Une sordide affaire de violences sexuelles incestueuses est arrivée à la barre du tribunal correctionnel de Nîmes, ce jeudi 5 mars 2026. Une jeune adolescente, aujourd’hui âgée de 16 ans, a raconté le calvaire que lui a fait subir son père, entre ses 3 et ses 9 ans. Son bourreau, prénommé Richard, est renvoyé devant le tribunal correctionnel pour ces faits. Pourtant, il ne s’est pas présenté à l’audience. C’est par le biais de sa sœur que Clarisse*, la jeune victime, a brisé le silence sur ces années de sévices sexuels. Prévenue par sa fille aînée, la mère de la jeune victime a porté plainte contre son ex-compagnon en octobre 2019. Date où cette histoire a enfin éclaté au grand jour. « Il m’a dit que si je parlais, Dieu allait me punir », explique Clarisse à la barre. « Quand on est petit, on croit ces choses-là », ajoute-t-elle avec émotion.
Présente à l’audience, la mère de la victime a expliqué confier ses enfants à son ex-compagnon une fois par mois au moment des faits. C’est à cette occasion que l’homme d’une trentaine d’années aurait agressé sexuellement sa fille. « J’emmenais mes enfants à l’abattoir », se désole cette mère de famille, dévastée par les sévices subis par sa fille. Pour faciliter ses agissements dévastateurs, le trentenaire dormait dans le même lit que Clarisse, sa plus grande sœur Sophie* et son petit frère Sébastien*. Le grand frère, lui, héritait du matelas pneumatique installé au sol. « Elle dormait contre le mur, elle ne pouvait pas bouger, peuchère », décrit Sophie lors de son audition devant les enquêteurs. Caresses au niveau du sexe de l’enfant, voire pénétrations digitales : l’homme se serait rendu coupable de faits d'agressions sexuelles et de viols, notamment sur sa petite fille. Clarisse décrit également s’être réveillée à plusieurs reprises avec le sexe de son père au niveau de son visage. Des scènes traumatiques, lui ayant déclenché des crises de larmes.
Une autre victime
La petite Clarisse ne serait d’ailleurs pas la seule à avoir subi les dérives de son père. En 2018, une autre plainte avait déjà été déposée contre le trentenaire pour des faits relevant de l’agression sexuelle. C’est alors Maurine*, la cousine du prévenu, qui a dénoncé avoir fait l’objet de caresses au niveau des fesses et d’avoir été embrassée de force par le prévenu, le tout dans son sommeil. Ce n’est qu’après une vingtaine de jours sans manger correctement et étant soumise à des nausées que Maurine a été convaincue de porter plainte. Apeurée à l’idée de devoir affronter Richard, elle n’a pas eu la force d’être présente à l’audience, selon son avocate, maître Agathe De Batz. D’autant que la pression familiale est intense : « Pendant des années, on lui a dit qu’elle mentait », ajoute-t-elle. « Il y a une omerta dans cette famille », souligne maître Lauriane Dillenseger, intervenant pour les intérêts de Clarisse.
« Je garde des séquelles de tout ce qu’il a fait et j’en garderai toute ma vie. Je commence à guérir, mais j’attends que justice soit faite, pour moi et pour les autres », a courageusement dit l’adolescente victime, inquiète que de nouvelles jeunes filles puissent tomber entre les mains de celui qu’elle appelle son « géniteur ». Malgré ces horribles faits, le prévenu est toujours dans la nature. Une réalité déplorée par Jérôme Reynes, président à l’audience, face à « une procédure où il y a eu beaucoup trop de pertes de temps ». Allégation à laquelle se joint le ministère public, représenté par Charlotte Cerna.
« On peut difficilement faire plus grave »
Absent et sans représentation, Richard est jugé par défaut. Une posture de prévenu qu’il a déjà occupée à de maintes reprises, au vu de son casier judiciaire. Connu de la justice, il attend d’être jugé dans une affaire de proxénétisme de mineurs de moins de 15 ans et de personnes d’une particulière vulnérabilité. « On peut difficilement faire plus grave en matière correctionnelle », souligne la procureure, revenant aux faits du jour. Effarée par la gravité des sévices et les nombreux éléments du dossier, Charlotte Cerna, représentant le ministère public, a requis 10 ans d’emprisonnement à l’encontre du prévenu.
Après délibération, le tribunal l’a déclaré coupable des faits lui étant reprochés. Égalant les réquisitions de la procureure, Richard a été condamné à 10 ans d’emprisonnement délictuel, dont les deux tiers de sûreté. Un mandat d’arrêt est décerné à son encontre. À l’issue, il fera l’objet d’un suivi socio-judiciaire pendant 5 ans. En cas d’irrespect, il encourt 3 ans d’emprisonnement supplémentaires. À compter de ce jugement, il est également soumis à l’interdiction définitive d’exercer une activité professionnelle ou bénévole avec des mineurs et se voit retirer l’autorité parentale sur ses deux derniers enfants. Son inscription au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles (Fijais) est aussi annoncée par Jérôme Reynes.
*Les prénoms des victimes mineures ont été modifiés, dans le but de préserver leur anonymat.