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Publié il y a 4 ans - Mise à jour le 04.12.2018 - abdel-samari - 4 min  - vu 2802 fois

LE 7H50 du préfet du Gard : "Un mouvement très compliqué à gérer"

Week-end meurtrier sur les routes du Gard, mouvement des gilets jaunes et contribution des pompiers : les sujets ne manquent pas pour faire le point avec le préfet du Gard, Didier Lauga. Il est l'invité du 7h50.
Le préfet du Gard (Photo : Abdel Samari/Objectif Gard)

Objectif Gard : Difficile de ne pas commencer ce matin en vous interrogeant sur les accidents mortels de ce week-end dans le Gard...

Didier Lauga, préfet du Gard : Sept morts, c'est un record depuis que j'ai pris mes fonctions il y a bientôt trois ans. C'est catastrophique. Cette succession de drames en 48h, c'est du jamais vu. Nous avons dépassé le chiffre de l'année dernière à la même époque où nous avions déjà 58 morts. Cela devient incontrôlable. Rajoutez à cela les perturbations occasionnées par l'agitation sociale qui entraîne des déviations routières. Tout cela crée des risques avec l'utilisation de routes secondaires peu fréquemment empruntées en temps normal et qui oblige chacun à redoubler d'effort. Je le dis et redis une nouvelle fois : j'appelle à la plus grande des prudences.

Le mouvement des gilets jaunes entame sa troisième semaine. Et nous avons le sentiment que rien ne bouge. Vous êtes démunis face à cette situation inédite ?

J'ai reçu encore vendredi dernier des représentants de ce mouvement social. Je reste en contact mais que les choses soient claires : la plupart des revendications exprimées sont d'ordre national, il est donc difficile pour un préfet d'apporter des solutions. Nous attendons des directives du Premier ministre en lien direct avec les annonces du président de la République de la semaine dernière. Des concertations locales doivent se mettent en place pour avancer dans la mesure du possible car les revendications sont aujourd'hui multiples. Du gel de taxe sur le gazole, on entend des demandes autour de la suppression des charges, le recours au référendum systématique, la revalorisation des retraites agricoles...

Les zones commerciales et industrielles souffrent dans le Gard. Certaines entreprises sont en grandes difficultés. Comment les aider ?

J'ai reçu des chefs d'entreprise et des commerçants. Nos forces police et gendarmerie ne sont malheureusement pas adaptées pour gérer des manifestations de ce type. Elles ne sont pas assez nombreuses. C'est la raison pour laquelle, en fonction des effectifs CRS et gendarmes mobiles à disposition, qui sont par ailleurs fortement sollicités au niveau national, nous intervenons dans les zones bloquées du Gard. Comprenez que nous sommes confrontés à un mouvement très compliqué à gérer. Majoritairement, les gilets jaunes sont pacifistes. C'est frustrant pour le public comme pour les acteurs économiques mais nous faisons notre travail régulièrement pour débloquer des situations notamment dans les zones logistiques et commerciales particulièrement impactées. Hier soir, nous sommes intervenus sur un axe routier bloqué à Nîmes. Nous laissons passer les camions mais après le départ de nos équipes d'intervention, les blocages se reforment. Aujourd'hui, nous avons réussi à dégager la zone industrielle de Laudun-L'Ardoise, Garons et Saint-Gilles. Cela reste compliqué, je vous l'accorde, sur Saint-Césaire et Grézan pour Nîmes ou le secteur d'Aimargues, Dions et Alès.

Est-ce que le Gard est particulièrement touché par les gilets jaunes ?

Le département ne fait pas l'objet à ce stade d'une radicalisation du mouvement. Nous sommes loin de ce que l'on a pu observer à Avignon ce week-end avec des personnes qui ont cherché à pénétrer dans l'enceinte de la préfecture ou encore par les dégradations observées dans le centre ville. Idem dans l'Aude du côté de Narbonne. On peut dire simplement que le Sud de la France paraît particulièrement concerné par ce mouvement. Les grandes métropoles, au contraire, beaucoup moins. Il y a aussi un effet grossissant indéniable par le relais médiatique dont bénéficie les casseurs. Le Gard est donc moins concerné en terme de violence et c'est tant mieux. Ils étaient plus de 1 000 manifestants samedi devant la préfecture et il n' y a pas eu de dégâts particuliers.

Un dernier mot sur la contribution des communes du Gard pour les pompiers. Nous avions compris que vous étiez favorable au nouveau calcul proposé par le SDIS (Service départemental d’incendie et de secours). Et finalement, vous avez fait machine arrière. Pourquoi ?

Une commission présidée par Nathalie Nury (vice-présidente au Département du Gard) a travaillé sur le sujet du nouveau mode de calcul de la contribution communale qui sert à financer l’activité des pompiers. Nous nous sommes réjouis un peu trop vite. À ma décharge, le texte ne m'avait pas été présenté dans les détails et mes services n'avaient pas eu l'occasion de l'analyser en profondeur. J'ai reçu dernièrement une délégation représentant les communes du Gard de plus de 3 500 habitants. Une vingtaine de maires de tous bords politiques. Ils m'ont parfaitement exposé le problème de l'augmentation significative de leur contribution. Laquelle en soit ne me pose pas de problème car elle est prévue par la loi mais s’appuie sur l'absence de justifications juridiques pour exprimer cette nouvelle répartition. Je reconnais que le nouveau mode de calcul n'apporte pas d'arguments de ce point de vue là. En matière d'égalité devant la charge publique, vous devez apporter des éléments juridiques probants.

Est-ce qu'il y a un risque de défaut de financement du SDIS pour l'année 2019 ?

Bien évidement que non. Le financement des pompiers sera garantie. Ceux qui disent le contraire, racontent n'importe quoi. Il s'agit d'une dépense obligatoire. Je suis tout à fait conscient par contre que cela va provoquer un mécontentement chez les maires des petites communes mais dans ma lecture du droit, ce nouveau mode de calcul n'est pas légal. Vous savez, je ne suis pas le juge de l'équité mais de l'égalité. Je comprends qu'il y ait une majorité de maires favorable à ces nouvelles règles mais on ne peut pas mettre de côté le problème de ces maires des communes de plus de 3 500 habitants. Je suis donc à la disposition du SDIS pour trouver une solution. C'est d'ailleurs en substance ce que j'ai dit à M. Pissas, président des pompiers, lors de notre échange sur le sujet. Maintenant, si d'aventure les élus ne trouvent pas d'accord, c'est le préfet qui décidera.

Propos recueillis par Abdel Samari

Abdel Samari

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