Publié il y a 20 jours - Mise à jour le 24.05.2024 - François Desmeures - 4 min  - vu 6042 fois

FAIT DU JOUR À St-Hippolyte-du-Fort, avec leurs trois enfants, Miranda et Gurami sont menacés d'expulsion

Miranda et Gurami sont arrivés à Saint-Hippolyte-du-Fort en 2018, en provenance de Géorgie

- François Desmeures

En provenance de Géorgie et menacés par une mafia locale, Miranda et Gurami sont arrivés en 2018 en France, avec leurs deux enfants. Depuis, une petite fille est née à Alès mais leur demande d'asile a été rejetée. Ils ont reçu, ce mois-ci, une Obligation de quitter le terrritoire français (OQTF). Alors que leurs enfants ont grandi en France, ils souhaitent rester et sont soutenus par une grosse part du village, dont le maire. Un rassemblement de soutien aura lieu, ce matin, pendant le marché, afin d'influer sur les ultimes recours.

Miranda et Gurami sont arrivés à Saint-Hippolyte-du-Fort en 2018, en provenance de Géorgie • François Desmeures

Voulant empêcher un vol dans son usine, Gurami s'est défendu. Et a blessé à la jambe un petit baron d'une mafia géorgienne de Tbilissi, la capitale. C'est le début de l'engrenage pour Gurami et sa famille, qui reçoit régulièrement des menaces à partir de ce faits-divers, jusqu'à ce qu'on lui réclame une somme d'argent, en dollars, comme dédommagement. "Ils m'ont fait comprendre qu'ils connaissaient le nom et l'école de mes enfants", témoigne aujourd'hui Gurami dans un français soigné. On lui fait aussi comprendre qu'il ne doit pas parler de tout cela à la police. Et quand il s'épanche finalement auprès d'un représentant des forces de l'ordre, un mafieux lui débite le lendemain la teneur de sa déposition. 

Revenir dans son village pour se cacher, sous une adresse différente que la sienne, n'avait donc pas suffi. Gurami et sa compagne, Miranda, prennent la décision de s'exiler. Mais pour aller où ? "J'avais beaucoup de copains qui jouaient au rugby en France, explique Gurami. Ils m'ont incité à venir, en me disant "c'est un pays où tu peux trouver une solution". Gurami paie trois fois le prix pour obtenir des passeports rapidement, "en deux ou trois mois"

"Quand j'ai lu la devise du pays - liberté, égalité, fraternité - je n'ai pas réfléchi longtemps à pourquoi je voulais rester ici"

Gurami, immigré géorgien

Miranda et Gurami atterrissent à Palris, avec leurs deux enfants de 10 et 3 ans, le 13 mars 2018. "Quand j'ai lu la devise du pays - liberté, égalité, fraternité - je n'ai pas réfléchi longtemps à pourquoi je voulais rester ici", sourit Gurami. Une association les oriente vers Montpellier et la famille dépose une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). "Pendant un mois, on a vécu dans un hôtel trouvé par hasard, où on pouvait venir entre 23 heures et 7 heures." La famille change trois fois d'hôtel en six mois, avant d'être orientée vers Saint-Hippolyte-du-Fort par le CADA (centre d'accueil des demandeurs d'asile). 

Le couple s'attaque directement aux cours de français, que Miranda a validés par un diplôme de langue française, en 2022. Mais en juin, le couperet tombe : la demande d'asile est rejetée. Ils interjettent aussitôt appel. Mais celui-ci reçoit le même sort, en mars 2019, "sans audience", regrette Gurami, qui avait déjà constaté que la première demande, en 2018, avait été "mal traduite". Mais il n'a pas eu l'occasion de l'expliquer en appel, en l'absence de contradictoire. 

En essuyant ce refus, la famille doit quitter le logement attribué. "On a rencontré le collectif de Saint-Hippolyte qui s'occupe des réfugiés, s'accrochent alors Miranda et Gurami. Et aussi pas mal de gens, dont une dame d'origne géorgienne qui nous a hébergés pendant huit mois." C'est finalement le collectif qui leur trouve un appartement pour trois ans. Puis, un autre en 2023, parce que la famille s'est élargie : une troisième enfant est née en janvier, à Alès. Qui pourra demander la nationalité française à ses 18 ans... 

"Mon fils construit d'abord sa phrase en français, désormais, pour pouvoir parler géorgien"

En juillet 2023, la famille a finalement demandé un simple titre de séjour en préfecture de Nîmes, après plus de cinq ans sur le territoire. Sous la forme d'un dossier conséquent, prouvant l'autonomie financière du couple ; l'excellente scolarisation des enfants ; leur apprentissage avancé de la langue française ; leur engagement au sein d'une association de vente de produits culinaires, pour lui, et la création d'une chorale, pour elle. Bref, leur intégration réussie... Que la préfecture gardoise a balayé, début mai, d'un revers d'OQTF. 

"Ma fille aînée avait dix ans quand on a quitté la Géorgie, s'émeut Gurami. Pendant deux ans, elle a été très stressée ici. Mon fils construit d'abord sa phrase en français, désormais, pour pouvoir parler géorgien. On laisse quelqu'un habiter quelque part pendant six ans, pour finalement lui dire de partir... ?" Gurami et Miranda vivent de travaux payés en CESU (chèque emploi service universel), sont bénévoles dans des associations. Mais lui est comptable, elle biologiste et musicienne. Et ils ne peuvent absolument pas exercer leur profession sans papiers officiels. 

Une pétition à plus de 3 000 signatures

Une contestation de refus a été engagée par un avocat, comme une dernière chance. Un comité de soutien a lancé une pétition (*), qui a recueilli plus de 3 000 signatures, en ligne et sur papier. Le maire, Bruno Olivieri, s'en est mêlé en produisant une attestation de moralité, à l'intention du préfet du Gard, à propos de Miranda et Gurami. Un courrier cosigné par le maire, donc, son adjointe aux affaires sociales, ainsi que les conseillers départementaux du territoire, Hélène Meunier et Martin Delord. Le comité assure également voir le soutien d'une grande part des maires de la communauté de communes. Enfin, un recours grâcieux accompagné de la pétition, qui s'arrête le 2 juin, doit parvenir au préfet du Gard dans la foulée, pour accompagner le courrier municipal.

"Ce qui nous a donné le moral, ce sont les gens autour de nous." Les copines d'école de leur fille aînée, scolarisée à Alès, ont pourtant bien pleuré en apprenant le risque d'expulsion. Depuis l'OQTF, la famille évite de sortir, ne s'éloigne plus trop pour les rencontres de judo du garçon. Ce matin, c'est encore un peu de réconfort qu'ils devraient trouver sur le marché de Saint-Hippolyte-du-Fort, vers 11 heures, autour du stand culinaire de l'association Aïssi. En attendant mieux... 

(*) La pétition est à retrouver ici

François Desmeures

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