Dans cette « ville sinistrée », selon les termes du délégué départemental du RN Yoann Gillet, « une ville d’où on veut partir », selon Pascale Bordes elle-même, « une ville en voie d’endormissement terminal », selon Marine Le Pen, que le parti d’extrême droite convoite toutefois ardemment. « Dans le Gard, nous avons 11 listes, 10 RN et une soutenue par le RN, avec des chances extrêmement sérieuses de victoire, pose Marine Le Pen. C’est le cas pour Bagnols, mais pas seulement, il y a Vauvert, Beaucaire où c’est presque une certitude, et d’autres villes comme Nîmes, Jonquières-Saint-Vincent ou Vergèze. »
Bagnols est donc tout en haut des cibles du RN, qui prend en exemple les villes qu’il gère pour convaincre les électeurs. Ainsi, Pascale Bordes citera, dans l’exposé de son programme, Beaucaire en « modèle », au moins pour la « revitalisation commerciale », et Marine Le Pen dira en introduction que « Bagnols (lui) fait penser à Hénin-Beaumont », ville prise par son lieutenant Steeve Briois en 2014. « Et quand je vois ce qu’était Hénin-Beaumont et ce qu’elle est devenue, je me dis que Bagnols peut suivre la même voie », poursuit-elle.
Avec un point commun entre la ville gardoise et celle du Pas-de-Calais selon elle : « 18 ans de déni socialiste, comme ils n’ont pas de solution aux problèmes, la meilleure solution est de dire qu’il n’y en a pas. » Et Marine Le Pen de dénoncer, entre autres, « les choix idéologiques de la municipalité actuelle qui ne les pousse pas à profiter du développement de la filière nucléaire car idéologiquement, ils sont contre », alors que le maire sortant Jean-Yves Chapelet a fait toute sa carrière professionnelle au CEA et ne peut pas être accusé d’être un anti-nucléaire. Qu’à cela ne tienne, elle promet qu’avec Pascale Bordes, « ce ne sera pas du tout le cas ». Soit.
Sa candidate, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale la chouchoute : « J’ai toute confiance en elle », « elle a fait des miracles à l’Assemblée, elle en fera pour sa ville », notamment sur les grandes priorités du RN. « D’abord la sécurité », commence Marine Le Pen, qui estime que le maire « a des moyens pour lutter contre le narcotrafic et contre le blanchiment, ces faux commerces sans client, mais avec un chiffre d’affaires. » Autres priorités : « la protection de la propriété privée », « la lutte contre le communautarisme, qui avance dans les communes, pour des raisons électoralistes, certains maires ferment les yeux », « la bonne gestion de l’argent public, on peut dépenser moins pour dépenser mieux et taxer moins », et « l’attractivité, en valorisant le patrimoine culturel, en organisant des moments où la population peut se réunir ».
« Soit on gagne, soit on gagne »
Pour gagner, le RN mise surtout sur son implantation locale, bien entamée dans un département où l’extrême droite a raflé six sièges de députés sur six en 2024, mais encore limitée au niveau municipal, une élection qui lui réussit historiquement moins que les scrutins nationaux. « Nous espérons beaucoup de ces élections, c’est un travail de long terme », affirme Marine Le Pen, qui estime que « quand les habitants ne pouvaient pas rencontrer des élus RN, ils pouvaient croire aux fadaises de nos adversaires. Aujourd’hui, ils ont la possibilité de le faire, et ça change absolument tout. »
Alors à Bagnols comme dans de nombreuses villes — le RN a déposé « plus de 750 listes, près de deux fois plus qu’aux précédentes municipales », précise-t-elle — le RN joue désormais la gagne. Mais pas que : « Soit on gagne, soit on gagne, théorise Marine Le Pen. Soit on a gagné et on a un maire, soit on gagne car on a des conseillers municipaux qui vont travailler pendant six ans pour aspirer à devenir maires. » Et aussi occuper des sièges dans les intercommunalités, ce qui pourrait, par exemple, permettre au RN de prendre la présidence de la Communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence.
Surtout, le RN vise clairement, par le truchement des municipales, les sénatoriales. Les sénateurs étant élus par des grands électeurs, dont les élus municipaux forment le gros des troupes, et les sénatoriales arrivant en septembre prochain dans 63 circonscriptions, dont le Gard et ses trois sièges. Des sièges actuellement occupés par Les Républicains (Laurent Burgoa et Vivette Lopez) et le Parti socialiste (Denis Bouad).
« C’est le deuxième effet Kiss Cool, confirme Marine Le Pen. Notre espérance est d’avoir un groupe au Sénat », et donc de passer des trois sénateurs RN actuels à au moins dix sénateurs, le seuil permettant de former un groupe à la chambre haute. « Pour ça il nous faut un maximum d’élus municipaux, poursuit-elle, il est certain que nous allons augmenter de façon spectaculaire notre nombre de conseillers municipaux, et dans certains départements nous avons tout lieu d’espérer l’élection d’un ou deux sénateurs. » Dans le Gard notamment, ce « troisième tour » devra être suivi de près.