L’an dernier, certains sont arrivés à Saint-Bonnet-du-Gard sans rien connaître de la musique classique ni du tango. Les concerts, les découvertes, les bons produits et le bal, ils ont adoré ! Plus de 1 700 spectateurs ont ainsi trouvé le chemin de Nos jours heureux. Pour cette deuxième édition, Julie Fuchs garde l’esprit de village et affiche une ambition artistique particulière. La soprano avignonnaise chantera pour la première fois la Misatango, cette messe argentine en latin, trente ans après sa création, en présence de son auteur, Martín Palmeri. Le lendemain, Le Poème harmonique, avec qui la soprano française va enregistrer un disque, fera danser le baroque dans la prairie gardoise. Vendredi, la fin de Je te veux fera passer le public du concert au bal. Samedi, Saint-Bonnet prendra définitivement l’accent de Buenos Aires.
Objectif Gard : Qu’est-ce qui change pour cette deuxième édition de Nos jours heureux ?
Julie Fuchs : Cette année, il y a un jour de plus. Nous avons ajouté des cours de tango car, l’année dernière, nous avions proposé des initiations gratuites et il y avait beaucoup, beaucoup de monde. Cette fois, il y aura des cours pour les débutants, même pour ceux qui n’ont jamais dansé, puis d’autres pour les personnes qui ont déjà des bases. Nous avons aussi ajouté un vrai concert pour les familles le dimanche matin. Explorateurs de sons a été créé pour l’occasion par Nicolas Lafitte, l’une des grandes voix de France Musique.
Nous ouvrons également une Académie lyrique. Nous avons reçu beaucoup de candidatures et sélectionné quatre jeunes chanteurs extrêmement talentueux, qui commencent déjà à sortir du lot. Nous sommes très, très heureux de les avoir avant de ne plus pouvoir du tout les inviter.
Vous ouvrirez le festival par la Misatango. Pourquoi cette œuvre était-elle parfaite pour ce gala ?
C’est une messe en latin écrite par le compositeur argentin Martín Palmeri. Elle fête ses 30 ans cette année. C’est vraiment un grand classique du chant choral, notamment en France, une œuvre beaucoup chantée. Elle réunit parfaitement la musique tango et la musique classique. Elle est donc idéale pour le festival.
Nous faisons venir Martín Palmeri pour l’occasion. Il travaillera un peu avec le chœur, préparé principalement par Vincent Fuchs, puis participera au concert. Le gala permettra aussi de découvrir les jeunes chanteurs de l’Académie lyrique.
Vous insistez aussi sur la présence du Poème Harmonique jeudi soir. Pourquoi est-ce un événement ?
Le Poème Harmonique est quand même l’un des meilleurs ensembles baroques du monde. Il est demandé partout, extrêmement connu et ses disques sont écoutés depuis des générations. L’avoir à Saint-Bonnet-du-Gard, c’est exceptionnel.
Ses musiciens construisent toujours des programmes originaux, aux thématiques très fortes. Ils sont aussi particulièrement complices sur scène. Ils viendront dans une formation réduite pour Danza, un programme festif et intimiste consacré à la danse, en compagnie de la mezzo-soprano Isabelle Druet.
Vendredi, vous présenterez votre album Je te veux avant une grande soirée argentine samedi. Comment avez-vous imaginé ces deux rendez-vous ?
Pour Je te veux, nous ne reprenons pas exactement le programme du disque. Nous ajoutons de petites choses à la fin afin que les gens puissent déjà commencer à danser au terme du concert.
Le samedi, on plonge vraiment dans une soirée à Buenos Aires. Il y aura d’abord une performance réunissant des artistes issus de la danse contemporaine, qui pratiquent aussi le tango. Puis viendra la soirée argentine, avec l’ensemble Sin Vuelta, un jeune orchestre de tango très dynamique qui commence à beaucoup tourner en Europe. Joaquín et Camila Martínez danseront également au milieu du bal. Nous avons aussi beaucoup plus fourni le bar en empanadas, fromage de chèvre gardois, huile d’olive de Saint-Bonnet-du-Gard et vins d’Estézargues. Cela fait aussi partie de l’esprit du festival.
Vous voulez ouvrir le festival à tous les publics sans réduire l’exigence artistique. Pourquoi est-ce si important ?
Que l’on soit passionné de musique classique, de tango ou pas du tout, il y en a pour tout le monde. L’année dernière, des gens m’ont expliqué qu’ils ne connaissaient ni la musique classique ni le tango, mais qu’ils avaient passé une très bonne soirée. Ils avaient découvert des choses, mangé de bons produits et bu de bons vins. Le festival a vraiment été créé pour que tout le monde se sente chez soi.
Il faut néanmoins conserver l’exigence et la qualité artistiques. Souvent, quand on parle d’une culture pour tous, les projets proposés dans les écoles ou les prisons sont réalisés avec un peu moins d’effort. Cela ne me plaît pas du tout. Il faut toujours offrir le meilleur, et encore plus au public qui n’a pas l’habitude de cette musique.
Après le festival, comment se dessine votre prochaine saison ?
Ma saison reprendra à Berlin dans L’elisir d’amore (Donizetti), puis à Hambourg dans Il turco in Italia de Rossini, mon grand amour. Ensuite, Magdalena va beaucoup tourner. Le spectacle passera notamment par l’Opéra Grand Avignon et le Théâtre de Nîmes en février et mars. C’est un projet très atypique, très fort, qui réunit le théâtre et la musique. Je retournerai aussi au Festival Rossini de Pesaro et je poursuivrai la tournée de Je te veux.
Infos pratiques. Festival Nos jours heureux, du 19 au 23 août à Saint-Bonnet-du-Gard. Concerts de 10 à 24 euros, gratuité pour les moins de 26 ans. www.festivalnosjoursheureux.fr