Publié il y a 1 mois - Mise à jour le 18.05.2024 - Propos recueillis par Anthony Maurin - 9 min  - vu 314 fois

L'INTERVIEW Valentin, novillero gardois qui veut devenir figura

Valentin (Photo Anthony Maurin )

Valentin est prêt à défiler une deuxième fois à Nîmes (Photo Anthony Maurin )

Le Nîmois Valentin va toréer samedi matin pour la novillada sans picadors (entrée libre) aux côtés de Marco Polope de Valencia, de Victor d’Arles et d’Alejandro Gonzalez d’Albacete. Une course de quatre erales de Raphaël Chaubet pour un moment novilleril fort et empli d’engagement. Interview.

Objectif Gard : En-dehors des arènes, qui est Valentin ?

Valentin : Je suis Valentin Vindevogel, je suis né à Bagnols-sur-Cèze le 20 mars 2002. Dans ma famille, il n’y a personne dans les toros, je n’y connaissais rien. Quand j’ai eu quatre ou cinq ans alors que nous étions en route pour Arles, j’ai eu un coup de foudre en voyant des toros. Ma grand-mère habitait Arles et elle m’a amené voir un mano a mano entre El Juli et Castella, j’ai compris que je voulais faire ce qu’El Juli faisait, ce qu’il était, matador de toros et figura del toreo.

C’est jeune pour comprendre. Qu’avez-vous apprécié pendant ce mano a mano ?

Les passes, la prestance, se dire qu’un homme lutte avec un animal sauvage, cette communion entre les deux, les valeurs, l’amour, le respect. J’ai compris ça rapidement, je me suis vite renseigné, j’ai lu quelques livres et ça s’est accentué face au toro. Avec le temps je me suis dit que je voulais faire ça et rien d’autre !

Valentin (Photo Anthony Maurin )
Valentin est prêt à défiler une deuxième fois à Nîmes (Photo Anthony Maurin )

Il a quand même fallu une dizaine d’années pour que vous sautiez le pas.

Personne dans ma famille n’était du milieu. Nous n’allions pas forcément voir les corridas, mes parents ne connaissaient pas et voyaient le danger, la peur. Quand on ne connaît pas un monde il est difficile de s’en approcher. Ils pensaient que c’était une passade, une illusion comme les enfants qui disent vouloir être pompiers et gendarmes. Moi, c’est jamais passé et ça s’est ancré en moi.

Les parents veulent rarement que leurs enfants deviennent torero…

Oui, vers 16 j’ai un peu tapé du poing sur la table en leur disant que je voulais être torero, que ça devienne mon métier même si je ne connaissais pas le milieu ! Alors mes parents m’ont d’abord inscrit au CTN où j’ai découvert cet univers. Mais comme je voulais aller encore plus loin je suis allé vers le CFT de Christian Le Sur. Là-bas on travaille pour devenir professionnel.

Vous avez connu une belle fin de saison 2023 et un début 2024 encore meilleur !

J’avais fait une grosse préparation au campo avec pas mal de tientas l’année dernière dont il était prévu que je débute en sans picadors en 2023. Je voulais montrer que j’étais prêt. Tout s’est bien passé, j’ai remporté le bolsin de Nîmes métropole en août dernier à Saint-Gilles en coupant trois oreilles.

C’était une période charnière pour vous ?

J’avais forcément envie d’aller plus loin, je voulais montrer que je voulais être matador de toros, en passant bien sûr par chaque étape mais il faut le montrer. Après Saint-Gilles, il y a eu Nîmes et le trophée Nimeño II dans les arènes pour ma présentation. Là aussi ça s’est plutôt bien passé mais j’étais un peu vert, quelques détails étaient encore à travailler.

Le travail, maître mot dans les toros.

Cet hiver, je suis parti au campo à Salamanque grâce au Centre français de tauromachie (CFT) avec une envie particulière. De plus, le maestro Juan Leal était avec nous et on a pu travailler des détails techniques, physiques, la posture, la manière d’être, le mental de torero, être plus professionnel, responsable… Être moins enfant, moins dans la découverte en fait !

Cette année sera importante...

Mon début de saison a bien commencé à Valencia pour la feria des Fallas. Mon premier paseo en Espagne vêtu de lumière dans une arène de première catégorie ! Je pense que le trophée Nimeño II m’a ouvert ces portes mais je pense aussi au CFT avec Christian Lesur et forcément à l’empresa Simon Casas.

Valentin lors de la novillada sans picadors du Trophée Nimeño II en septembre dernier (Photo Anthony Maurin)
Valentin a remporté le Trophée Nimeño II en septembre dernier (Photo Anthony Maurin)

Comment s’est passé ce paseo valencian ?

La novillada de Jose Cruz est sortie très bonne, nous étions six, il y avait du haut niveau pour la catégorie et je devais passer en dernier… Il a fallu que je prouve des choses, que j’adapte mon répertoire à tout ça, mais c’était bien parce que j’en avais envie ! Je revenais de Salamanque, je me sentais prêt, en confiance. Cette année je me sens encore mieux, mentalement, techniquement et physiquement. J’ai envie de toréer et de faire plaisir aux gens.

