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Publié il y a 8 mois - Mise à jour le 10.03.2022 - stephanie-marin - 6 min  - vu 960 fois

FAIT DU JOUR La longue mue de la zone industrielle Domitia de Beaucaire

Emplacement de terres agricoles à l'origine, l'endroit est devenu un bassin industriel de quelque 500 emplois.
Une vue aérienne de la zone industrielle Domitia à Beaucaire en 2009. (Photo : CCBTA) - ©photo-aerienne-france.fr

Si la zone industrielle Domitia située à Beaucaire accuse une vingtaine d'années de retard en matière de développement, elle est aujourd'hui au coeur de toutes les attentions. Retour sur l'histoire de ce bassin industriel en plein essor qui compte désormais une soixantaine d'entreprises.

Rome ne s'est pas faite en un jour, la zone industrielle Domitia non plus. Et pourtant, le potentiel était là. 230 hectares de terrains, certes agricoles, lorgnés par la mairie de Beaucaire à l'époque tenue par le communiste José Boyer, pour son gisement d'économie. Jusque-là, l'activité s'était plutôt développée à l'ouest de la commune dès la fin du XIXe siècle en même temps que le chemin de fer s'implantait sur le territoire dès 1838. "La foire a périclité puisque les échanges se faisaient d'une autre façon. Mais le chemin de fer a amené des industries", assure Paul Jallat (79 ans), le président de l’association Les Amis de José-Boyer.

Entre autres exemples, le septuagénaire cite l'installation dans les années 1920 de la société de produits chimiques industriels et viticoles, devenue ensuite Procida, puis Agrevo Prodetech, puis Aventis Cropscience et enfin Aventis Agriculture. Un site désormais désert. Puis en 1924, la création de la société industrielle Ciment Français toujours en activité sous le nom de Ciments Calcia intégrée au groupe Heidelberg Cement. "Et il y en a eu d'autres, Martini, la distillerie Abel Bresson, Sobea, Provence-Préfabrication, etc. La géographie mais aussi la richesse des sols ont attiré les industriels", explique Paul Jallat.

Paul Jallat (à gauche), ancien premier adjoint à la mairie de Beaucaire et président de l'association Les amis de José Boyer, et son vice-président, ancien adjoint en charge des Sports, Christian Bastet. (Photo : S.Ma/Objectif Gard)

En 1959, alors que José Boyer débute son premier mandat de maire, "le nombre de demandeurs d'emploi était très faible. Mais à partir des années 67-68, ils se sont rendus compte qu'il y avait des prémices d'une crise. En 1967 par exemple , le général De Gaulle a promulgué des ordonnances sur la Sécurité sociale. Et en 1974, il y a eu le coup de bambou, avec d'abord le choc pétrolier, puis la crise est arrivée", contextualise le président de l'association aux côtés de son vice-président, Christian Bastet, 80 ans.

"C'était du délire ! L'État prévoyait une zone de 1 000 hectares"

Ainsi à la fin des années 60, anticipant sur les difficultés à venir, le conseil municipal beaucairois s'est préoccupé de la création d'une deuxième zone industrielle, celle de Garrigues-Planes ne pouvant plus être étendue. En mai 1971 a donc été créé un syndicat mixte d'équipement en association avec la chambre de commerce et d'industrie de Nîmes. De nombreuses études ont alors été lancées. Une étape qui aura duré longtemps, très longtemps, l'État y allant de la sienne également. "C'était du délire ! L'État prévoyait une zone de 1 000 hectares et pensait porter la ville de Beaucaire à 40 000 habitants, avec création d'une ville nouvelle entre Beaucaire et Bellegarde." Une idée rejetée et enterrée.

Lors des travaux de dragage du Rhône par la CNR pour la création d'un chenal de 60m de large, profond de 3m entre Arles et Beaucaire. (Photo d'archives : Les amis de José Boyer)

Cette zone industrielle est tout de même sortie de terre au sud de la ville, le long du Rhône, à la frontière bucco-rhodanienne avec le gazoduc à proximité et équipée du réseau d'eau potable et d'électricité. "Trois facteurs plaidaient en la faveur de la réussite de cette zone industrielle : la position géographique de notre ville, son environnement avec un carrefour unique de routes, de voies ferrées et de voies d'eau, la proximité des aéroports de Nîmes-Garons et de Marseille-Marignane", peut-on lire dans un bulletin municipal des années 70. Sur ces terres ciblées pour faire fleurir des entreprises industrielles, étaient plantés des vignes, des arbres fruitiers.

"Pour éviter les expropriations, nous nous sommes entendus avec la Safer et ça a très bien fonctionné"

"Une zone d'aménagement concerté, puis d'une zone d'aménagement différé ont été créées ainsi qu'une déclaration d'utilité publique, raconte Paul Jallat, ancien premier adjoint sous l'ère Boyer. Mais pour éviter les expropriations, nous nous sommes entendus avec la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer, NDLR). Et ça a très bien fonctionné. Tous les paysans qui ont été obligés de quitter cette zone, qu'on appelait Matagot et Mérarde, ont retrouvé des terres, certaines importantes dans la plaine de Beaucaire. Par exemple le Mas des Brémondes, qui était dans le portefeuilles de la Safer, a été proposé à un paysan qui avait des terres de cerisiers dans la zone industrielle." Sur les 230 hectares visés, 18 appartenaient à la Compagnie nationale du Rhône qui a fourni 3 250 000 m3 de remblais aux zones portuaire et industrielle suite à ses travaux de dragage du fleuve entre Beaucaire et Tarascon.

L'usine Saint-Gobain est installée en 1974 sur la zone industrielle Domitia à Beaucaire. (Photo d'archives : Les amis de José Boyer)

L'aménagement de la zone a démarré en 1973 avec une ZAD de 180 hectares et une ZAC de 50 hectares pour accueillir Saint-Gobain dont l'ambition était d'y implanter une usine de fabrication de verre plat en activité continue avec la création de 1 000 emplois. Mais en 1974, la crise passant par là, les promesses n'ont pas été tenues et l'ambition a été revue à la baisse avec 35 hectares achetés sur les 50 prévus et une centaine d'emplois créée. Dix ans plus tard, il y avait cent emplois de plus sur la zone suite à l'arrivée de six entreprises aidées par des avantages financiers octroyés par la commune.

Enclavée jusqu'en 1983, de lourds aménagements de voirie ont été défendus par le conseil général dont faisaient partie José Boyer ainsi que Bernard Deschamps, puisque la rocade n'existait pas, de même que le pont sur le Rhône, etc. "En 1983, au conseil municipal nous avons été dans l'opposition alors on voyait les choses d'un peu plus loin. Mais on remarquait tout de même qu'il n'y avait plus d'entreprise qui venait s'installer ou alors si, mais des entreprises que les autres ne voulaient pas, comme la société d'équarrissage", lance Paul Jallat.

Vue aérienne sur le pont qui traverse le Rhône entre Beaucaire et Tarascon. (Photo : CCBTA)

Ce dernier avait eu l'idée de la création d'une zone multimodale, ce qui est le cas maintenant sous l'égide de la communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence. Les amis de José Boyer rappellent la construction de la plateforme Concerto. Car depuis le passage de la loi NOTRe, la CCBTA a pris, en 2016, le relais de commune au sein du syndicat mixte d'équipement et proposé à la chambre de commerce et d'industrie de reprendre sa gestion en 2020.

"Cette zone était à l'abandon. Le syndicat mixte a perdu de belles opportunités à cause notamment de problèmes de voiries au sud de la zone, ce que j'avais fait remarquer en 2008 déjà. Les travaux ont depuis été réalisés", commente Hervé Boulle, directeur général des services de la CCBTA. Entre achat de terrains et travaux d'aménagement sur le lotissement d'activité Domitia ouest et la zone d'activité de La Mérarde et de voirie, l'investissement de la collectivité s'élève depuis à 8 M€.

La stratégie concernant les rachats de terrain est de pouvoir les morceler en parcelles de 1 500 m2 à 12 hectares pour pouvoir répondre aux besoins de l'ensemble des sociétés, quelle que soit leur taille, à leur ambition. "On s'est permis de rêver en se réservant un gros lot d'une dizaine d'hectares et malgré des pressions d'entreprises de certains élus. Mais le projet rêvé s'est concrétisé avec Concerto dont le bâtiment est en cours de construction", ajoute Hervé Boulle. Depuis, les compromis s'enchaînent, à tel point que la réserve foncière que la CCBTA a mis dix ans à développer, est actuellement réduite à la portion congrue.

La zone industrielle Domitia en 2016. (Photo : CCBTA)

"En quelques années, on est passé d'un "désert" à 10 lots de 1 500 à 2 000 m2 construits sur 13 pour de la production artisanale, un macro-lot de 12 hectares, un lot de deux hectares pour l'extension de l'entreprise Gaches Chimie, un autre projet sur 40 000 m2 avec la société Batimex, fabriquant de luminaires, ainsi qu'un autre encore avec Concerto pour l'installation d'une industrie de production et de stockage. S'ajoutent un projet agroalimentaire sur 10 000 m2 et un autre de location de box sur 5 000 m2", précise le directeur général des services. Ce travail-là, toujours selon Hervé Boulle, aurait dû être réalisé il y a une vingtaine d'années.

Hervé Boulle, directeur général des services à la CCBTA, et Valérie Normand, en charge du développement économique. (Photo : S.Ma/Objectif Gard)

L'engouement est tel quel la collectivité prévoit de presque doubler le nombre d'emploi sur la zone d'ici cinq ans. Sans compter un projet au sud de la zone, "qui est porteur de grands espoirs pour nous et que nous essayons de récupérer". Comment expliquer cet engouement ? "Lorsque je suis arrivée, en 2016, Beaucaire n'était pas très prisée. Il faut dire qu'il y avait beaucoup de foncier à Arles, Avignon et Nîmes. Ce qui n'est plus le cas et comme il nous restait pas mal de réserves foncières, les industriels sont venus à Beaucaire. C'est en 2020 que tout s'est vraiment accéléré", souligne Valérie Normand, en charge du Développement économique de la Terre d'Argence. Le prix, entre 25 et 26€ HT le m2, est également un argument de poids, tout autant que les aides à l'installation initiées par la CCBTA, même si selon Valérie Normand ce volet-là peut-être plus servi dans la reconquête des friches industrielles.

La réserve foncière sur la zone industrielle Domitia est de plus en plus réduite, plusieurs compromis ont d'ores et déjà été signés. (Photo : S.Ma/Objectif Gard)

Reste à remettre état et en activité la voie ferrée des années 70 qui longe la zone industrielle sur la partie CNR. "Depuis un an, nous avons des demandes d'industriels, et notamment d'Arterris, pour la remettre en service. Ce qui leur permettrait d'avoir plus de liens entre leurs différents sites et de faire du transport ferroviaire de céréales", explique Valérie Normand. Le passage du premier train est prévu pour cet été.

Stéphanie Marin 

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