Voilà de nombreux mois maintenant que les agriculteurs français souffrent. Complexifications liées aux normes, difficultés à se payer convenablement ou encore traités de libre-échange (Mercosur), la grogne ne cesse de monter et de s'amplifier. Aujourd'hui la coupe est plus que pleine, et les revendications sont nombreuses. "On en a marre des mesures conjoncturelles, on veut des mesures structurelles. On a obtenu des choses, mais ça n'a pas changé sur le fond", annonce en préambule le président de la FDSEA David Seve.
La principale peur des agriculteurs concerne le revenu. Si l'opposition au Mercosur restera toujours d'actualité, la proposition de taxe sur l'engrais ne passe pas non plus. "Même si elle était officialisée, on désobéira et on ne la payera pas !", martèle le président, qui espère que le plan viticole promis par la ministre Annie Genevard sera appliqué très vite, en raison de la situation.
L'arrêt de l'interdiction des produits phytosanitaires sans solution, notamment sur les fruits et légumes, est demandé, "surtout que l'on nous importe des produits avec des produits interdits", ajoute David Seve. Les mobilisés demandent également la revalorisation du prix des céréales. "Aujourd'hui les surfaces ont été divisées par cinq, ce qui les a remplacé ce sont des frîches". Le combat sera jusqu'au bout.
De son côté, le mouvement des Jeunes Agriculteurs acquièce et se joint à la bataille. "Il va vraiment falloir que les actes se fassent rapidement. Comment voulez-vous que sans rentabilité nous ayons de la production ? Et que sans la production nous ayons une souveraineté alimentaire dont on nous parle sans arrêt actuellement ? Que des jeunes gardent espoir quand on a des emprunts sur 15 ou 20 ans ? Ça ne peut plus durer, lance son président Romain Angelras.
Les trois centrales d'achat du coin sont bloquées (Carrefour, Prosol (groupe Grand Frais) et Auchan) dans un but symbolique : filtrer les camions qui livrent, vérifier les papiers et laisser entrer seulement les produits français. "On ne veut pas que l'on importe l'agriculture qu'on nous somme de ne pas faire chez nous", justifie le président des JA30.
Cette action veut être tenue jusqu'à demain, dernier jour où les syndicats nationaux seront reçus à Paris (Jeunes Agriculteurs et Coordination Rurale ce lundi, FNSEA et Confédération Paysanne ce mardi). À l'issue de ces rencontres, ils espèrent que leurs voix sera entendues, auquel cas le durcissement de la mobilisation sera envisagé.
"Si l'agriculture disparaît, les gens ne viendront plus"
"On nous endort, on nous promet de belles choses et rien n'avance. Tant que ça ne bougera pas on sera là pour faire pressing. On cherche seulement le confort de travail et vivre de notre métier", évoque Augustin Beukmann, exploitant agricole sur Gajan, qui fait le lien avec le tourisme. "Si l'agriculture meurt, les paysages vont mourir, il ne restera que des frîches. Si demain on va à la montagne et qu'il n'y a plus d'élevage, il n'y aura plus de terres entretenues. On a un très beau pays avec beaucoup de beaux monuments et une belle histoire. Si tout ça disparaît, les gens ne viendront plus".
"Si on continue dans cette direction, l'élevage sera terminé. Si le Mercosur est signé, l'Europe aura la main mise sur toute l'agriculture européenne", s'inquiète l'entrepreneur. "J'ai 25 ans, et à mon âge je n'ai plus envie de travailler en France. Alors où ça bouge, où ça va finir par exploser et ce sera sûrement très grave", assure-t-il avec émotion. Et comme d'autres, le jeune travailleur veut continuer à faire vivre le pays.