Publié il y a 1 h - Mise à jour le 12.03.2026 - Propos recueillis par Stéphanie Marin - 6 min  - vu 30 fois

MUNICIPALES Luc Perrin, tête de liste UPB : "Ce n'est pas une campagne contre le RN mais contre la façon dont la ville est gérée par le RN"

Luc Perrin, élu d'opposition sortant et candidat UPB aux élections municipales à Beaucaire.

- S.Ma

À 66 ans, Luc Perrin, fils d'agriculteurs - métier qu'il a lui-même exercé pendant 20 ans, avant d'occuper un poste d'informaticien notamment dans l'agroalimentaire jusqu'au mois dernier - s'est lancé dans la bataille des municipales, désigné tête de liste Unis pour Beaucaire. Interview. 

ObjectifGard : C'est la dernière ligne droite. Comment avez-vous vécu cette campagne électorale ?

Luc Perrin : Cette campagne est passée très vite. Il y a beaucoup de choses à faire, beaucoup de choses pratiques à régler. Mais à partir du moment où on n'est pas seul, où il y a une équipe, où on peut s'appuyer sur des gens - déléguer, c'est un peu ma façon de faire aussi - cela permet que ça fonctionne, que ça avance. On fonctionne de manière très horizontale et non pas verticale. Alors parfois, c'est un petit peu long, ça nécessite de revenir sur certaines questions.

C'est ce qui a pu vous être reproché, notamment lors de ces six dernières années, alors que vous siégiez dans l'opposition au conseil municipal.

C'est lié à ma personnalité, je suis quelqu'un de prudent, déjà parce que face au Rassemblement national, on ne peut pas se permettre d'affirmer n'importe quoi. Je suis quelqu'un de mesuré. C'est trop facile de dire "moi, j'ai raison, vous avez tort".

En 2020, vous n’étiez pas tête de liste mais vous figuriez déjà sur la liste Unis pour Beaucaire. Quels enseignements avez-vous tiré de cette expérience et qui vous ont servi pour cette campagne ?

On a gagné en expérience. La compétence que j'ai acquise - la connaissance des dossiers, du fonctionnement - me permet de cadrer toute cette horizontalité. Je pense aussi que ça donne une certaine solidité à la liste et une distance, parce que quand on est dans l'opposition, on se prend des coups. Mais ça passe, on apprend à relativiser, on se remet plus vite au travail.

Quel constat faites-vous de Beaucaire aujourd'hui ?

Claude Dubois (tête de liste Réagir pour Beaucaire en 2014, élu d'opposition jusqu'en septembre 2015, NDLR) disait : Beaucaire est à l'abandon. C'est toujours d'actualité. La ville de Beaucaire a été gérée comme un outil pour un parti, comme une vitrine, peut-être aussi comme un tremplin politique. Chose qui n'apporte pas de résultats pour les Beaucairois, pour l'amélioration de la qualité de vie. On parle de faire briller Beaucaire, mais où est-ce que Beaucaire brille aujourd'hui ? Beaucaire ne brille pas, regardez la rue Nationale, c'est à pleurer. Regardez les chemins, les incivilités, les ordures... Il y a un décalage énorme entre un discours de l'équipe en place et la réalité au quotidien des Beaucairois.

Quelles solutions proposez-vous ?

D'abord on va récupérer une marge de manœuvre en remettant de l'efficacité dans les services municipaux, en leur redonnant des moyens de travailler, de pouvoir se former, et ainsi de réduire largement l'externalisation. Mais aussi en arrêtant des dépenses de communication, de justice, les locations de locaux commerciaux vides… Ça représente des centaines de milliers d'euros. On ne va pas arriver avec des grands projets, une base nautique à X millions d'euros, par exemple. La ville a la capacité d'investir chaque année entre 6 et 8 millions d'euros, ce qui permet de gérer assez rapidement les projets de la piscine et de l'école Nationale, il faudra s'occuper des voiries, des réseaux… On va agir sur le quotidien, faire que les enfants dans les écoles soient dans un cadre agréable. Par exemple, en faisant que les services techniques soient réactifs à chaque fois qu'il y a un petit problème. On va aller au contact des Beaucairois en créant des comités de quartier. C'est-à-dire que dans chaque quartier, il y aura des élus délégués qui seront à l'écoute des habitants, pour savoir ce dont ils ont besoin.

>> À relire : MUNICIPALES. La liste Unis pour Beaucaire présente ses priorités

C'est un travail que vous avez déjà dû mener dans le cadre de la campagne, ce diagnostic, vous l'avez déjà certainement. Quels problèmes vous ont été remontés ?

