Publié il y a 1 h - Mise à jour le 16.07.2026 - Romain Fiore - 4 min  - vu 140 fois

AU BORD DES ROUTES Les secrets de la surprenante tour médiévale de Boucoiran-et-Nozières

Boucoiran

La tour du château domine le village de Boucoiran.

- Romain Fiore

Cet été, Objectif Gard part avec vous sur les routes du Gard, à la découverte de tous ces éléments qui aiguisent notre curiosité à quelques mètres du volant, mais que l'on ne prend jamais le temps de découvrir. Passage, ce jeudi, par Boucoiran-et-Nozières, sur la 2x2 voies entre Nîmes et Alès, à la découverte de la tour médiévale de Boucoiran, l'une des plus grandes tours du Gard, datant du XIVᵉ siècle et devenue un symbole de l'industrie du plomb dans les années 1950.

C'est l'un des monuments qui intrigue chaque conducteur lorsqu'il passe sur la 2x2 voies entre Alès et Nîmes : la tour médiévale de Boucoiran-et-Nozières, du haut de ses 40 mètres de hauteur. Si elle est communément datée du XIIᵉ siècle, elle est finalement plus tardive. Car si l'on se donne la peine de la regarder d'un peu plus près, cette construction monumentale, parfaite dans sa réalisation homogène et dans sa facture, présente un bossage aux bords très réguliers. Une telle réalisation était hors de portée du petit seigneur local, à genoux depuis la fin des hostilités qui marquèrent le milieu du XIIIᵉ siècle.

Boucoiran
La tour niché entre les arbres de la commune. • Romain Fiore

En réalité, les caractères de cet édifice sont ceux que portent les constructions réalisées à grands frais dans notre région par les complices de Philippe IV le Bel, Guillaume de Plaissians et Guillaume de Nogaret, tous deux grassement rémunérés pour leur rôle dans l'élimination des Templiers. Dès lors, il n'est pas possible de dater cette tour autrement que du début du XIVᵉ siècle, vraisemblablement autour de 1310, selon un extrait d'un article paru dans la revue Patrimoine 30.

Jean Jacques Vidal
Jean-Jacques Vidal, maire de Boucoiran-et-Nozières. • D.R.

Des informations croisées que l'on retrouve confirmées par le maire de la commune de 991 habitants, Jean-Jacques Vidal : « C'est un petit village avec une grande histoire, un habitat vieux de 700 ans, situé au centre de gravité du département. "Bouc" est un préfixe désignant un lieu boisé, qui signifie bosquet, et "ran" signifie le rocher en occitan. Littéralement, Boucoiran signifie donc "le bois sur le rocher". »

Une histoire de 700 ans

Une tour qui a donc été construite après le château du village, réalisé au XIIIᵉ siècle. Les matériaux ne sont d'ailleurs pas exactement les mêmes et des retouches ont été effectuées sur la façade. D'où cette datation du XIVᵉ siècle. Guillaume de Nogaret, personnage historique français, intervient notamment lors de l'attentat d'Anagni, où il fait prisonnier le pape Boniface VIII pour le contraindre à abdiquer. Puis Guillaume de Plaissians, jeune juriste ayant étudié à Montpellier avec Guillaume de Nogaret, reçoit Vézénobres en 1303 du royaume de France. En 1306, il obtient également des domaines comprenant Aigremont et Lédignan, avant d'acheter Boucoiran et ses environs à Raimond Pelet, seigneur d'Alès, le 18 mai 1308. C'est à partir de ce moment-là que la tour aurait été construite.

BOucoiran
Une illustration du cahteau de Boucoiran datant du XIXe siècle. • Romain Fiore

Ce modeste bourg de la Gardonnenque, méconnu, renferme pourtant un riche patrimoine historique. Depuis la Préhistoire, la vallée du Gardon constitue un axe de pénétration vers l'arrière-pays. Au XIIIᵉ siècle, sous l'appellation de « chemin de Régordane », elle devient l'une des voies majeures du royaume de France. C'est pourquoi cette tour carrée de près de 40 mètres de hauteur est aujourd'hui l'un des symboles de la région. Elle mesure extérieurement 7 mètres de côté, avec des murs de 2,50 mètres d'épaisseur. Si un espace habitable est aménagé au sommet de la tour, cette extension a été ajoutée dans les années 1950. À l'intérieur, la superficie n'est que de 4 m² et ne pouvait être destinée qu'à loger un corps de garde.

