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Publié il y a 7 mois - Mise à jour le 18.04.2022 - stephanie-marin - 3 min  - vu 905 fois

FAIT DU SOIR Le sombre constat des Mille Couleurs en matière de recrutement

Jean-Paul Sposito, président du centre social Les Mille Couleurs accompagné de son directeur Raouf Azzouz et de Hayat Ichrak, bénévole, membre du bureau et du conseil d'administration. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Face aux difficultés de recrutement, l'association nîmoise Les Mille Couleurs, agréée centre social par la Caisse d'allocations familiales du Gard depuis le 1er juillet 2019, est contrainte de jouer aux chaises musicales avec ses salariés et de solliciter davantage ses bénévoles ainsi que ses apprentis pour mener à bien ses missions.

Raouf Azzouz, le directeur du centre social Les Mille Couleurs a attendu plusieurs semaines de recevoir une réponse à l'offre d'emploi largement diffusée sur les réseaux spécialisés. En vain. "Il s'agit d'un poste d'animateur-coordinateur enfance-jeunesse en CDI et à temps plein pour un salaire brut mensuel de 1 770€", précise-t-il. Une offre parmi d'autres qui, il y a quelques années, aurait reçu une vingtaine de candidatures.

Mais à présent, l'association d’éducation populaire installée dans le quartier de Pissevin à Nîmes, est contrainte de bouger les lignes de son organigramme en interne ou de solliciter davantage ses bénévoles et ses apprentis pour accomplir ses missions. "L'Éducation populaire a eu ses heures de gloire, mais aujourd'hui et alors que les besoins de la population sont de plus en plus nombreux, l'équipe se réduit", constate Raouf Azzouz, amer. Pour rappel, l'association Les Mille Couleurs créée en 1995, mène différentes actions dans les domaines de l’éducation, de la médiation sociale, culturelle, numérique, et de la jeunesse.

Plusieurs facteurs expliqueraient cette situation. Le directeur et son président, Jean-Paul Sposito, évoquent d'abord la crise sanitaire et son impact sur le comportement des personnes. "On sent qu'elles veulent vivre et travailler autrement, qu'elles ne veulent plus faire de concessions quitte à disparaître du jour au lendemain. On a également un taux très important d'absentéisme", attestent-ils. D'autre part, dans une enquête menée au mois d'octobre 2021, l'organisation professionnelle Hexopée et le Fonds de coopération de la jeunesse de l'éducation populaire (FONJEP) soulignent le manque de qualification des candidats et d'accessibilité aux formations professionnelles, des amplitudes horaires importantes, un recours fréquent au temps partiel et des niveaux de rémunération peu attractifs.

Plusieurs structures associatives sollicitées

"Nous aimerions proposer une meilleure rémunération mais d'une année à l'autre les subventions peuvent changer et nous avons des charges à assumer(*)", indique le directeur du centre social. Dans un autre registre, il pointe également du doigt les locaux inconfortables, inadaptés et peu flatteurs de l'association, un autre point noir mettant un frein à l'embauche. "Les Mille Couleurs, les habitants méritent mieux. Ce que nous avons là n'est pas à la hauteur du projet global mené par le centre social" lance-t-il à l'adresse des acteurs du projet de rénovation urbaine à Pissevin.

Ceci étant dit, reste à savoir si la situation des Mille Couleurs en matière de recrutement, est un cas isolé ou généralisé. Pour répondre à cette question, Jean-Paul Sposito a sollicité l'avis de nombreuses structures associatives. "L'objectif est de savoir si notre préoccupation est partagée et de connaître leurs analyses", explique-t-il. Les avis reçus seront ensuite communiqués "aux fédérations et groupements compétents afin de déclencher la concertation susceptible de donner naissance à une action concertée pour faire émerger d’éventuelles solutions adaptées."

La première tournée du triporteur de l'association Les Mille Couleurs aura lieu dès le début du mois de mai. (Photo : S.Ma/ObjectifGard)

Dans la conclusion de leur enquête, Hexopée et le FONSEP ont d'ores et déjà fait émerger quelques pistes de réflexion parmi lesquelles un contrat de réciprocité entre l'État, l'éducation formelle, les collectivités territoriales et les structures de l'Éducation populaire, "qui puisse garantir la mise sur pieds d'un modèle économique et social pérenne". Cela passe notamment par des engagements pluriannuels ainsi que la clarification du "recours aux marchés publics en y incluant des clauses sociales respectueuses des conditions d'emploi et de travail".  Il est également demandé de "favoriser des modes de contractualisation ou de subventions publiques qui sortent des logiques de marché et favorisent la participation des associations et des habitants à leur élaboration."

L'équipe des Mille Couleurs insiste sur l'urgence de la situation d'autant que malgré la pénurie de salariés, les projets continuent d'avancer. "Il n'est pas question d'abandonner les habitants du quartier", martèle Raouf Azzouz. L'association a reçu, suite à un appel à projets lancé par l'État dans le cadre du plan France relance, un triporteur électrique. Équipé d'outils numériques, l'engin piloté par un salarié des Mille Couleurs, circulera un peu partout dans le quartier et notamment dans les endroits isolés. "L'enjeu, c'est d'aller voir les invisibles, d'aller vers ceux qui ne croient plus au monde associatif, tout en luttant bien sûr contre la fracture numérique", ajoute le directeur. Une nouvelle action qui nécessitera des bras et des jambes supplémentaires... On en revient au même problème. À noter que l'association propose entre autres, deux postes pour l'animation des ateliers sociolinguistiques et un poste pour la médiation sociale et culturelle.

Stéphanie Marin  

*En 2021, le montant des charges s'élevait à 554 580€ contre 515 241€ en 2020. Les subventions quant à elles atteignaient les 590 217€ en 2021, 543 629€ en 2020.

Stéphanie Marin

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