Se mettre dans les meilleures conditions pour marquer les esprits ?

Je veux montrer que ma tauromachie s’impose plus, que moi aussi je m’impose un peu plus dans le milieu et pour ça cette feria des Fallas était parfaite pour nous, ça a aidé tout le monde dans ma cuadrilla ! On allait à Valencia avec beaucoup d’envie, on sentait qu’on allait se régaler mais on ne sait jamais comment le toro va sortir, comment va être le public et je n’avais qu’une chance. Être au cœur même de tout cela m’a montré la vérité des choses.

Le travail hivernal a-t-il porté ses fruits ?

Je le pense ! La préparation m’a servi, ça m’a aidé donc je dois remercier, en même temps que Juan Leal, Christian Le Sur, Patrick Varin, Juan Villanueva mais aussi mon entourage et ma cuadrilla avec Merenciano et Marc Monnet… Nous y sommes tous allés avec des convictions fortes. Comme on passait en sixième j’ai changé mon répertoire et j’ai montré autre chose.

Une sensation plaisante ?

C’était incroyable, un moment magique ! Le public a répondu à ce que je faisais, j’ai senti une cohésion, un lien entre cette arène et moi. Il y a eu une grosse pétition pour l’oreille mais le palco n’a rien cédé. En tout cas les gens étaient là et en sortant des arènes ils savaient qui était Valentin. J’ai senti que j’ai pu mettre en place ce que je voulais faire. J’ai pu m’exprimer, me lâcher devant le toro et que les « olé », les « bien » et les applaudissements étaient sincères. En fait, c’est comme si j’avais triomphé mais sans occuper.

Valentin (Photo Anthony Maurin )
Valentin en civil dans ses arènes (Photo Anthony Maurin )

À 22 ans, comment décririez-vous ce qu’est un novillero sans picadors (NSP) ?

En NSP, en novillada piquée ou en corrida formelle, pour moi, la vision est la même. Le toro et les responsabilités changent, bien sûr, mais c’est la même chose. On doit être passionné, professionnel dans ce que l’on entreprend, sérieux et responsable. On doit travailler de manière acharnée, montrer les valeurs que l’on défend, connaître le sacrifice et son coût mais avoir l’envie chevillée au corps. On se remettre sans cesse en question, même après un triomphe. Dans les toros il faut toujours évoluer, si on stagne c’est pas bon.

À quoi ressemble une journée lambda avec vous ?

Le matin, en général je travaille le physique. Un footing de quelques kilomètres, j’en fais deux gros dans la semaine et des plus petits les autres jours. Je fais aussi un peu de muscu, pas mal de stretching, je me suis mis à en faire pour acquérir plus de souplesse… L’après-midi je travaille de salon, le toreo bien sûr mais aussi la mise à mort. Je travaille un peu les banderilles à côté, même si je ne banderille pas, mais on ne sait jamais de quoi sera fait demain. Je regarde aussi beaucoup de vidéos d’actuels et d’anciens toreros pour voir plus de choses.

Que pensez-vous de ces évolutions ?

À l’époque on voyait d’autres choses ! C’était peut-être plus dur qu’aujourd’hui, le milieu était moins ouvert, aujourd’hui le niveau technique est plus élevé. Aujourd’hui pour être matador de toros, comme le disait Castella, c’est presque impossible mais en ayant la volonté et en travaillant ça peut devenir possible.

Depuis vos débuts, sur quoi avez-vous le plus travaillé ?

La technique, les détails mais maintenant plutôt sur les points esthétiques. La posture, la manière de me tenir, de regarder les gens, de me sentir relâché, d’être plus flexible. Vous le verrez à Alès et à Nîmes. Je sens que je progresse et c’est ce qui fait que cette année je me sens bien, ces évolutions m’apportent des choses mais je dois encore travailler, m’améliorer pour aller encore plus loin.

Quelles sont vos inspirations ?

Daniel Luque pour ce qu’il est devenu, Juan Ortega pour son côté arte, Perera pour son temple et son assurance, Roca Rey pour sa science, son charisme et ses responsabilités. Chez les anciens, El Juli bien sûr car c’est lui qui m’a donné envie, Joselito pour sa vision, son style sincère de toreo. Il été courageux et toréait de tout. J’aime aussi Manzanares père, une idole pour tout le monde. Je n’aime pas les toreros que l’on fantasme. J’aime la sincérité.

Un deuxième paseo d’affilée en feria de Nîmes, ça fait quoi ?

J’ai la responsabilité d’être chez moi, de faire les choses bien et d’y aller pour triompher. Ma mentalité et mon regard diront cela, il n’y aura pas d’amis, je veux faire plaisir aux gens et leur montrer que ma tauromachie avance, que j’ai travaillé ma prestance, que je commence à jouer dans la cour des grands, que j’ai envie d’aller toujours plus loin. Je veux me lâcher et prendre du plaisir car ça sera un grand moment !

