Dans la salle du conseil, la vie municipale continue. Ce vendredi matin, une réunion rassemble commune, communauté de communes, Parc national des Cévennes et autres Natura 2000 autour de l'ABC de la biodiversité de Trèves. L'élue et chevrière Émilie Leroy les rejoint, saluant au passage, à l'accueil, trois élus sortants en discussion : Sarah Peltier, son compagnon et premier adjoint Philippe Soler, et le maire, Régis Valgalier.
Émilie Leroy est prête à faire partie de la liste. Mais ce matin, ce n'est pas de noms qu'on discute - selon les élus, le nombre, soit neuf personnes au moins, y sera - plutôt de la façon de gérer la municipalité. Et de l'image renvoyée par Trèves, seule commune du Gard sans postulant(e), sans que ce soit réellement une conséquence de la réforme du vote pour les élections municipales dans les communes de moins de 1 000 habitants. Et alors même que le village ne manque ni de dynamisme ni de vie, pour un territoire aussi reculé dans le Trévezel, portion gardoise souvent oubliée, voire assimilée à l'Aveyron.
"En janvier, il y avait des points bloquants. Et il faut qu'ils se débloquent"
Installé avec compagne et enfants depuis 2019, Philippe Soler tient absolument à casser l'impression de mésentente villageoise que laisse penser l'absence de liste. "On est différents de l'image du village isolé dans la ruralité, explique l'entrepreneur (relire ici). On a un camping rentable, on mène la rénovation des bâtiments publics, on compte 26 entreprises et artisans, des investisseurs privés sont arrivés récemment." Une brasserie est en train d'être construite et un charpentier s'est installé il y a peu. Pas mal pour un village d'environ 130 âmes.
Pour le maire sortant, Régis Valgalier, forcément déçu, la parité devenue obligatoire pour les communes de moins de 1 000 habitants a créé un problème. "La parité difficile, ce n'est pas un argument", le reprend Sarah Peltier, qui rappelle qu'une liste avait été montée dès janvier. Mais que la discussion avec le maire avait été difficile. "Je suis difficile, peut-être", concède Régis Valgalier. "En janvier, il y avait des points bloquants. Et il faut qu'ils se débloquent", tranche Philippe Soler.
Entre le maire et son premier adjoint, l'analyse n'est pas toujours à l'unisson. Régis Valgalier déplore les plus de 25 % de résidences secondaires - quand certains villages du Pays viganais ont déjà dépassé les 50 % - qui ne font pas vivre le village. Philippe Soler note que le conseil municipal sortant mélangeait résidents permanents et secondaires. "Et certains résidents secondaires sont plus impliqués que des résidents à l'année." Tout en reconnaissant qu'être élu demande "de plus en plus d'engagement".
"Par exemple, le camping est ouvert de début avril au 31 octobre, avec une employée embauchée seulement pour les deux mois d'été, détaille le premier adjoint sortant. Le reste du temps, cela demande une implication de la part de tout le monde. Quand on est actif, avec de jeunes enfants, ça peut représenter des difficultés d'organisation." Quand Régis Valgalier donne, lui, l'exemple des animations d'été, qu'il faut aider à "monter et démonter", et parfois pour un public restreint...
"À Trèves, on retombe toujours sur nos pattes"
"C'est important d'aller à la communauté de communes ou au PETR (pôle d'équilibre territorial et rural, NDLR), résume Philippe Soler. Mais si on a sorti un bénéfice du camping, ce n'est pas forcément grâce à l'office de tourisme. Il faut vraiment se recentrer sur le village, l'existant. Et moins courir après les organismes et les institutions dont l'impact est moins important." Les distances qu'imposent les conseils communautaires ou les réunions de Causse-Aigoual-Cévennes, sur un territoire montagneux, représentent déjà souvent des périples.
Philippe Soler insiste, d'ailleurs, sur les nombreux atouts locaux. "Tout n'est pas parfait, mais si on regarde notre budget et si on le développe un peu, on a un territoire qui peut être autonome : l'eau et l'assainissement ont été refaits à neuf il y a dix ans. On a un village cévenol qui ne peut pas grandir, mais on a de quoi s'alimenter, avec des producteurs de céréales, de viande, des chevriers, etc., des sources d'eau, et 15 enfants sur 137 habitants ! L'an dernier, le premier trail du Trévezel (*) a été un très bel événement, ça a apporté une autre image de Trèves et lié les villages. Les créateurs du trail sont à Nîmes, mais ça représente six mois de préparation ici !"
"À Trèves, on retombe toujours sur nos pattes, galvanise Philippe Soler. Et on est plus beaux à chaque fois. Il y a une résilience forte dans notre village. Mais ce n'est pas le hasard, c'est le fruit de l'implication du maire et des habitants." Une implication qui se voit dans les discussions animées, même si les élus du jour ne sont pas certains de repartir sur une liste, tous les deux ou seuls. "Mais on est tous d'accord pour atteindre l'objectif qu'il y ait une liste, poursuit Philippe Soler, approuvé par Régis Valgalier. La liste qui sortira sera sans doute plus concernée par le village, et moins par l'extérieur. Mais comme dans un gouvernement, il faut des compromis. On ne peut pas être tous d'accord avec Régis." "Et je ne suis pas, non plus, d'accord avec tout le monde !", tonne le maire sortant.
"On veut être le phare ouest des Cévennes"
"On est loin de la ruralité figée, on veut être le phare ouest des Cévennes, sourit le premier adjoint sortant, malgré notre isolement." En attendant, le budget de la commune sera bien voté jeudi prochain, avec un dossier important qui porte sur le projet de rénovation de la place Neuve. Après, le 23 mars, la commune sera mise sous tutelle de la préfecture, pour trois mois. "Si tout va bien, ensuite, on aura un mois pour organiser les élections", précise Régis Valgalier. Puis, commencera le vrai travail communal...
(*) Le prochain sera le 25 avril.