Publié il y a 1 h - Mise à jour le 19.03.2026 - Propos recueillis par Sacha Virga - 8 min  - vu 247 fois

L'INTERVIEW Adrien Ruy, nouveau maire de Gallargues-le-Montueux : "Le vrai travail de fond, ça paye"

Adrien Ruy Gallargues-le-Montueux

Adrien Ruy, nouveau maire de Gallargues-le-Montueux

- Droits réservés

Conseiller municipal depuis 2008, Adrien Ruy est le nouveau maire de Gallargues-le-Montueux. Après un mandat dans la majorité puis deux dans l'opposition, le candidat se revendiquant gaulliste l'a emporté avec 53,04 % des suffrages exprimés. Interview d'un candidat sans langue de bois, qui dévoile le cap qu'il souhaite donner à la commune.

Objectif Gard : Vous avez été élu maire de Gallargues-le-Montueux tout récemment. Quel est votre sentiment à l'heure actuelle ?

Adrien Ruy : C'est l'aboutissement de 18 ans d'efforts, mine de rien, et de deux ans de campagne. On a fédéré une équipe extraordinaire avec une vraie campagne de terrain, de profondeur, de contact direct, et avec moins de réseaux sociaux que ce qu'on pouvait croire. Ça a fonctionné. C'est encore tout frais, donc c'est encore le moment de bonheur. C'est l'aboutissement à la fois d'un rêve personnel et du travail. Avoir eu la confiance des habitants, ce n'est pas rien. Je suis un enfant de village, j'y ai grandi et l'engagement, je le porte depuis le début. C'est à notre génération d'y aller maintenant, pour défendre la vision du village. C'est beaucoup d'émotion et de détermination. Il est nécessaire de rassembler les Gallarguois pour avancer puisqu'on est là pour sept ans. Je vais rassembler le plus possible de gens.

Certains affirment que vous êtes la surprise de la communauté de communes...

À l'extérieur du village, je pense qu'il y avait un focus qui était biaisé, du fait que ma concurrente était conseillère départementale. Ça a donné l'impression que parce qu'elle était élue ailleurs, elle allait forcément gagner dans sa commune. Ça prouve que le vrai travail de fond, de terrain, et la sincérité aussi, ça paye. Si je suis une surprise, alors ça me va.

Vous étiez le plus jeune conseiller municipal de la commune en 2008. Aujourd'hui vous êtes le plus jeune maire de Rhôny-Vistre-Vidourle. Considérez-vous cela comme un atout ?

Je pense que c'est un avantage, évidemment, par rapport à l'énergie que l'on peut déployer. Je pense qu'il y a des gens de 50 ou 60 ans qui ont encore beaucoup d'énergie. À 39 ans, j'ai l'énergie, mais aussi 18 ans d'expérience de conseiller municipal, je pense avoir le recul qui me permet d'avoir un bon équilibre à ce poste. Je vais continuer à travailler à côté. Je pense que les gens attendent d'avoir des élus qui leur ressemblent. Ils me croiseront en train de faire mes courses au village, d'amener mon fils à l'école au mois de septembre. Et nous sommes une équipe de 27 élus, donc lorsque je serai au travail, il y aura des gens qui seront en capacité de gérer les dossiers.

Avec le recul, comment jugez-vous votre campagne, que certains qualifiaient de "discrète" ?

Je ne suis pas sûr qu'elle soit discrète. Depuis deux ans, on a organisé énormément d'ateliers participatifs (brainstorming, post-it, ateliers...) et les gens, en général, sont venus. Il y avait des rencontres avec de nombreuses thématiques ainsi que des questionnaires en ligne et j'ai fait des réunions dans tous les quartiers du village et surtout, chez l'habitant. J'en ai fait pendant trois mois, toutes les semaines. C'est discret, volontairement, parce qu'on ne voit pas la vague arriver. Mais le travail de fond a été fait là. J'ai fait 540 voix il y a six ans, j'en ai fait 1 000 aujourd'hui. Eux, ils sont restés à 880 et ça fait 12 ans qu'ils font le même score. 

Adrien Ruy, élu d'opposition à la mairie de Gallargues
Adrien Ruy, élu d'opposition à la mairie de Gallargues  • Droits réservés

C'est ce qui vous a donc mené à la victoire ?