Valentin Novillada sans picadors Trophée Nimeño II avec 5 becerros de Pagès-Mailhan pour Raphaël Ponce de León , Andoni Verdejo, Alberto Donaire, Nicolás Cortijo et Valentín (Photo Anthony Maurin)CV4P6043
Valentin lors de la novillada sans picadors du Trophée Nimeño II en septembre dernier (Photo Anthony Maurin)

Votre cuadrilla ?

Romain Lebas sera mon mozo de espada, Julien Mereciano et Marc Monnet m’accompagneront tout comme évidemment Christian Le Sur ! C’est une bonne équipe.

Les compañeros de cartel ? Et les erales ?

Pour deux d’entre eux, Alejandro Gonzalez d’Albacete et Victor d’Arles, j’ai toréé justement avec eux à Valencia. Il y aura un gros niveau mais j’aime la concurrence, j’aime aussi être sous-estimé ça me chauffe encore plus ! J’ai déjà toréé des vaches et des toros de Raphaël Chaubet, notamment lors du bolsin de Nîmes métropole. J’aime beaucoup cette ganaderia un peu nouvelle, ça sort enracé, ça exige. Le fer vient à Nîmes, les toros ont quelque chose à prouver, ça peut générer de belles surprises.

Une course parfaitement positionnée dans la feria et avec l’entrée libre, sympa !

Oui ! On a envie de bien faire, on doit prouver les choses, on doit aussi apporter de la fraîcheur. Nous allons être entre deux cartelazos, j’espère que les gens seront chauds et qu’ils auront envie de voir des toros et des toreros donc l’ambiance devrait être sympa. J’espère juste que les gens vont venir, c’est gratuit !

En travaillant, préparez-vous des faenas prêtes à l’emploi, employables pour tel ou tel toro ? Une sorte de routine taurine ?

Quand je torée de salon, j’essaie de faire des faenas que j’imagine dans ma tête pour pouvoir les reproduire à Alès, à Nîmes ou ailleurs. Tarascon a sorti ses cartels, Boujan-sur-Libron, quelques courses comme Riscles dans le Sud-Ouest… Au campo comme à l’entraînement de salon, j’essaie de faire des faenas que je pourrai refaire dans telles arènes ou devant telle ganaderia. Je travaille sur ça mais les animaux demandent autre chose. Et puis parfois il y a l’inspiration du moment, l’alchimie. Tout vient alors naturellement grâce au travail accompli et c’est ce que je recherche. Ça, c’est beau !

Valentin lors de la novillada sans picadors du Trophée Nimeño II en septembre dernier (Photo Anthony Maurin)
Valentin lors de la novillada sans picadors du Trophée Nimeño II en septembre dernier (Photo Anthony Maurin)

Cape ou muleta ?

Je ne sais pas… J’aime beaucoup toréer à la cape, la variété de quites et les possibilités d’entames de combat sont énormes. La cape, c’est important parce que c’est là que tu fais le toro, c’est ton premier lien avec lui. La muleta permet de montrer son toreo, de se rapprocher du toro, de dévoiler la puissance de sa tauromachie. Un muletazo puissant est aussi fort qu’une belle véronique.

Passe après passe, de la sortie du toril à l’arrastre, racontez-nous une brève faena !

On commence par des véroniques les pieds joints puis partir vers des véroniques normales mais attention, des véroniques de cartelazo. Une belle série de chicuelinas pour un quite, mains basses. Des tafalleras aussi ! Après ? Quelque chose d’important ! À la muleta, ce que j’aime, ça serait de commencer en statuaire. Faire les choses bien, prendre le temps, donner de l’espace au toro jusqu’à s’imposer pour finir dans la proximité, dans le berceau, dompter et dominer le toro. Je n’oublie pas, une belle mort, sincère, c’est très important mais quand tu as envie de le tuer tu le tues.

Que peut-on vous souhaiter en 2024 ?

Beaucoup de chance parce qu’il en faut ! Affronter des toros qui me permettent de m’exprimer, que le public soit là, que l’aficion vienne en étant un vrai et réel soutien. Que le public se lâche, qu’il soit peut-être moins strict avec nous. Que tout le travail et les sacrifices consentis payent ! J’aimerais une quinzaine de course cette année parce que j’envisage de passer en novillada piquée selon les opportunités en 2024 ou 2025. J’aimerais aussi toréer dans des endroits différents, y compris en Espagne.

Carte blanche ! Quelque chose à rajouter ?

Cette année je me sens très bien, avec moi-même et les gens. Il nous faut profiter de ces moments de fête autour du toro. Merci au CFT et à Christian Le Sur, merci à mon entourage, aux empresas qui font découvrir les jeunes, merci aux ganaderos, aux toros, aux aficionados… Mon but, je le dis car il est clair, je veux devenir matador de toro, être une figura et je suis prêt à tout pour ça ! Merci à mes parents, aux gens qui sont sincères avec moi, merci à mes amis d’entraînement qui sont tout aussi sincères avec moi.

Propos recueillis par Anthony Maurin

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