Les incivilités en font partie. Il faut les réduire, c'est insupportable. On ne peut pas reporter tout cela sur la nouvelle population sud-américaine qui est arrivée, mais il y a des problèmes. Sans la viser directement, sans dire qu'ils sont la cause des problèmes, mais que la ville n'est pas faite pour cet afflux de population. Ensuite on revient à la proximité. On peut lire sur le programme de Monsieur Chaudon : 500 amendes pour dépôt d'ordures non conforme. Est-ce que ça a résolu les choses ? Non. De nouveau, on revient à la proximité, en mettant une police de proximité qui connaît son quartier. Ça se résout par des petites choses concrètes, un travail du quotidien. Et puis, le narcotrafic est encore très présent à Beaucaire, malgré ce que peut raconter Monsieur Chaudon. Dans les quartiers, ce n'est pas si simple. Ça se passe encore bien mais il faut rouvrir une maison des jeunes, il faut les écouter et leur proposer quelque chose pour éviter qu'ils ne tombent dans des travers. Le problème du stationnement revient également. On nous dit : ça ne va pas, des voitures bloquent des places de parking, etc. Nous voulons appliquer le principe de parking courte durée en centre-ville afin que les habitants puissent déposer leurs courses, etc. Il faudra être extrêmement cohérent et sévère, il n'est pas question que ces places soient monopolisées. On est sur des détails, mais ce sont des détails du quotidien qui demandent juste une présence, une cohérence, un suivi mais aussi de la dureté, au début du moins, pour faire comprendre les choses.

Vous parliez précédemment de la rue Nationale où des locaux commerciaux sont vacants, quels sont vos projets ?

Une ville est là pour rendre des services. De ce que l'on entend, autant pour les commerces que pour les associations ; la mairie actuelle, au lieu d'aplanir les problèmes, rajoute des obstacles, ne répond pas, etc. La solution est dans le partenariat, dans l'envie de faire aboutir les projets des commerçants, des associations.

La mairie a tout de même mis en place un dispositif de remise sur le loyer pour aider à l'installation de commerçants...

Quel est le résultat ? De belles inaugurations et puis ces commerces ferment au bout de six mois. Je pense qu'il y a une étude de marché à faire, elle n'a pas été faite. Et puis, comment voulez-vous faire rentrer des gens en centre-ville quand vous avez une rue fantôme, comme la rue Nationale ? Il faut restaurer les devantures. Beaucoup d'associations nous disent qu'elles n'ont pas de locaux. Or la ville loue des dizaines de locaux commerciaux qui restent vides. Pourquoi ne pas y mettre les associations ? Ça permettrait de remettre une vie en centre-ville, de créer du mouvement et de, peut-être, permettre d'améliorer les flux commerciaux à l'intérieur. On sait très bien que les centres-villes se désertifient partout, mais améliorer l'aspect, l'attractivité, recréer du flux pendant les festivités, peut créer une nouvelle dynamique.

Revenons également sur la population sud-américaine.

Ces gens sont là pour travailler, mais la ville n'est pas faite pour ça, les écoles non plus, etc. Le RN est complètement dépassé par cette question-là et ne semble pas actif. Les conditions de vie de cette population sont insupportables, ils sont entassés dans des appartements, il y a des problèmes sociaux, il y a des abus… Il ne faut pas généraliser mais il faut assainir les situations complexes, il faut arriver à dédensifier, à déghettoïser. Cela se fait en ayant des contacts, des relais, en allant à la rencontre de ces personnes et par une volonté de le faire.

En fonction des résultats du premier tour, avez-vous déjà envisagé votre stratégie pour le second ?

Au sein de notre équipe, nous avons eu cette discussion et notre position est claire. Si nous sommes deuxièmes, nous nous maintenons, si nous sommes troisièmes, nous nous retirons en appelant à voter pour Christophe André. On est quand même là pour que les choses changent à Beaucaire.

C'est une campagne contre le Rassemblement national ?

Non, ce n'est pas une campagne contre le RN mais contre la façon dont la ville est gérée par le RN. La politique ne nous intéresse pas. Nous ne nous définissons pas comme une liste de gauche, contrairement à ce que d'autres peuvent dire, nous sommes des citoyens.

Dans son interview, le maire sortant, Nelson Chaudon, a pointé du doigt la Communauté de communes Beaucaire Terre d’Argence et son président, le maire de Bellegarde, Juan Martinez, sur le thème de la propreté par exemple. Quel est votre état des lieux sur ce sujet ?

Le problème de la propreté n'est pas lié au nombre de passages de bennes à ordures ou des balayeurs. Le problème vient des incivilités. Monsieur Sanchez et Monsieur Chaudon ont décidé de garder le pouvoir de police relatif à ces sujets. Monsieur Chaudon laisse entendre dans son programme que les passages et les opérations de nettoyage seront augmentés. Mais ça a un coût énorme et ça ne résoudra pas le problème des incivilités. Il faut arrêter cette guéguerre politique, ce jeu malsain de dire que c'est la faute de la CCBTA. Non, c'est la faute aux incivilités et à la ville de Beaucaire, qu'elle fasse son travail. Mais c'est toujours la faute des autres. La piscine intercommunale Beaucaire-Tarascon par exemple, ça fait 10 ans qu'on dit qu'il faut s'en occuper, qu'on a un problème qui nous pend au nez. Pourquoi on n'a pas réussi à s'entendre avec Tarascon ? On est toujours contre les autres, c'est toujours de la faute des autres et cette victimisation fait que les dossiers n'avancent pas.

La réunion publique Unis pour Beaucaire aura lieu ce vendredi 13 mars au Casino municipal à partir de 19h.

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