L'opposition à la création d'une ligne très haute tension sur 65 km entre Jonquières-Saint-Vincent dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône s'invite dans la campagne des élections municipales à Arles. La majorité des candidats se sont exprimés depuis longtemps. Ils sont contre le projet d'une ligne aérienne qui défigurerait le paysage avec des pylônes de plus de 60 mètres de haut, mangerait des terres agricoles, empiéterait sur les zones naturelles et remarquables. L'alternative serait d'enfouir les câbles. Un projet beaucoup plus coûteux pour RTE, mais qui permettrait de décarboner la zone de Fos-sur-Mer sans défigurer la Crau et la Camargue. Une liste va plus loin dans son programme : "Arles populaire, digne et solidaire", qui comprend de nombreux militants d'associations écologistes. Elle refuse toute création de ligne très haute tension, qu'elle soit aérienne ou enterrée, et s'en est expliquée mercredi à son local de campagne.
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Virginie Maris, candidate de la liste menée par Jecilla Regad et membre de Changeons d'avenir, l'affirme: "La ligne THT aérienne serait une balafre dans le paysage, avec un impact écologique mais aussi socio-économique, ne serait-ce que pour le tourisme. Le projet d'une ligne enfouie, il ne faut pas se voiler la face, serait aussi impactant sur les milieux. Nous ne nous plaçons pas dans la perspective hypocrite de nous dire : on veut toujours plus d'électricité, mais pas dans notre jardin. Nous affirmons qu'il faut stopper cette fuite en avant de la course à la consommation électrique."
"1200 MW suffisent pour décarboner Fos"
Les membres de la liste ont regardé de près les besoins. Ils comprennent bien la nécessité de décarboner Fos, de prendre en considération les risques pour la santé des habitants et des travailleurs de la zone portuaire et industrielle avec une prévalence de cancers bien supérieure à la moyenne nationale (10,6 % contre 6 %). "Mais sur les 7 000 MW estimés comme besoin par RTE et l'Etat, 1 200 servent pour décarboner l'existant, 1 200 sont prévus pour alimenter les data centers, 2 000 MW pour des sites à venir clés en main, et 1 900 MW pour la filière hydrogène. Une promesse de décarbonation des transports de marchandises induisant que les camions puissent rouler à l'hydrogène et pas au gasoil. Une technologie incertaine selon nous qui présuppose la poursuite du transport de marchandises par la route".
Virginie Maris poursuit son raisonnement. "Dans ces 7 000 MW on peut amener 2 000 MW par voie enterrée sur des techniques que RTE maîtrise et qui suffiraient à l'horizon 2030 pour la décarbonation de Fos, tout en s'inscrivant dans une relocalisation sobre de l'industrie". En clair : il est possible de renforcer les lignes enterrées existantes, sans avoir besoin d'en créer de nouvelles.
Ceci d'autant plus que d'autres sources d'énergies doivent se développer sur Fos dans les années à venir. Le parc éolien offshore au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône est amené à prendre de l'ampleur et serait susceptible d'apporter une part de l'énergie dont aurait besoin le bassin industriel.
La liste "Arles populaire, digne, et solidaire" s'oppose aussi à la THT dans l'air ou dans le sol "car elle alimente un mode de vie, de croissance, déconnecté de l'urgence économique et humaine. Une part importante de l'énergie transportée servirait à l'alimentation de data centers. Nous ne voulons pas sacrifier notre territoire pour cette évolution de rapport à l'humain que nous dénonçons par ailleurs".