Publié il y a 50 min - Mise à jour le 06.05.2026 - Stéphanie Marin - 4 min  - vu 53 fois

FAIT DU JOUR Angèle Lepolard : la créatrice qui séduit Aya Nakamura, Theodora, Annie Lennox...

Angèle Lepolard, 28 ans, créatrice de mode.

- S.Ma

"Ne tenir qu'à un fil". Bien plus qu'une expression, c'est une philosophie de vie qui inspire Angèle Lepolard, créatrice de mode arlésienne, installée à Montreuil. Un style singulier où l'imperfection est assumée, revendiquée même comme une marque d'authenticité. 

Quelques articles de presse, assemblés à l’aide d’agrafes... Johan devient une véritable allégorie du journalisme. Mais ce n'est pas lui qui pose les questions, c'est David Lep0le, derrière sa caméra. Cette année encore l'association Edit & P0llux basée à Saint-Gilles, invite les jeunes à participer à la réalisation d'un film dans le cadre du dispositif "Passeurs d'images", soutenu par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Occitanie, en partenariat avec le centre social et culturel La Croisée, l'association Samuel-Vincent et la Ville de Saint-Gilles. Le thème choisi : les réseaux sociaux. Tout un programme sur la bobine, sans jamais les idées qui s'obstinent. Chez Edit & P0llux, ce n'est jamais tout blanc, ce n'est jamais tout noir, on réfléchit, on explore, on confronte, on échange.

Ainsi ce travail sur les réseaux sociaux - alors que plusieurs pays s’appuient sur la législation pour en interdire l’accès aux moins de 15 ans - a donné naissance à des personnages, un journaliste, une mariée, un expert de la sieste... Ce n'est jamais cousu de fil blanc. Des personnages joués par les jeunes de l'association - une maman aussi participe au projet - qui s'expriment seuls face à la caméra, interagissent les uns avec les autres et disposent même de leur propre compte sur les réseaux sociaux. "C'est aussi cela qui est intéressant, c'est de voir ce que ça va déclencher... ou pas, d'ailleurs", commente David. La première étape de la réalisation de ce film sera présentée le 14 mai lors du Festival DOC-Cévennes à Lasalle, avant la traditionnelle projection prévue au mois de novembre au Pavillon de la Culture et du Patrimoine à Saint-Gilles. 

Sur le tournage du film réalisé avec les jeunes de Saint-Gilles, accueillis par l'association Edit & P0llux. • S.Ma

Le travail du costume occupe, dans ce projet, une place centrale, placé sous la direction artistique d’Angèle Lepolard, 28 ans. Installée à Montreuil en Île-de-France depuis 7 ans, la créatrice de mode a séjourné une semaine, à la fin du mois d'avril, dans les locaux de l'association saint-gilloise. Un dépaysement ? Pas vraiment, la jeune femme est la fille aînée de David. Elle a grandi à Arles, fait ses études aux Beaux Arts à Avignon avant de se rapprocher de Paris. "Quand on dit que c'est la capitale de la mode, ce n'est pas pour rien, le rythme même de la ville est géré par ça", explique-t-elle.

Un rythme effréné duquel la jeune créatrice tente de s'extirper, enfermée dans son atelier. Mais pour Angèle cette parenthèse dans le Gard, et cela même toujours accompagnée de ses machines à coudre, devient une bouffée d'air. "Je me suis inscrite dans quelque chose de très fashion, et à un moment donné, il faut aller chercher la quête du sens, souligne-t-elle. C'est ce que je retrouve ici, dans ce lieu où même des gens qui ne sont pas de la famille, se sentent en famille. Dans ce contexte, on se sent plus libre d'exprimer ses émotions, chose qu'on ne peut pas faire dans le cadre du travail. Et puis, ici, c'est un peu l'auberge espagnole. Je retourne toujours là-haut nourrie de ces rencontres, ça me remet aussi un peu les pieds sur terre. Quand je viens ici, je me rappelle d'une certaine forme de réalité, un retour à la racine."

"Si on a peur que ça casse, c'est que je suis dans le bon"

Le sens, ici, n'a rien de gavauldé. Ses créations en témoignent. Un savoir-faire d'abord transmis par ses grands-parents. Bien plus que le geste, Angèle découvre le sens de l'erreur grâce aux précieux conseils d'une formatrice de la maison Lesage. "Elle disait que pour la broderie haute couture, il est important de voir le geste de l'humain. L'erreur, volontairement laissée sur des petites zones, montre qu'une machine n'aurait pas pu le faire. Une faiblesse qui finalement devient une force", commente-t-elle. Ainsi est née la ligne directrice de tout son travail, entre art et mode, acceptant à 100% la fragilité. "Qu'elle soit émotionnelle, philosophique et personnelle, c'est un sujet qui me parle, qui parle à beaucoup de personnes, qui ne se sentent pas adaptées dans ce monde, dans cette réalité. C'est une tension que j'ai déjà en moi, mais au-delà, se retrouve, je pense, en plusieurs endroits, chez la jeunesse, dans le monde du travail etc", poursuit la jeune femme.

Aya Nakamura sur le plateau de Quotidien, le 28 novembre 2025. • S.Ma

C’est grâce à l’image que la créatrice s’est fait connaître. L'image, tiens, un héritage familial à n'en pas douter. De même que ce rapport décomplexé à l'imperfection. "L'important, et c'est cela que j'apprécie et qui m'a toujours nourri, c'est que mieux vaut que ce soit fait plutôt que ce soit parfait." Angèle travaille la maille au moulage, "je pense le vêtement comme une forme en 3D, comme une sculpture autour de laquelle on peut tourner, et je travaille les points de tension. Si on a peur que ça casse, c'est que je suis dans le bon", s'amuse-t-elle. Et la même de poursuivre : "Il y a aussi cette dimension d'usure, de cette fragilité d'un vêtement qui a traversé le temps." Une marque est née, nommée "Vêtement fragile".

Un concept qui plaît. L'artiste féminine la plus écoutée en France, Aya Nakamura, a porté l'une de ses créations lors de son passage dans l'émission Quotidien, le 28 novembre 2025. Mais aussi Theodora, chanteuse multirécompensée lors des dernières Victoires de la Musique (album de l'année, révélation féminine de l'année, révélation scène et création audiovisuelle), qui sera sur la scène des arènes de Nîmes le 11 juin prochain. Ou encore Solann qualifiée d'étoile montante de la scène française, ainsi qu'Annie Lennox, entre autres artistes. De jolies rencontres, et une belle vitrine, "l'occasion de montrer, lors d'émissions ou de concerts, le vêtement en mouvement, de façon vivante, en participant d'une certaine manière à quelque chose de culturel." Et aussi de dévoiler, chez ces femmes charismatiques, leur part de fragilité qui fait aussi leur force. 

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