Une tour aux caractéristiques étroites

« Elle devait, semblablement, comporter en élévation quatre ou cinq étages où l'on pouvait mettre à l'abri des munitions ou des provisions. Seules quelques longues et étroites archères permettaient d'ajourer l'intérieur. Des planchers amovibles, supportés par des poutres de bois, séparaient les différents étages », mentionne Jean Salles, président d'honneur de la Fédération archéologique et historique du Gard, dans son ouvrage Géographie des monuments préhistoriques cévenols.

Boucoiran
Laa surprenante tour du château de Boucoiran qui du haut de ses 40 mètres, dominent le village.  • Romain Fiore

La partie supérieure a depuis été remplacée par une guérite vitrée servant à précipiter du métal fondu de très haut pour la fabrication des plombs de chasse. « La fabrication artisanale consiste à précipiter du haut d'une tour élevée du plomb en fusion, qui se solidifie en chutant dans une cuve d'eau », explique le maire de la commune. « Il faisait fondre du plomb dans des fours, puis le coulait dans des poêles percées de trous, qu'il fabriquait lui-même. Il mélangeait ensuite le plomb fondu à une substance secrète, un procédé chimique qui permettait au plomb, en tombant de la tour, de prendre la forme d'une bille plutôt que celle d'une goutte d'eau, la forme la plus aérodynamique. Ainsi, les billes atteignaient le fond de la tour intactes et tombaient dans un réservoir d'eau. Cette technique révolutionnaire a fait sa fortune, car peu d'usines en Europe produisaient du plomb de chasse à l'époque », raconte Jean-Jacques Vidal.

Une usine à plomb de chasseur

Une histoire de plomb qui se comprend grâce à un retour dans le passé. Alors que la tour venait d'être érigée au XIVᵉ siècle, la période était troublée et de nombreux mercenaires semaient l'agitation, jusqu'à ce que le condottiere (chef d'armée de mercenaires) Louis Grimaldi prenne Boucoiran en 1381. Originaire d'Italie, la famille Grimaldi s'empare une première fois de la tour. Plusieurs siècles plus tard, une autre famille italienne, les Colombi, s'installe dans la commune après la Seconde Guerre mondiale. En 1947, Giacomo Colombi, âgé de 24 ans, arrive en France avec sa jeune épouse. Au hasard de leurs voyages, ils découvrent la tour du château et décident d'acheter ces ruines. La famille entreprend alors la restauration du bâtiment et installe dans la tour l'ingénieux système de refroidissement qui permettra au minerai de plomb de devenir du plomb de chasse.

Boucoiran
Photo d'archive de Boucoiran et son château entouré de ses trois tours. • Romain Fiore

« Ils achètent le château pour une bouchée de pain. Le père, Giacomo, dit Jacques Colombi, travaillait avec son frère dans les armes et les munitions. Il disposait d'un procédé un peu particulier pour fabriquer des plombs de chasse et a eu l'idée de se servir de la tour », précise Jean-Jacques Vidal.

Le plomb de chasse Colombi sera produit jusqu'aux années 2000, avant que l'activité ne cesse après le décès de l'un des fils de Giacomo, Ricardo. Désormais, la tour demeure une propriété privée puisqu'elle appartient toujours à une fille de la famille Colombi. Si elle est régulièrement entretenue, elle ne remplit plus aucune fonction, ni publique ni privée. Un regret pour le maire, qui aimerait pouvoir l'utiliser comme symbole lors des festivités de la commune.

Boucoiran
La tour vue du bas. • Romain Fiore
boucoiran
La tour vue du bas. • Romain Fiore

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