Publié il y a 1 h - Mise à jour le 12.03.2026 - Propos recueillis par Baptiste Petit - 4 min  - vu 40 fois

GARD Florence Vaysse : "C'est l'hiver le plus arrosé depuis 30 ans"

Florence Vaysse, référente territoriale Languedoc et Roussillon pour Météo France

- Crédits : DR

Florence Vaysse, référente territoriale Languedoc et Roussillon pour Météo France, revient sur le bilan climatique de l'hiver 2025-2026 dans le département.

Objectif Gard : Comment expliquer simplement cette pluie abondante que le Gard connaît depuis mi-décembre ?

Florence Vaysse : Il y a plusieurs réponses. La première, c'est qu'en termes de précipitations, contrairement aux températures où l'on observe une tendance très nette au réchauffement, on ne peut pas parler de tendance mais de forte variabilité interannuelle. Des années très sèches peuvent se succéder, comme on l'a vécu ces derniers hivers, avant de laisser place à des saisons beaucoup plus pluvieuses. La deuxième explication, c'est que cette année, comme en 1996, les perturbations ont circulé très au sud. On a eu plusieurs dépressions qui ont traversé la Méditerranée. Pour que nous ayons des précipitations abondantes, il faut du vent marin et des perturbations qui circulent suffisamment au sud sur le bassin méditerranéen. C'est exactement ce qui s'est passé cet hiver.

 

Les chiffres sont pourtant impressionnants. Peut-on parler d'hiver historique pour le Gard ?

Oui, tout à fait. Le cumul de précipitations atteint 541 mm pour une normale de 223 mm, soit une anomalie de 243 %. C'est le 3ᵉ hiver le plus pluvieux dans le Gard depuis 1959, derrière 1996 et 1972. Il faut remonter à 30 ans pour trouver un hiver dépassant les 500 mm. Dans les Cévennes, les records sont encore plus marquants. Au Mont Aigoual, on a enregistré 63 jours de pluie, un record absolu depuis les débuts des mesures qui remontent à près de 100 ans. À Nîmes même, avec 32 jours de pluie pour une normale de 16, c'est le 3ᵉ rang depuis 1936.

 

Pourtant, malgré toute cette pluie, il a aussi fait doux. Comment l'expliquer ?

C'est un paradoxe apparent. Le ressenti a été celui d'un hiver un peu pourri, gris et humide. Mais les mesures météorologiques montrent un hiver bien plus chaud que la normale, au 4ᵉ rang des plus doux depuis 1950 dans le Gard. C'est le 8ᵉ hiver consécutif avec une température moyenne supérieure à la normale. Cependant, les premières grosses journées chaudes du printemps, si les sols sont encore humides, le sentiment de chaleur sera moins étouffant. Quand il fait 35°C avec des sols desséchés, c'est beaucoup plus difficile à supporter que s'ils sont humides. L'eau dans les sols génère de l'évaporation, ce qui crée naturellement un effet de climatisation. Ce sera plus facile à supporter que si on avait eu un hiver très sec, comme ça a été le cas certaines années précédentes.

"La sécheresse serait plus tardive dans la saison"

 

Cet hiver très pluvieux va-t-il avoir un impact sur le risque de sécheresse cet été ?

Je ne fais jamais de réponses tranchées car c'est une science complexe. Ce que je peux dire, c'est que la météo du printemps et de l'été dépend des régimes météorologiques à venir, pas de ce qui s'est passé cet hiver. En revanche, si l'on connaît un printemps très chaud et très sec, comme au mois de juin de l'année dernière, on n'aura pas le même état de sécheresse début juillet qu'en 2025, parce que les sols sont aujourd'hui bien rechargés. Ça ne veut pas dire qu'on échappera à la sécheresse, mais ça repousserait l'échéance. La sécheresse serait plus tardive dans la saison. Par contre, les sols actuellement saturés signifient que même des pluies non exceptionnelles peuvent rapidement générer du ruissellement et des risques d'inondations urbaines.

 

Est-ce que Météo France avait anticipé un hiver aussi pluvieux ?

Sur le site de Météo France, on trouve des prévisions saisonnières qui donnent des tendances à trois mois, sans prévision précise. Elles indiquent simplement si la saison risque d'être plus humide ou plus sèche, plus douce ou plus fraîche que la normale. Pour cet hiver, le scénario d'un hiver plus chaud que la normale était bien identifié et c'est exactement ce qui s'est passé. En revanche, sur les précipitations, il n'y avait pas de signal privilégié pour la France. Il faut être honnête là-dessus.

 

Cet hiver exceptionnel est-il lié au changement climatique ?

Pour les températures, oui, clairement. Sur les 13 derniers hivers dans le Gard, un seul, en 2018, a été plus frais que la normale. Ça correspond au schéma du changement climatique avec des hivers de plus en plus doux. Pour les précipitations en revanche, il n'y a pas de signal notable sur les régimes de pluie hivernaux. On a déjà vécu un hiver aussi arrosé en 1996, il y a 30 ans, dans un climat bien plus frais. Les épisodes méditerranéens intenses ont toujours existé dans notre région, liés à notre contexte géographique particulier avec une mer chaude et des reliefs comme les Cévennes qui bloquent l'humidité venue de la mer. Ce qu'on peut dire en revanche, c'est qu'avec le réchauffement climatique, lorsque les conditions propices à un épisode méditerranéen sont réunies, ces épisodes seront plus intenses qu'ils ne l'étaient par le passé. Mais on ne peut pas établir ce lien sur une année déterminée.

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