Il y a cinq ans et demi, Gilles Cloux retrouvait sa place aux Halles de Nîmes, aux côtés de son épouse Jessica. Un retour aux sources pour cet artisan boucher-charcutier, dont la carrière dans le métier s'étend sur près de 40 ans, dont 25 en tant qu'artisan.
Gilles et Jessica Cloux travaillent ensemble depuis 17 ans. Une organisation rodée, où chacun a son domaine et où les conseils circulent dans les deux sens, même si "il faut savoir ravaler sa salive de temps en temps". Une évolution du statut a par ailleurs sécurisé leur situation : autrefois conjointe collaboratrice, un statut qui ne donnait droit à aucune retraite après une vie de travail commun, Jessica est aujourd'hui associée à temps complet, un changement salué par le boucher comme une vraie avancée pour les couples de commerçants.
Mais avant, un peu d'histoire. Gilles Cloux a tout d'abord fait ses armes à Bellegarde avant de poser ses couteaux aux Halles de Nîmes, où il reprend le banc de boucherie Eden Bio et se spécialise dans le bio. Les affaires marchent fort, mais la vie professionnelle l'amène ensuite à quitter les Halles pour racheter une boucherie rue Espérandieu, où il restera onze ans aux côtés de son épouse, Jessica. Le couple finit par revenir aux Halles, un choix avant tout affectif : "Les Halles, ça me plaît, c'est mon truc", confie-t-il, évoquant une ambiance particulière, faite de nouvelles têtes chaque jour, entre habitués, passants et touristes.
Pour lui, ces Halles nîmoises n'ont pas d'équivalent : "Partout où je vais, à chaque fois, je vais voir les Halles quand il y en a. Les Halles de Nîmes sont nettement au-dessus de tout ce que j'ai vu aujourd'hui", assure l'artisan, qui reconnaît toutefois que certains aménagements mériteraient d'être rafraîchis.
Quant à Jessica Cloux, elle fête cette année ses vingt ans de métier. "J'ai également eu l'honneur d'être présidente des jurys d'examen (CAP et BP boucher) à la CMA du Gard, ainsi que vice-présidente du Syndicat des Bouchers pendant un an", sourit-elle. Une véritable histoire qu'elle tient de sa famille, puisque son père lui a transmis l'amour de la boucherie. Et au fil des années, de nombreux apprentis ont été formés par ses soins.
Spécialité
Repéré pour ses pâtés-croûte et les pâtés nîmois initiés par Jessica, Gilles Cloux a récemment élargi son activité. Depuis son retour de congés, il exploite enfin sa fourchette de boucherie obtenue en août 2025, jusque-là bloquée par une clause de non-concurrence avec son successeur de la rue Espérandieu. Il travaille désormais la viande de race Aubrac, l'agneau des Alpilles, le porc de la Crau et le veau du Sud-Ouest, et se rapproche actuellement d'un éleveur de Meynes pour proposer, d'ici un mois et demi à deux mois, du bœuf ultra-local. Un projet retardé par la sécheresse qui a repoussé l'arrivée des bêtes.
Sur le porc de la Crau, sans label mais de qualité selon lui, il assume un positionnement haut de gamme : "On touche une clientèle qui veut bien manger et qui est un peu moins regardante sur le prix. Donc on peut se permettre de faire des produits de qualité".
L'avenir des Halles
Élue en mars dernier, la nouvelle majorité municipale a placé Emmanuel Bois à l'adjoint aux Halles et au commerce. Gilles Cloux, qui le connaissait déjà en tant que client de ses précédents commerces, décrit des échanges réguliers et une personne "très facile d'accès, très ouverte à la discussion". Les commerçants attendent toutefois septembre pour en savoir davantage sur l'avenir des baux, la municipalité ayant annoncé vouloir étudier le dossier avant de se prononcer. Le maintien des Halles à leur emplacement actuel, assorti des travaux obligatoires, semble en revanche acquis.
Reste le sujet qui préoccupe les commerçants des Halles : le statut juridique de leurs baux. Gilles Cloux plaide pour un passage à des baux 3-6-9, comme dans le commerce classique, qui offriraient une réelle protection aux locataires. Un changement de statut qui aurait un sens économique, tant les investissements engagés sont lourds : lui-même a acheté son étal 43 000 euros, avant d'y injecter près de 100 000 euros de travaux (système froid, électricité, mise aux normes).
Sur la faisabilité juridique d'un tel dispositif, les avis divergent depuis la campagne des municipales. "Nous, le problème, c'est qu'on est bouchers, charcutiers, primeurs, fromagers. On n'est pas juriste", résume-t-il, se disant malgré tout confiant sur la volonté de la nouvelle équipe de préserver les Halles.