode pour la chaussure de sécurité. »

Ainsi naissait la ‘‘J-Energy’’, une basket inspirée du running, dotée d’une semelle souple qui améliore la circulation sanguine et réduit les risques de troubles musculo-squelettiques des membres inférieurs. Face au succès commercial de ce modèle initialement produit en Tunisie, la relocalisation vers le site gardois a été initiée en 2018. Parallèlement, l’entreprise, qui s’est approchée il y a quelques années d’une moyenne d’âge de 58 ans chez ses employés en production, a entrepris un rajeunissement des effectifs.

Lorsque Jean-Marie Calame est arrivé, l'entreprise affichait des pertes de 3,2 millions d'euros. (Photo Jallatte / DR)

Trop longtemps négligée, sa présence sur les réseaux sociaux est aujourd’hui prégnante. L’embauche récente de trois nouveaux éléments au service marketing et communication abonde en ce sens. « On a presque 10 000 personnes qui nous suivent sur Facebook. Il y a une vraie communauté de locaux qui interagit », savoure Stéphanie Cadène, responsable de la communication.

Une fierté locale qui s’explique par une renommée internationale. ‘‘Saint-Hippolyte-du-Fort, capitale mondiale de la chaussure de sécurité’’, peut-on lire sur un vieux panneau installé à l’entrée du village. Car si le site cévenol emploie aujourd’hui 70 personnes, il a compté jusqu’à 800 salariés dans les années 90. « Il y a un fort attachement local pour cette entreprise historique », reconnaît Jean-Marie Calame. Et d’enfoncer : « Dans les environs, tout le monde connaît quelqu’un qui a travaillé chez Jallatte. »

Un chiffre d’affaires triplé

Après la sécurité, la qualité et le design, Jallatte a donc ouvert la voie de la performance dans une approche ergonomique adaptée. Une transition dont profitent les salariés qui, en plus de conditions de travail agréables dans l’enceinte d’un fort du XVIIe siècle, bénéficient d’horaires adaptées. « Ici, personne ne fait les 3x8. Tous les ouvriers bossent de 7 heures à 14 heures. Même ceux qui ont rechigné au début apprécient ce format », promet Éric Michel, responsable d’atelier, fort de ses 38 ans de fidélité à la boîte.

La production de chaussures de sécurité n’a plus aucun secret pour celui qui considère que l’arrivée du polyuréthane sur le marché a tout changé. Celle-ci est notamment à l'origine de « cadences supérieures » permettant à l’usine cigaloise de produire 7 200 paires par semaine. En trouvant un subtil équilibre entre technologie et sécurité, en proposant « trois nouvelles collections par an en moyenne depuis cinq ans », tout en accordant une importance à l’esthétisme de ses produits, Jallatte entend retrouver très rapidement sa place de leader national.

Le fort de Saint-Hippolyte abrite l'usine de production française de l'entreprise Jallatte. (Photo Jallatte / DR)

Sa force de frappe, de plus en plus forte dans bien des domaines, et sa présence dans une quarantaine de pays du globe démontrent qu’il faudra aussi compter avec l’entreprise cévenole dans les années à venir. Le chiffre d’affaires, qui a triplé en une demi-douzaine d’années, passant de 10 millions d’euros en 2014 à 30 millions à la fin de l’année 2020, laisse augurer un avenir radieux.

Symbole de cette renaissance, le projet de construction d’un bâtiment industriel écoresponsable à quelques encablures du fort vient finalement d’être abandonné. La sagesse et la réflexion ont pesé dans ce renoncement qui va malgré tout occasionner une dynamique vertueuse. Car si le site actuel va connaître un embellissement générant une meilleure isolation des bâtiments, « on va s’investir dès septembre dans une approche plus environnementale en sortant des produits éco-conçus », prévient Jean-Marie Calame.

Baptisé ‘‘J-Clean’’, le projet s’inscrit dans la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et pourrait susciter l'intérêt des collectivités territoriales. « Certaines d’entre elles ont pris contact avec nous dans l’optique d’équiper leurs techniciens », se réjouit le directeur général, qui choisit pour l’instant de garder presque entier le mystère. Consumée par les flammes de l’enfer au début du siècle, tel le Phénix, Jallatte n’en finit plus de renaître de ses cendres.

Corentin Migoule

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