Si je commence à tout expliquer ce que je fais sur les réseaux sociaux, mon adversaire aura la possibilité de me contrer. Après, je n'ai pas gagné à 85 %, donc je respecte évidemment le travail qu'ils ont fait. Je ne suis pas allé les chercher sur ce qu'ils disaient et ce qu'ils faisaient. Chacun fait sa campagne, c'est ce que j'ai dit à mon équipe. On n'est pas là pour répondre à ce que fait l'autre. Sinon, on rentre dans son jeu et on perd l'élection. C'était ça ma stratégie. Et en plus, je n'avais pas des gens qui étaient là juste pour un poste. J'ai même été dépassé parce qu'on a créé presque une famille. Il y a eu une émotion réelle le vendredi soir avant le premier tour. Ça rend la victoire encore meilleure et amène une bonne énergie pour ce mandat.

Que comptez-vous mettre en place pour la commune ?

Ces dernières années, Gallargues-le-Montueux a eu des projets qui sont partis un peu dans tous les sens sans vraiment de vision. On accompagnera les projets, mais ma vraie priorité dans un premier temps, ce sont les finances. On a trouvé une situation qui a été un peu biaisée par la vente de la cave coopérative, et donne le sentiment que la commune est moins endettée que prévu. C'est juste un effet d'optique, on frôle un taux de désendettement proche de la mise en alerte, donc il est temps de se ressaisir. Ça passe par un audit des finances, des dépenses publiques, et un travail sur le budget de fonctionnement pour pouvoir trouver des marges de manœuvre rapidement et repartir sur sept ans un peu plus solides.

Et vous avez pour projet, la vente du terrain de l'ancienne salle des fêtes...

C'est un gouffre financier, un projet qu'ils ont abandonné en cours de route, qui a coûté 2,6 millions, dont 350 000 € d'argent qu'on a distribués aux entreprises parce que les marchés ont été annulés. Ça n'arrive nulle part à part chez nous. Ça aurait dû être traité comme un scandale, parce que c'est de l'argent perdu. L'idée de recommencer un projet pour rajouter 4 millions d'euros de dépenses... Déjà, je ne sais pas où ma concurrence aurait trouvé l'argent. Et de deux, ça fait un projet final à plus de 7,5 millions d'euros. On va vendre ce terrain et je suis sûr qu'il y a des gens qui m'appelleront rapidement. Ça ne remboursera pas ce qu'on a perdu, mais une grosse partie. Et surtout, ça permettrait de faire rentrer de l'argent pour repartir sur des projets. Ma vision, c'est la création de projets du quotidien. Il y en a plein qui n'ont pas été terminés surtout et qui ont été lancés : la rénovation du temple, la gare avec toutes les infrastructures à l'étage qui n'ont pas été mises en place... On avait besoin de salles associatives mais on a les mêmes depuis 40 ans. Après, il y a un gros travail sur la sécurité du quotidien, les voiries et la circulation. Nos voiries sont dans un très mauvais état, le maire n'en a pas fait depuis deux mandats. Et les pluies ont fini d'enlever le maquillage. On veut travailler sur un plan pluriannuel de rénovation parce que c'est très cher et mutualiser ça avec une réflexion sur la circulation et le stationnement. Sans oublier d'anticiper les problématiques d'eau, avec la station d'épuration. Je veux un diagnostic rapide et complet sur ça pour voir si je dois lancer des études complètes et des investissements, parce que c'est long et c'est cher, même s'il y a des subventions pour ça. Mais on ne fera pas un projet s'il nous coûte trop cher.

Comment allez-vous réussir à baisser la dette en continuant d'investir ?

