C'est une nouvelle page qui s'ouvre pour le commissaire de police François Toulouse. Le 30 juillet prochain aura lieu en mairie d'Arles son pot de départ marquant la fin de quatre années à la tête de la circonscription d'Arles, et comme chef d'un district (Arles, Tarascon, Beaucaire) un peu particulier, à cheval sur les Bouches-du-Rhône et le Gard. En septembre, il rejoindra la capitale gardoise pour devenir directeur interdépartemental de police nationale adjoint du Gard, et chef de la circonscription de Nîmes.
"Je ferai globalement le même travail qu'à Arles, mais à une échelle plus vaste. Ce qui va changer, c'est que depuis 2024, le directeur départemental a la main sur l'ensemble des filières de la police du département : les services de sécurité publique, la police judiciaire, le renseignement territorial, la police de l'air et des frontières." Soit au total un effectif d'environ 800 personnes, quatre fois plus que dans le district d'Arles.
"Je me souviendrai toujours de la mort du jeune Marwane"
À 56 ans, pour le commissaire natif de Toulouse (ça ne s'invente pas !), cette promotion est la conclusion d'un (déjà) long parcours depuis le DEA de droit, le concours d'officier de police en 1997, le poste aux Renseignements généraux à la préfecture de police de Paris pendant six ans, avant le passage du concours interne de commissaire en 2004. Chef de circonscription à Brive-la-Gaillarde en Corrèze de 2006 à 2008, il rejoint Avignon cette même année pour devenir chef du service de proximité voie publique, poste qu'il occupe jusqu'en 2013. Puis, il sera chef de la sûreté départementale de Vaucluse (spécialisé en enquêtes judiciaires) jusqu'en 2019, date à laquelle il obtient le grade de commissaire divisionnaire à Grenoble, où il aura 340 policiers sous ses ordres en tant que chef de la voie publique.
Son arrivée en 2022 à Arles se fait dans un climat tendu, sur fond de règlements de comptes, de luttes de territoires. "Arles, à cette période, n'est pas épargnée par les trafics de stupéfiants en lien avec les réseaux criminels de Marseille. La DZ Mafia et le clan Yoda s'affrontent pour gagner Arles, et les dealers locaux veulent conserver leurs territoires et leurs clients. Nous avons connu plusieurs homicides liés à ces guerres de gangs", se souvient-il.
Dans les trois quartiers prioritaires de la ville (Barriol, Trébon, Griffeuille), l'année 2022 est aussi marquée par le trafic, avec des points de deals sur l'espace public. "Je me souviendrai toujours, en juin 2022, de la mort du jeune Marwane, victime d'un tir de kalachnikov à Griffeuille, alors qu'il n'avait rien à voir avec le trafic de drogue." Les policiers arlésiens ont répliqué. Le commissaire a fait murer des passages, multiplié les opérations avec le concours de la PJ marseillaise pour démanteler les réseaux.
"Aujourd'hui le deal dans les cités n'a plus la visibilité d'alors. Le phénomène de narcolivraisons s'est développé, il est difficile à identifier, à réduire, mais il n'y a plus l'accaparement de l'espace public et commun dans les halls d'immeubles, ce qui permet une vie dans les quartiers bien meilleure qu'en 2022", constate François Toulouse. "C'est le retour que l'on a des groupes de partenariats opérationnels que l'on préside. Ils réunissent les bailleurs sociaux, les associations de quartier, l'Éducation nationale, les transporteurs publics, etc".
Baisse de la délinquance globale de 14 %
Autre motif de satisfaction, les bons chiffres de la délinquance sur Arles. "De 2022 à 2025, la délinquance globale a baissé de 14 %. La délinquance de voie publique de 32 %, les atteintes aux biens de 28 %. Mon regret, c'est la hausse de 13 % de la délinquance visant les personnes, qui s'explique souvent par des violences intra-familiales", précise le commissaire.
Pour lui, l'installation et l'élargissement par la Ville de la vidéoprotection ont été et restent une aide précieuse pour la police. Il salue l'effort de la mairie avec un centre de supervision urbain rénové, et 300 caméras. "La vidéoprotection ne suffit pas certes, mais c'est une source indispensable pour la résolution des enquêtes. Ça tient sur un PV et emporte souvent la décision du juge. La première des libertés, c'est la sécurité. Je n'ai jamais vu d'usage de la vidéoprotection pouvant porter atteinte aux libertés individuelles…"
Au terme de ces quatre années passées à Arles, François Toulouse évoque le colibri de la légende inspirant Pierre Rabhi, pionnier de l'agroécologie, poète et conteur. Le colibri qui apporte des gouttes d'eau pour éteindre un feu de forêt répond au tatou agacé par l'agitation de l'oiseau : "Je sais que ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que je vais éteindre le feu, mais je fais ma part…"
"Je dis toujours à mes équipes de se fixer un objectif raisonnable, une enquête bien bouclée, un travail propre. Après, il appartient à la justice de décider." Et pour conclure, le commissaire veut saluer les policiers avec qui il a travaillé à Arles, Tarascon et Beaucaire. "C'est bien sûr un travail d'équipe, peut-être plus ici encore qu'ailleurs. Nous sommes au bout des Bouches-du-Rhône et en cas de coup dur, on doit d'abord compter sur nous. Je quitte le 13 pour le 30, mais j'ai apprécié l'ambiance du département sur le plan professionnel, le management bienveillant pour les chefs de service. Dans un département compliqué, c'est un plus."
Pour l'instant, on ignore encore qui sera le nouveau commissaire d'Arles.