« Il y a eu un séisme dimanche, avec des répliques lundi, et EDF a pris la décision de déployer la FARN de manière préventive, mais d’autres secousses arrivent, les routes sont endommagées, il y a un risque de débordement et le site a une perte de source froide et d’électricité », explique Olivier Leroux, directeur de la Direction de crise d’EDF et patron de la FARN. Tel est le scénario de cet exercice, qui mobilise 80 équipiers, 22 véhicules et 2 barges depuis lundi et ce jusqu’à vendredi.
Pour cet exercice, la FARN va devoir assurer le refroidissement du combustible et assurer l’approvisionnement en électricité de la centrale pour éviter un scénario à la Fukushima, quand le tsunami qui a suivi un séisme au large du Japon a provoqué une perte d’alimentation en eau et en électricité pour refroidir le coeur du réacteur, avec les conséquences que l’on sait. « Si on est capable d’amener l’eau et l’électricité rapidement, on peut garder l’incident au plus bas niveau », affirme Olivier Leroux.
« Nous sommes capables d’aller chercher l’eau à 17 kilomètres »
La FARN a été créée par EDF après Fukushima, parmi d’autres mesures visant à éviter que le scénario japonais ne connaisse un jour un remake français. « Elle a été pensée en 2011, nous sommes partis d’une feuille blanche, car il n’y a pas d’autre modèle dans le monde », poursuit-il. La FARN est opérationnelle depuis 2016 et compte environ 300 équipiers répartis sur quatre bases régionales : Bugey, Civaux, Dampierre et Paluel. Ses membres sont « des salariés du nucléaire, c’est un choix de l’entreprise de prendre parmi ses salariés des équipiers capables d’intervenir, qui travaillent 50 % de leur temps à la centrale et 50 % pour la FARN », présente Olivier Leroux. Des salariés formés à la gestion opérationnelle de crise, à qui EDF fait passer des permis poids-lourds si nécessaire.
Prêts à « intervenir en moins de 24 heures à partir du déclenchement de l’alerte, les colonnes quittent leur base régionale dans l’heure », détaille-t-il. Avec un principe : l’autonomie. « Nous partons avec trois jours de rations, tous les véhicules ont 72h d’autonomie de carburant, nous installons une base arrière autonome avec des tentes, des lits, des douches, des WC, des moyens de communication satellite et radio », poursuit Olivier Leroux. La FARN dispose de nombreux véhicules de franchissement, des barges et la possibilité de recourir à un hélicoptère. Et, comme amener l’eau au sein de la centrale est la mission de base de la FARN, « nous avons des pompes de 380 mètres cubes heure, et nous sommes capables d’aller chercher l’eau à 17 kilomètres », précise-t-il.
Dix ans après sa mise en place, la FARN n’a heureusement jamais eu à intervenir sur un accident nucléaire. En revanche, elle est intervenue en 2023 en Bretagne pour aider à la remise en route du réseau électrique suite à la tempête Ciarán, dans la Vallée d’Aspe en 2024 pour aider à la remise en route d’un barrage suite à une catastrophe naturelle et à Mayotte fin 2024 pour appuyer Enedis dans la remise en place du réseau électrique.
Un exercice conjoint
Pour en revenir au Tricastin, l’exercice est mené conjointement avec Orano, dont le site jouxte la centrale. « C’est la première fois que nous menons un exercice de cette nature-là », précise Olivier Leroux, qui veut ainsi éprouver l’organisation de crise. Et si la FARN mène cinq exercices de ce type par an, certains aspects sont des nouveautés. Par exemple, une des missions de l’exercice actuel est de mettre en place un atelier de borication, à savoir l’injection de bore, « un élément neutrophage, pour calmer la réaction en chaîne, explique Olivier Leroux. C’est la première fois que nous mettons en place cette mission. »
Le poste de commandement est installé au nord de la centrale, près du site Orano. C’est d’ici que l’exercice est coordonné. Sur le site EDF en lui-même, la FARN a positionné un sas de décontamination, par lequel les équipiers passent obligatoirement à l’issue de leur mission. Un important déploiement de moyens, pour une unité qui « s’intègre pleinement dans l’organisation de crise », résume la responsable de la sûreté des installations du site EDF Tricastin, Clotilde Pfingstag.
Au-delà des nombreux contrôles internes et externes au quotidien, la centrale dispose de « 80 personnes du site mobilisables 7/7j et 24/24h en une heure en cas de survenue d’une crise », poursuit-elle, sachant que « les opérateurs sont très régulièrement entraînés sur simulateur, et que nous menons des exercices à grande échelle, en 2025 11 exercices de crise sur la centrale », précise Clotilde Pfingstag. On n’est jamais trop préparé.