Vous êtes humoriste depuis une vingtaine d’années. Comment êtes-vous arrivé au one-man-show ?
Olivier de Benoist : Je suis originaire de Reims. Je suis issu d’une famille nombreuse, j’ai six frères. Je pense que j’étais celui qui les faisait rire, comme c’est souvent le cas chez les humoristes. À 18 ans, j’ai eu la chance de rencontrer un magicien qui m'a tout appris. Ainsi, je suis devenu magicien, c’est comme ça que j’ai gagné ma vie. Puis j’ai progressivement basculé vers l’humour. Ce qui m’amusait dans la magie, c’était de planter les tours et de faire rire. J’ai arrêté la magie et commencé le one-man-show. J’ai ensuite écumé les salles parisiennes pendant dix ans. En 2010, On n’demande qu’à en rire, l’émission de Laurent Ruquier à laquelle j’ai participé pendant deux ans, a changé ma carrière. Je suis passé des salles de 100 places à celles de 1 000 places. Puis j’ai présenté Très Très Haut Débit, Fournisseur d’excès, 0/40 et Le Petit Dernier. Aujourd’hui, je joue Le Droit au bonheur, dernier opus de cette saga.
Le couple et la famille sont devenus votre principal terrain de jeu. Jusqu’où puisez-vous dans votre propre vie ?
En effet. Je suis marié, j’ai quatre enfants. Après, j’exagère évidemment, je caricature pour faire rire. On parle de moi comme de l’humoriste de la famille et j’en suis ravi. Les thèmes que j’utilise n’ont rien d’hyper original. Le couple, les enfants, c’est quelque chose que 90 % des humoristes peuvent traiter. Ce qui fait ma singularité, je pense que c’est l’écriture.
Vous dites être obsédé par l’écriture. Comment travaillez-vous, notamment avec Paul-Marie Debrie ?
J’essaie de trouver des axes originaux. Tout a été traité sur le couple. Si on ne creuse pas, on va toujours au même endroit, le public connaît cet endroit et il ne se marre plus. On peut toujours traiter ces sujets-là, mais il faut trouver des thèmes, des cadres, des axes qui ne l’ont pas encore été. Avec mon auteur, on regarde s’il y a des vannes, s’il y a du pétrole. Si on comprend qu'il y a de l'or, on creuse. C’est très long. On dit que le talent dans l’humour, c’est de savoir couper. Un one-man-show réussi, toujours drôle, c’est un one-man-show auquel on a retiré l’équivalent de trois spectacles. C’est l’exigence qui crée le niveau. Si une vanne ne marche pas, si elle n’est pas assez forte, on la dégage.
La création ressemble donc à un travail de chercheur d’or ?
On a un tamis, on peut passer une journée entière à tamiser. Parfois, il y a une pépite, une vanne géniale, mais c’est une vanne géniale sur une journée entière, parfois une journée sans résultat. C’est un travail très long, très laborieux, mais la création d’un one-man-show est absolument géniale. C’est assez jouissif d’être ce petit chercheur d’or. Globalement, ce sont des échanges, des fulgurances. Je passe ma vie à lire l’actualité, à me nourrir de ce que je vis, des conversations que je peux avoir, de ce que j’observe chez mes enfants. Tout m’intéresse, tout est décalable. C’est un travail permanent d’observation et d’écoute. Quand on est en écriture, on est poreux, on absorbe tout ce que la vie nous donne.
À quoi les spectateurs du Grau-du-Roi doivent-ils s’attendre avec Le Droit au bonheur ?
Je joue le rôle d’un con, un personnage misogyne, un macho rigolo. C’est très trash et en même temps tout public, parce que l’écriture est très aiguisée. Le spectacle est un peu un bilan. Je suis malheureusement marié depuis vingt ans, j’ai malheureusement quatre enfants dont je m’occupe, donc je suis évidemment déprimé depuis vingt ans. Je me demande si j’aurai, moi aussi, droit au bonheur un jour, si ce sera de mon vivant et où je pourrai le trouver. Alors je cherche le bonheur partout. Je suis personnellement très loin de ce personnage. C’est cette distance qui permet d’en rire. Si j’étais un mauvais père, cela ne m’amuserait pas de parler de mes enfants. Si j’étais un mauvais mari, cela ne m’amuserait pas de parler de ma femme et de mon couple. Il n’y a évidemment aucune ambiguïté. La marque de fabrique des spectacles que je propose depuis quinze ans, c’est que c’est toujours drôle.
Cette date arrive dans la dernière partie de la tournée. Que représente le Grau-du-Roi et que préparez-vous pour la suite ?
J’ai commencé cette tournée en janvier 2025 et elle se termine en avril 2027. C’est donc mon dernier été avec ce spectacle. J’ai déjà joué une fois dans les arènes du Grau-du-Roi et j’avais trouvé cela très drôle. Jouer en plein air comme ça, c’est très étonnant. Pour l’instant, je profite de mes dernières heures, de mes derniers jours avec ce spectacle, parce que c’est vraiment le plus abouti de tous. Quand on fait un one-man-show, la pire insulte que l’on puisse vous faire, c’est de vous dire que le spectacle précédent était meilleur. On ne me l’a jamais dit et je travaille pour qu’on ne me le dise jamais. Plus on avance, plus on a déjà dit de choses. Si on ne veut pas être redondant, il faut trouver du pétrole ailleurs. Chaque spectacle devient donc plus difficile à écrire. Il y aura ensuite un nouveau spectacle. J’ai aussi un projet de film. Il est écrit, il en est au casting et à la production. J’espère qu’il verra bientôt le jour. Un nouveau spectacle représente un travail énorme, environ 200 dates de tournée et un engagement de deux ou trois ans. Je veux donc vraiment qu’il soit parfait. La fiction m’amuse énormément, mais je suis déjà très heureux avec le one-man-show.
Infos pratiques
Olivier de Benoist présente Le Droit au bonheur dimanche 23 août à 21 h 30 dans les arènes du Grau-du-Roi, 3, route d’Aigues-Mortes. Durée 1 h 30. Tarifs 36 €, carré d’or 40 €. Informations et billetterie sur letsgrau.com.