Il y a deux axes de travail. Déjà, faire cet audit qui nous permettra d'y voir un peu plus clair. On a fait un travail de fonds, mais avec des éléments qui nous ont été donnés par la commune. On aimerait faire des économies de fonctionnement . Dans une commune, vous pouvez investir seulement si vous ne dépensez pas trop dans le fonctionnement courant. Il faut voir comment on organise les services. On peut faire des économies d'énergie, mutualiser aussi avec nos voisins aussi pour des achats. Et après, comme j'expliquais, refaire rentrer de l'argent en vendant le terrain de la salle des fêtes. Ça ne fait pas des économies, mais ça fait rentrer des moyens pour investir derrière. Il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, ils sont déjà plus élevés que la moyenne.
L'idée, c'est aussi de renégocier la dette et de voir pour réemprunter. Ce qu'on aimerait pour la voirie, c'est travailler sur des prêts réguliers qui rentrent dans notre capacité d'endettement. La voirie qui n'est pas refaite pendant deux mandats, je précise. Vous vivez sur le travail de votre prédécesseur en faisant croire que c'est vous qui les avez faites. Et à la fin, celui qui arrive après, les trouve dans un état désastreux. Il y a zéro argent qui a été mis là-dedans et moi, j'ai 20 ans de voirie à récupérer. C'est de la dette cachée...

Adrien Ruy, un maire qui n'a pas sa langue dans sa poche (photo DR)

"La droite mériterait d'avoir un peu plus de colonne vertébrale"

Vous êtes un ancien membre des Républicains. Comment vous vous situez sur le plan politique et allez-vous soutenir Philippe Gras ou Joffrey Léon pour la communauté de communes ?

Je me sens proche des deux. Joffrey Léon, je le connais depuis 2008, il n'était pas maire mais déjà dans la place. On a un profil un peu parallèle dans l'investissement local. Je crois qu'il est du même parti politique que celui qu'on cite. Ce qui m'ennuie le plus profondément, c'est cette capacité de la droite locale à se diviser et à ne pas se soutenir non plus. Je n'ai pas eu de soutien massif de ceux qui se prétendent être proches de moi maintenant. Oui, je suis quelqu'un de droite et je me sens surtout gaulliste. Je veux travailler au rassemblement de tout le monde, mais avec des valeurs. Je parle à tout le monde. J'ai des gens du Rassemblement national qui votent pour moi comme des gens de l'extrême gauche. C'est ça, le gaullisme. Le président Philippe Gras n'a pas su trancher entre moi et ma concurrente, mais je pense que j'aurai cette discussion avec lui et je ne veux pas me mettre en porte-à-faux.

Ça vous a un peu déçu ?

Je comprends bien qu'il ne veuille pas se positionner parce qu'il est président d'une collectivité qui englobe Gallargues-le-Montueux. Mais je trouve toujours troublant quand on s'affirme d'un bord politique et qu'on a des candidats de ce même bord, de ne jamais avoir un mot pour les soutenir d'une manière ou d'une autre. C'est-à-dire qu'il est de droite, mais il n'a pas tranché entre une candidate comme Laurence Barduca-Fauquet, élue au département de gauche, et moi, Adrien Ruy, qui suis quelqu'un du centre-droit. Il ne faut pas s'étonner qu'on perde toutes les élections. Ceux-là, ce qui se passe à Nîmes aussi, les gens se divisent, se remettent ensemble. Je pense que la droite mériterait d'avoir un peu plus de colonne vertébrale. Le sénateur Laurent Burgoa, c'est pareil. Je comprends aussi son positionnement, parce qu'il est élu par les maires et les adjoints. Je n'ai rien contre lui, mais Vivette Lopez a par exemple pris une photo avec moi. Laurent Burgoa, il me connaît depuis des années. Bon, il m'a quand même appelé en début de semaine pour me féliciter, mais je ne comprends pas ces droites qui ne se soutiennent pas. Je dois être très clair là-dessus : ils m'auraient soutenu ou non, ça n'aurait rien changé. Mais si on doit parler organisation, politique et compréhension, la droite gardoise mériterait de se ressaisir et de se soutenir.

Et vous ne serez pas candidat ?

Non, non, je ne vais pas être à la surprise sur la surprise (sourires). Je veux déjà être un bon maire de Gallargues-le-Montueux.

Êtes-vous favorable à un élargissement de la CCRVV ?

Je pense qu'on aurait tort de se mutualiser avec d'autres. Je plaide plutôt pour que la communauté de communes se saisisse d'autres compétences ou, du moins, récupère ce qui lui appartenait, notamment la sécurité. Je souhaite qu'on remette à niveau la police intercommunale qui est un bon renfort entre la police municipale et la gendarmerie.

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Propos recueillis par Sacha Virga

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio