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Publié il y a 2 ans - Mise à jour le 26.01.2022 - marie-meunier - 4 min  - vu 970 fois

GARD Pass vaccinal : encore trop tôt pour mesurer les conséquences ?

Depuis l'entrée en vigueur du pass vaccinal lundi, le bar-restaurant "Le Bon Coin" de L'Ardoise note une baisse de fréquentation. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Hervé Hours, le patron du pub O'Flaherty's à Nîmes, n'a pas constaté de baisse de fréquentation dans son établissement depuis l'entrée en vigueur du pass vaccinal. (photo Norman Jardin)

Depuis ce lundi 24 janvier, le pass vaccinal est entré en vigueur. Pour aller au bar, au restaurant, au cinéma, au musée, dans les transports ou encore dans une salle de sport, il faut obligatoirement le présenter. Un simple test négatif ne suffit plus. 

En Occitanie, 62,7% des personnes ont reçu une dose de rappel. Une majorité de la population donc, mais pas la totalité. Cela veut dire qu'une partie de ses personnes non-vaccinées ne peuvent plus se rendre dans ces lieux. "On est bloqués pour faire beaucoup de choses maintenant. Mais je trouve cela bête de se faire vacciner quand on est jeune. Tout dépend aussi du métier que l'on fait, certains en ont plus besoin que d'autres", lâche Tom(*), âgé d'une vingtaine d'années. Lui et deux de ses collègues mangent sur un trottoir à proximité d'un chantier qu'ils effectuent à Bagnols-sur-Cèze. Ils sont deux à ne pas être vaccinés. Tout le reste de l'équipe, toute vaccinée, se restaure sur la terrasse de la boulangerie.

Une scène de scission que déplorent les ouvriers, qui ne comprennent pas que dans dans la file d'attente de la boulangerie, le pass ne soit pas exigé alors qu'il l'est pour manger en plein air. "Les êtres humains se méfient les uns des autres... Même entre nous, on s'inquiétait d'attraper le virus, maintenant, on a pris un peu plus de recul", rebondit un autre employé.

Éric Delon (à droite) et son fils ont repris le restaurant-rôtisserie Cocorico à Bagnols il y a un an. (Marie Meunier / Objectif Gard)

Cette tension entre les clients, des restaurateurs la ressentent également. À Laudun-l'Ardoise, au bar-restaurent "Le Bon Coin", les patrons remarquent que vaccinés et non-vaccinés (qui prennent leur repas à emporter, ndlr) s'envoient "des piques". Pas de quoi ragaillardir un climat déjà morose.

Depuis l'entrée en vigueur du pass vaccinal ce lundi, la fréquentation a encore chuté au "Bon Coin". "Regardez comme c'est plein", ironise Fabrice Testud, le patron, en désignant sa salle presque vide. D'habitude, à midi, le carnet de commandes est déjà rempli et les clients installés pour manger. "On sent vraiment une diminution depuis lundi. Les gens hésitent. Ils ne savent pas si leur pass est valide, selon quand est-ce qu'ils ont reçu leur 3e dose, si la deuxième dose suffit, s'ils ont eu le covid entre temps... C'est un casse-tête", déplore Madeleine Arnaud, la co-dirigeante. 

"C'est 1 500€ d'amende et un risque de fermeture administrative"

À cela s'ajoute parfois la peur du gendarme. "La dernière fois, deux agents sont venus au tabac. Même si on n'a rien fait, on se met à suer. Si au contrôle, il y a des gens non-vaccinés en train de consommer, c'est 1 500€ d'amende et un risque de fermeture administrative", explique Madeleine Arnaud. Heureusement, elle peut compter sur la clientèle de travailleurs venant de tout le bassin économique de L'Ardoise pour continuer de travailler.

Si dans l'établissement laudunois, cette nouvelle mesure du pass vaccinal a été fortement ressentie. Ce n'est pas le cas partout. Au restaurant Cocorico à Bagnols-sur-Cèze, aucune différence n'a été ressentie par rapport à la semaine dernière. C'est davantage le télétravail qui cause du tort et fait baisser la fréquentation. "On va attendre début février pour mesurer l'impact", tempère Éric Delon.

Du côté des salles de sport aussi, le moral n'est pas au beau fixe. Mais l'entrée du pass vaccinal n'a pas spécialement accentué le baisse de fréquentation : "On a moins de monde, les gens ont changé leur manière de faire du sport. En 2021, on accuse une baisse de 50% du chiffre d'affaires. Et en janvier, mois où on enregistre beaucoup d'inscriptions, ce n'est pas mieux. Alors qu'on a 80 nouvelles inscriptions normalement, on en a eu seulement trois cette année", déplore Anne Bertinot, responsable de la salle de sport Vita Liberté à Bagnols.

Trop tôt pour tirer un bilan du pass vaccinal mais le télétravail porte déjà préjudice

À Nîmes aussi, l’arrivée du pass vaccinal lundi n’a pas bouleversé la tendance déjà à la baisse. Il concerne toutes les personnes âgées de plus de 16 ans et il est indispensable pour accéder aux cinémas. Au multiplexe CGR du centre-ville, les jours à venir seront déterminants pour en savoir plus sur la fréquentation : "Traditionnellement, lundi et mardi ne sont pas de grosses journées. En revanche, les mercredis, samedis et dimanches font plus de monde et ce vendredi, Kev Adams sera avec nous pour la diffusion de son nouveau film "Maison de retraite". Si sur ces jours nous faisons des petites affluences, nous pourrons estimer que le pass vaccinal nous impacte", explique Nicolas Bey, le directeur du CRG Nîmes.

Dans un autre cinéma gardois, même constat. On n’enregistre pas particulièrement une baisse des entrées : "C'est un tout qui décide les gens de ne pas sortir, car ils sont perdus avec tous les protocoles qui changent régulièrement", suppose le gérant de salles qui préfère rester anonyme.

Nicolas Bey, le directeur du multiplexe CGR à Nîmes. (photo Norman Jardin/ Objectif Gard)

Hérvé Hours dirige le pub irlandais O’Flaherty's et il n’a, lui non plus, rien noté de différent en ce début de semaine : « Le nombre de gens qui venaient seulement avec un test positif et sans pass sanitaire était très faible. La semaine dernière, il y en eu cinq tout au plus. Mais j’ai constaté que certains ne savaient même pas ce qu’était le pass vaccinal. Dans notre secteur d’activité, c’est plus le télétravail qui nous porte préjudice car les gens qui restent chez eux pour bosser ne vont pas sortir pour le déjeuner. »

Les sportifs doivent également s’adapter aux nouvelles mesures mais là encore, il faudra attendre quelques semaines pour tirer un bilan. Pour l’instant, Adrien Rodriguez, qui travaille au Run’Up du centre de Nîmes reste confiant : « Cela ne fait que deux jours que le pass vaccinal est entré en vigueur et nous n’avons pas constaté de baisse de fréquentation. Nous restons positifs ! »

Marie Meunier et Norman Jardin

(*) Ce prénom a été modifié.

Marie Meunier

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