Les messages affichés sur les pancartes résument à eux seuls la colère des manifestants. "Classes fermées, élèves sacrifiés", "Non à la fermeture de classes, oui à l'éducation pour tous", "Des classes en moins dans le public, pour le privé c'est plus de fric." Des mots écrits à la main, directs, qui ne laissent place à aucune ambiguïté. Entre 150 et 200 personnes étaient rassemblées. Des parents venus de tout le département avaient fait le déplacement, certains brandissant les noms de leurs écoles menacées : l'école Fanfonne Guillerme d'Aimargues, l'école Gustave Courbet de Marguerittes, l'école du Mont Duplan à Nîmes.
Pour marquer encore davantage ce désaccord, l'école élémentaire Georges Bruguier a fermé ses portes toute la journée. Sur les grilles de l'établissement, des banderoles faites maison affichaient en grand : "Non à la fermeture", "Stop aux classes surchargées", "Non à la suppression des classes".
62 fermetures pour 4 ouvertures réelles
C'est le chiffre qui cristallise la colère. Selon les syndicats, le projet de la DSDEN prévoit 62 fermetures de classes pour seulement 14 ouvertures annoncées dans le département. "Techniquement, il n'y en a que quatre, et on a beaucoup d'écoles qui nous contactent parce que ça dégrade les conditions d'apprentissage, les conditions de travail, le climat scolaire aussi ", explique une représentante de l'UNSA.
Pour Pascale Thoirey, co-secrétaire de la FSU 30, ce chiffre est d'autant plus difficile à avaler que l'argument mis en avant pour le justifier ne tient pas. "La baisse démographique ne peut pas être l'excuse aux fermetures de classes. Ce n'est pas du tout acceptable, d'autant plus que les conditions de travail et d'apprentissage ont été bouleversées depuis plusieurs années, et encore plus depuis le Covid."
Une pancarte visible dans la foule posait d'ailleurs la question sans détour : "Faut-il redoubler pour faire monter les effectifs ?" Un trait d'humour amer qui en dit beaucoup sur l'exaspération des familles.
"Des classes surchargées, des élèves sacrifiés"
Derrière les chiffres, c'est une réalité de terrain que les enseignants vivent au quotidien. Moins de classes, c'est mécaniquement plus d'élèves par enseignant, et donc moins de temps accordé à chacun. « Les enfants ont droit à une différenciation pédagogique. C'est beaucoup plus facile quand on a des effectifs à 20 élèves par classe que quand on a des classes à 31 pour tout le monde », pointe une représentante de l'UNSA.
Pascale Thoirey abonde dans le même sens : « On n'apprend pas de la même manière quand on est 28 dans une classe que quand on est 15. L'enseignant peut accorder plus de temps aux enfants quand ils sont moins nombreux. »
Au-delà des effectifs, c'est toute la question de l'école inclusive qui est posée. La loi de 2005 impose d'accueillir chaque enfant quelles que soient ses difficultés, mais les moyens ne suivent pas. Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont particulièrement touchés. « Les enfants sont notifiés, ils doivent avoir 12 ou 18 heures d'accompagnement, ils se retrouvent avec 2 ou 3 heures par semaine. Ce n'est pas de l'accompagnement, ce n'est pas ça et ça n'aide personne », dénonce une représentante de l'UNSA.
Pascale Thoirey pointe également ce qu'elle appelle un mensonge institutionnel : « Il y a une sorte de mensonge où on laisse croire aux familles que l'école est accessible pour tout le monde et que les conditions d'apprentissage seront les mêmes. Mais ce n'est pas vrai. »
Une question de volonté politique
Pour Adrien, représentant du Snudi FO, le problème dépasse largement le seul département du Gard. « C'est une coupe sans précédent des moyens de l'Éducation nationale. On nous parle de baisse d'effectifs. Les baisses d'effectifs, c'est un faux prétexte. Tous les jours, on entend qu'il manque une AESH, il manque un enseignant, pas de remplacement. Et aujourd'hui, au lieu de remplacer ces besoins, on ferme des classes. » Il souligne également un glissement budgétaire qui interpelle : « Le premier budget de l'État cette année, c'est le budget de la guerre. Alors que depuis 1980, c'était le budget de l'Éducation nationale. »
À l'échelle nationale, ce sont 1 890 postes supprimés, dont 27 postes budgétaires dans le Gard, et près de 10 000 places qui disparaissent dans les classes françaises cette année.
Pour Pascale Thoirey, la responsabilité remonte jusqu'au ministère. « La DSDEN est contrainte par les injonctions ministérielles. On lui demande de rendre 27 postes, ce qu'il fait, et on lui demande aussi de mettre en place des politiques publiques à moyens constants. » Un cercle vicieux : faire plus avec moins, et c'est inévitablement le terrain qui en pâtit. Les syndicats pointent par ailleurs 21 équivalents temps plein utilisés sur la carte scolaire pour des missions hors classe. « Est-ce que ces missions sont prioritaires ? Ces priorités ne sont pas de renforcer les enseignants devant les élèves », conclut la représentante de l'UNSA.